TRADUCTION AUTOMATIQUE

= [Citation]

Tim McKenna, écrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité"

dans un monde en mutation constante. Il écrit en octobre 2000: "Quand

la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent

converser sur le web par écrit ou par oral en temps réel dans

différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les

scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien

d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux

sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs."

= Définition

Un logiciel de traduction automatique (TA) analyse le texte dans la

langue à traduire (langue source) et génère automatiquement le texte

dans la langue désirée (langue cible), en utilisant des règles précises

pour le transfert de la structure grammaticale. L'être humain

n'intervient pas au cours du processus, contrairement à la traduction

assistée par ordinateur, qui implique une interaction entre l'homme et

la machine.

Si la traduction automatique reste très approximative, les logiciels de

traduction sont très pratiques pour fournir un résultat immédiat et à

moindres frais, sinon gratuit. Ils n'ont cessé de s'améliorer au fil

des ans, sans toutefois avoir la prétention d'égaler le travail du

cerveau humain. De plus, depuis décembre 1997, des logiciels en accès

libre sur le web permettent de traduire en quelques secondes une page

web ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues

possibles.

SYSTRAN, société franco-américaine pionnière dans le traitement

automatique des langues, explique sur son site web: "Un logiciel de

traduction automatique traduit une langue naturelle dans une autre

langue naturelle. La traduction automatique prend en compte la

structure grammaticale de chaque langue et elle utilise des règles pour

transférer la structure grammaticale de la langue-source (texte à

traduire) vers la langue-cible (texte traduit). La traduction

automatique ne remplace pas et n'est pas destinée à remplacer le

traducteur humain."

L'EAMT (European Association for Machine Translation - Association

européenne pour la traduction automatique) donne la définition

suivante: "La traduction automatique (TA) est l'utilisation de

l'ordinateur pour la traduction de textes d'une langue naturelle à une

autre. Elle fut un des premiers domaines de recherche en informatique.

Il s'est avéré que cet objectif était difficile à atteindre. Cependant

il existe aujourd'hui un certain nombre de systèmes produisant un

résultat qui, s'il n'est pas parfait, est de qualité suffisante pour

être utile dans certaines applications spécifiques, en général dans le

domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de

traduction, qui sont essentiellement destinés à aider le traducteur

humain à produire des traductions, jouissent d'une popularité

croissante auprès d'organisations de traduction professionnelles."

L'intéressant historique donné sur le site de Globalink, une société

spécialisée dans les logiciels et services de traduction (disparue

depuis), est résumé dans les deux paragraphes suivants.

Dès leurs débuts, la traduction automatique et le traitement de la

langue naturelle progressent de pair avec l'évolution de l'informatique

quantitative. Le développement des premiers ordinateurs programmables

pendant la Seconde guerre mondiale est accéléré par les premiers

efforts cryptographiques pour tenter de fissurer les codes secrets

allemands et autres codes de guerre. Suite à la guerre, la traduction

et l'analyse du texte en langue naturelle procurent une base de travail

au secteur émergent de la théorie de l'information. Pendant les années

1950, la recherche sur la traduction automatique prend forme au sens de

traduction littérale (mot à mot) sans utiliser de règles linguistiques.

Le projet russe débuté à l'Université de Georgetown au début des années

1950 représente la première tentative systématique pour créer un

système de traduction automatique utilisable. Jusqu'au milieu des

années 1960, un certain nombre de recherches universitaires et

recherches financées par les gouvernements sont menées aux États-Unis

et en Europe. Au même moment, les progrès rapides dans le domaine de la

linguistique théorique culminent en 1965 avec la publication du livre

"Aspects de la théorie syntaxique" de Noam Chomsky, et transforment

radicalement la structure permettant de comprendre la phonologie, la

morphologie, la syntaxe et la sémantique du langage humain.

