Un soir, au clair de la lune, comme je passais seul dans un sentier
boisé qui mène à la montagne, les suivantes m'appelèrent.
Depuis longtemps malade, leur souveraine, disaient-elles, s'en allait
mourir.
Elle avait reçu l'extrême-onction de l'évêque missionnaire.
Vaékéhu--étendue à terre--tordait ses bras tatoués avec toutes les
marques de la plus vive souffrance; ses femmes, accroupies autour
d'elle, avec leurs grands cheveux ébouriffés, poussaient des
gémissements et menaient deuil (suivant l'expression biblique qui
exprime parfaitement leur façon particulière de se lamenter).
On voit rarement dans notre monde civilisé des scènes aussi
saisissantes; dans cette case nue, ignorante de tout l'appareil lugubre
qui ajoute en Europe aux horreurs de la mort, l'agonie de cette femme
révélait une poésie inconnue pleine d'une amère tristesse...
Le lendemain de grand matin, je quittais Nuka-Hiva pour n'y plus
revenir, et sans savoir si la souveraine était allée rejoindre les vieux
rois tatoués ses ancêtres.
Vaékéhu est la dernière des reines de Nuka-Hiva; autrefois païenne et
quelque peu cannibale, elle s'était convertie au christianisme, et
l'approche de la mort ne lui causait aucune terreur...
V