Dans un sentier solitaire où s'entendait encore le bruit lointain de la
foule,--sous l'ombre épaisse des arbres, dans la nuit noire,--
Taïmaha s'arrêta et s'assit.
--Je suis fatiguée, dit-elle avec une grande lassitude; Rarahu, dis-lui
de me parler ici, je n'irai pas plus loin;--c'est son frère, lui?...
A ce moment, une idée que je n'avais jamais eue me traversa l'esprit:
--N'as-tu pas d'enfants de Rouéri?... lui demandai-je.
--Si, répondit-elle, après une minute d'hésitation, mais d'une voix
assurée pourtant;--si, deux!...
Il y eut un long silence, après cette révélation inattendue. Une foule
de sentiments s'éveillaient en moi, sentiments d'un genre inconnu,
impressions tristes et intraduisibles.
Il est de ces situations dont on ne peut rendre par des mots l'étrangeté
saisissante.--Le charme du lieu, les influences mystérieuses de la
nature, avivent ou transforment les émotions ressenties, et on ne sait
plus, même imparfaitement, les exprimer.