En 1966, le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory

Committee - Comité consultatif sur le traitement automatique du

langage) du gouvernement des États-Unis fait une estimation

prématurément négative de la valeur des systèmes de traduction

automatique et des perspectives sur leurs applications pratiques,

mettant ainsi fin au financement et à l'expérimentation dans ce domaine

pour la décennie suivante. Il faut attendre la fin des années 1970 pour

que des expériences sérieuses soient à nouveau entreprises,

parallèlement aux progrès de l’informatique et des technologies des

langues. Cette période voit le développement de systèmes de transfert

d’une langue à l’autre et le lancement des premières tentatives

commerciales. Des sociétés comme SYSTRAN et METAL sont persuadées de la

viabilité et de l’utilité d’un tel marché. Elles mettent sur pied des

produits et services de traduction automatique reliés à un serveur

central. Mais les problèmes restent nombreux, par exemple des coûts

élevés de développement, un énorme travail lexicographique, la

difficulté de proposer de nouvelles combinaisons de langues,

l’inaccessibilité de tels systèmes pour l’utilisateur moyen, et enfin

la difficulté de passer à de nouveaux stades de développement.

= Commentaires

# Article de ZDNN

Dans "Web embraces language translation" (Le web adopte la traduction

des langues), un article de ZDNN (ZDNetwork News) paru le 21 juillet

1998, Martha Stone explique: "Parmi les nouveaux produits d'un secteur

de traduction représentant 10 milliards de dollars US, on trouve les

traducteurs instantanés de sites web, groupes de discussion, courriels

et intranets d'entreprise. Les principales sociétés de traduction se

mobilisent pour saisir les opportunités du marché. Voici quelques

exemples. SYSTRAN s'est associé avec AltaVista pour produire

babelfish.altavista.digital.com, avec 500 à 600 mille visiteurs

quotidiens et environ un million de traductions par jour, traductions

qui vont des recettes de cuisine à des pages web complètes. 15.000

sites environ ont un lien vers babelfish, qui peut traduire [de

l'anglais] vers le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol et le

portugais, et vice versa. Le japonais est prévu pour bientôt.

'Cette popularité est simple. Avec l'internet, on peut maintenant

utiliser l'information provenant des États-Unis. Tout ceci contribue à

une demande en hausse', déclare de chez lui à Paris Dimitros

Sabatakakis, directeur général de SYSTRAN. Alis a mis au point le

système de traduction du Los Angeles Times qui doit bientôt être lancé

sur le site et qui proposera des traductions [de l'anglais] vers

l'espagnol et le français, et plus tard le japonais. D'un clic de

souris, une page web complète peut être traduite dans la langue

désirée. Globalink propose des logiciels, des systèmes de traduction de

pages web, un service de messagerie électronique gratuit et des

logiciels permettant de traduire le texte de groupes de discussion.

Cependant, alors que ces systèmes de traduction automatique deviennent

populaires dans le monde entier, les directeurs des sociétés qui les

développent admettent qu'ils ne peuvent répondre à toutes les

situations. Les porte-parole de Globalink, Alis et SYSTRAN utilisent

des expressions comme 'pas parfait' et 'approximatif' quand ils

décrivent la qualité des traductions, et précisent bien que les phrases

soumises à la traduction doivent être simples, grammaticalement

correctes et sans tournures idiomatiques. 'Les progrès réalisés en

traduction automatique répondent à la loi de Moore: la qualité double

tous les dix-huit mois', déclare Vin Crosbie, un analyste de

l'industrie du web basé à Greenwich, dans le Connecticut (États-Unis).

'Ce n'est pas parfait, mais certains de mes correspondants ne se

rendent même pas compte que j'utilise un logiciel de traduction.' Ces

traductions font souffrir la syntaxe et n'utilisent pas toujours les

mots à bon escient, parce que les bases de données-dictionnaires ne

peuvent déchiffrer la différence entre les homonymes. (...) Sabatakis,

directeur de SYSTRAN, explique que la traduction humaine coûterait

entre 50 et 60 dollars par page web, ou environ 20 cents par mot. Alors

que cette dernière solution peut convenir pour les pages 'statiques'

d'information sur l'entreprise, la traduction automatique, elle, est

gratuite sur le web, et le logiciel coûte souvent moins de 100 dollars,

selon le nombre de langues disponibles pour la traduction et les

caractéristiques propres au logiciel."

