Après la cérémonie, nous passâmes dans la salle du banquet. C'était en
plein air, au milieu des cocotiers, que les tables étaient dressées sous
des tendelets de verdure.
Les tables pouvaient contenir cinq ou six cents personnes; les nappes
étaient couvertes de feuilles découpées et de fleurs d'amarantes. Il y
avait une grande quantité de _pièces montées_, composées par des Chinois
au moyen de troncs de bananiers et de diverses plantes extraordinaires.
A côté des mets européens, se trouvaient en grande abondance les mets
tahitiens: les pâtes de fruits, les petits cochons rôtis tout entiers
sous l'herbe, et les plats de chevrettes fermentées dans du lait. On
puisait différentes sauces dans de grandes pirogues qui en étaient
remplies et que des porteurs avaient grand'peine à promener à la ronde.
Les chefs et les cheffesses venaient à tour de rôle haranguer la reine à
tue-tête, avec des voix si retentissantes et une telle volubilité qu'on
les eût crus possédés. Ceux qui n'avaient point trouvé de place à table
mangeaient debout, sur l'épaule de ceux qui avaient pu s'asseoir;
c'était un vacarme et une confusion indescriptibles...
Assis à la table des princesses, j'avais affecté de ne point prendre
garde à Rarahu, qui était perdue fort loin de moi, parmi les gens
d'Apiré.