... Elles étaient à Papeete deux élégantes personnes, Rarahu et son amie
Téourahi,--qui donnaient le ton aux jeunes femmes pour certaines
couleurs nouvelles d'étoffes, certaines fleurs ou certaines coiffures.
Elles allaient généralement pieds nus, les pauvres petites, et leur
luxe, qui consistait surtout en couronnes de roses naturelles, était un
luxe bien modeste. Mais le charme et la jeunesse de leurs figures, la
perfection et la grâce antique de leurs tailles, leur permettaient
encore, avec de si simples moyens, d'avoir l'air parées et d'être
ravissantes.
Elles couraient souvent en mer, sur une mince pirogue à balancier
qu'elles menaient elles-mêmes, et aimaient à venir en riant passer à
poupe du _Rendeer_.
Quand elles naviguaient à la voile, leur frêle embarcation, couchée par
le vent alizé, prenait des vitesses surprenantes,--et alors, debout
toutes deux, le regard animé, les cheveux flottants, elles glissaient
sur l'eau comme des visions.--Elles savaient, par des flexions habiles
de leur corps, maintenir l'équilibre de cette flèche qui les emportait
si vite, en laissant derrière elles une longue traînée d'écume
blanche...