# Équipe du laboratoire RALI

Contrairement aux prévisions optimistes des années 1950 annonçant

l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les

systèmes de traduction automatique ne produisent pas encore de

traductions de bonne qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick

Andries, du laboratoire RALI (Laboratoire de recherche appliquée en

linguistique informatique) à Montréal (Québec), expliquent ce échec

dans "La traduction automatique, 50 ans après", un article publié dans

les dossiers du magazine en ligne Multimédium: "L'objectif ultime de

construire une machine capable de rivaliser avec le traducteur humain

n'a cessé de fuir par devant les lentes avancées de la recherche. Les

approches traditionnelles à base de règles ont conduit à des systèmes

qui tendent à s'effondrer sous leur propre poids bien avant de s'élever

au-dessus des nuages de l'ambiguïté sémantique. Les approches récentes

à base de gros ensembles de textes, appelés corpus - qu'elles soient

fondées sur les méthodes statistiques ou les méthodes analogiques -

promettent bien de réduire la quantité de travail manuel requise pour

construire un système de TA [traduction automatique], mais il est moins

sûr qu'elles promettent des améliorations substantielles de la qualité

des traductions machine."

Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans "The State of

Machine Translation" (L'état de la traduction automatique), article

publié en 1951, Pierre Isabelle et Patrick Andries définissent trois

stratégies d'application de la traduction automatique: (a) une aide

pour "balayer" la production écrite et fournir des traductions

approximatives; (b) des situations de "sous-langues naturelles

simples", comme l'implantation réussie en 1977 du système METEO qui

traduit les prévisions météorologiques du ministère de l'Environnement

canadien; (c) pour de bonnes traductions de textes complexes, le

couplage de l'humain et de la machine avant, pendant et après le

processus de traduction automatique, couplage qui n'est pas forcément

économique comparé à la traduction traditionnelle.

Les auteurs penchent plus pour "un poste de travail pour le traducteur

humain" que pour un "traducteur robot". Ils expliquent: "Les recherches

récentes sur les méthodes probabilistes ont permis de démontrer qu'il

était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace certains

aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par

exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le

bon 'appariement' entre les phrases d'un texte et de sa traduction,

c'est-à-dire d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine

correspond chaque phrase de la traduction. Appliquées à grande échelle,

ces techniques permettent de constituer, à partir des archives d'un

service de traduction, un mémoire de traduction qui permettra souvent

de recycler des fragments de traductions antérieures. Des systèmes de

ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le marché (Translation

Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados, TransSearch du

RALI, etc.). Les recherches les plus récentes se concentrent sur des

modèles capables d'établir automatiquement les correspondances à un

niveau plus fin que celui de la phrase: syntagmes et mots. Les

résultats obtenus laissent entrevoir toute une famille de nouveaux

outils pour le traducteur humain, dont les aides au dépouillement

terminologique, les aides à la dictée et à la frappe des traductions

ainsi que les détecteurs de fautes de traduction."

# Le futur vu par Randy Hobler

En septembre 1998, Randy Hobler est consultant en marketing internet

auprès de Globalink, une société de produits et services de traduction.

Il explique lors d'un entretien par courriel: "Nous arriverons

rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la

parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plateformes ou

même des puces. A ce stade, lorsque le développement de l'internet aura

atteint sa vitesse de croisière, lorsque la fidélité de la traduction

atteindra plus de 98% et lorsque les différentes combinaisons de

langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la

transparence de la langue - à savoir toute communication d'une langue à

une autre - sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent

cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence

transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de

la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du

seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens,

les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des

normes sociales d'un pays à l'autre. La lettre O réalisée avec le pouce

et l'index signifie "OK" aux États-Unis alors qu'en Argentine c'est un

geste obscène.

Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence

multilingue multimédia, il sera nécessaire de corriger visuellement les

gestes. Le Media Lab du MIT (Massachussets Institute of Technology),

Microsoft et bien d'autres travaillent à la reconnaissance informatique

des expressions faciales, l'identification des caractéristiques

biométriques par le biais du visage, etc. Il ne servira à rien à un

homme d'affaires américain de faire une excellente présentation à un

Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web, avec son

discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même

temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront

intercepter ces gestes et les corriger visuellement. Les cultures

diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles peuvent

être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à

l'autre. Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail,

l'éthique, le change monétaire, les différences de taille dans les

vêtements, les différences entre le système métrique et le système de

mesures anglophone, etc. Les firmes dynamiques répertorieront et

programmeront ces différences, et elles vendront des produits et

services afin d'aider les habitants de la planète à mieux communiquer

entre eux. Une fois que ces produits et services seront largement

répandus, ils contribueront réellement à une meilleure compréhension à

l'échelle internationale."

= Expériences

François Vadrot, directeur de FTPress (French Touch Press), société de

presse en ligne, écrit en mai 2000: "Peut-on réellement penser que

toute la population du monde va communiquer dans tous les sens? Peut-

être? Via des systèmes de traduction instantanée, par écrit ou par

oral? J'ai du mal à imaginer qu'on verra de sitôt des outils capables

de translater les subtilités des modes de pensée propres à un pays: il

faudrait pour lors traduire, non plus du langage, mais établir des

passerelles de sensibilité. A moins que la mondialisation n'uniformise

tout cela?"

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur

d'hypertexte, est tout aussi dubitatif. Il écrit en décembre 2000:

"J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live... On

nous les annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on

nous les annonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors,

le genre: vous/réservé/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus

tard peut-être."

En 2000, la généralisation de l’internet et du commerce électronique

entraîne toutefois le développement d’un véritable marché avec les

produits et services des sociétés SYSTRAN, Alis Technologies, Lernout &

Hauspie, Globalink et Softissimo, entre autres, à destination du grand

public, des professionnels et des industriels.

SYSTRAN (acronyme de "System Translation"), pionnier dans le traitement

automatique des langues, est l’auteur du premier logiciel de traduction

gratuit du web, lancé en décembre 1997. AltaVista Translation, appelé

aussi Babel Fish, est un service de traduction automatique de pages web

de l'anglais vers les langues suivantes : allemand, français, espagnol,

italien et portugais, et vice versa. Ce service est proposé à la

demande d'AltaVista, moteur de recherche utilisé par douze millions

d'internautes, suite au problème des langues devenu sensible sur

l'internet. Le siège de SYSTRAN est situé à Soisy-sous-Montmorency

(France). Sa succursale, située à La Jolla (Californie), assure les

ventes et le marketing, ainsi qu'une partie de la R&D (recherche et

développement).

Basée à Montréal (Québec), Alis Technologies développe et commercialise

des solutions et services de traitement linguistique au moyen de

logiciels de traduction qui transforment des systèmes informatiques

unilingues en outils multilingues.

Basé à Ypres (Belgique) et Burlington (Massachusetts, États-Unis),

Lernout & Hauspie (racheté ensuite par ScanSoft) propose des produits

et services en dictée, traduction, compression vocale, synthèse vocale

et documentation industrielle. Les technologies couvertes incluent la

reconnaissance automatique de la langue, la compression numérique de la

parole, le passage du texte à la parole, et la traduction. Les produits

émanant des trois premières technologies sont vendus aux grandes

sociétés des industries suivantes: télécommunications, informatique,

multimédia, électronique grand public et électronique automotrice. Les

services de traduction (passage du texte au texte) sont à destination

des sociétés en technologies de l'information, des marchés verticaux et

des marchés d'automatisation. De plus, le Machine Translation Group

(Groupe de traduction automatique) formé par Lernout & Hauspie comprend

des entreprises qui développent, produisent et vendent des systèmes de

traduction: L&H Language Technology, AppTek, AILogic, NeocorTech et

Globalink.

Fondé en 1990, Globalink est une société spécialisée dans les logiciels

et services de traduction. Elle offre des solutions sur mesure à partir

d'une gamme de logiciels, options en ligne et services de traduction

professionnelle. La société diffuse ses logiciels de traduction en

allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais, et propose

des solutions aux problèmes de traduction des particuliers, petites

sociétés, multinationales et gouvernements, que ce soit pour un produit

individuel donnant une traduction préliminaire rapide ou un système

complet permettant de gérer des traductions de documents

professionnels.

Le site web donne les informations suivantes en 1998: "Avec les

logiciels d'application de Globalink, l'ordinateur utilise trois

ensembles de données: le texte à traiter, le programme de traduction et

un dictionnaire de mots et d'expressions dans la langue-source, ainsi

que des informations sur les concepts évoqués par le dictionnaire et

les règles applicables à la phrase: règles de syntaxe et de grammaire,

y compris des algorithmes gouvernant la conjugaison des verbes,

l'adaptation de la syntaxe, les accords de genre et de nombre et la

mise en ordre des mots. Une fois que l'utilisateur a sélectionné le

texte et lancé le processus de traduction, le programme commence à

comparer les mots du texte à traiter avec ceux qui sont stockés dans le

dictionnaire. Une fois l'adéquation trouvée, l'application prépare une

notice complète qui inclut des informations sur les significations

possibles du mot et, d'après le contexte, ses relations avec les autres

mots dans la même phrase. Le temps requis pour la traduction dépend de

la longueur du texte. Un document de trois pages et 750 mots demande un

traitement de trois minutes environ pour une première traduction."

Softissimo commercialise la série de logiciels de traduction Reverso, à

côté de produits d’écriture multilingue, de dictionnaires électroniques

et de méthodes de langues. Reverso est utilisé par exemple par Voilà,

le moteur de recherche de France Télécom. Softissimo diffuse aussi des

logiciels d'apprentissage des langues, ainsi que des dictionnaires,

notamment l'"Eurodico", le "Grand Collins bilingue" et le "Collins

English Dictionary".

En mars 2001, IBM se lance dans un marché en pleine expansion avec un

produit professionnel haut de gamme, le WebSphere Translation Server.

Ce logiciel traduit instantanément en plusieurs langues (allemand,

anglais, chinois, coréen, espagnol, français, italien, japonais) les

pages web, courriels et chats (dialogues en direct). Il interprète 500

mots à la seconde et permet l’ajout de vocabulaires spécifiques.

= R&D en traduction automatique

Voici une présentation rapide des travaux de quatre organismes, parmi

tant d'autres, au Québec (Laboratoire RALI), en Californie (Natural

Language Group), en Suisse (ISCCO) et au Japon (UNDL Foundation).

# Laboratoire RALI

Basé à Montréal (Québec), le laboratoire RALI (Laboratoire de recherche

appliquée en linguistique informatique) a les domaines de compétence

suivants: outils d'aide à la traduction, appariement automatique de

textes, génération automatique de texte, réaccentuation automatique,

recherche d'information aidée par des outils linguistiques, extraction

d'information, identification de la langue et du codage, transducteurs

à états finis, et corpus de texte enrichis. Dans le cadre du Projet

TransX, le laboratoire RALI élabore une nouvelle génération d'outils

d'aide aux traducteurs (TransType, TransTalk, TransCheck et

TransSearch). Ces outils sont tous fondés sur des modèles de traduction

probabilistes qui calculent automatiquement les correspondances entre

le texte produit par le traducteur et le texte en langue de départ.

Comme expliqué sur le site web en 1998, "(a) TransType accélère la

saisie de la traduction en anticipant les choix du traducteur et, au

besoin, en les critiquant. L'outil propose ses choix en tenant compte à

la fois du texte en langue de départ et de la traduction partielle déjà

produite par le traducteur. (b) TransTalk effectue la transcription

automatique d'une traduction dictée. Cet outil se sert d'un modèle de

traduction probabiliste pour améliorer la performance du module de

reconnaissance vocale. (c) TransCheck détecte automatiquement certaines

erreurs de traduction en vérifiant que les correspondances entre les

segments d'une ébauche de traduction et les segments du texte en langue

de départ respectent les propriétés souhaitées d'une bonne traduction.

(d) TransSearch permet au traducteur d'effectuer des recherches dans

des bases de données de traductions pré-existantes pour y retrouver des

solutions toutes faites à ses problèmes de traduction. Les bases de

données requises nécessitent un appariement entre la traduction et le

texte en langue de départ."

# Natural Language Group de l'USC/ISI

Rattaché à l'USC/ISI (University of Southern California/Information

Sciences Institute - Université de Californie du Sud/Institut des

sciences de l'information), le Natural Language Group (Groupe de la

langue naturelle) traite de plusieurs aspects du traitement de la

langue naturelle: traduction automatique, résumé automatique de texte,

gestion multilingue des verbes, développement de taxinomies de concepts

(ontologies), discours et génération de texte, élaboration de gros

lexiques multilingues et communication multimédia.

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group, explique en août

1998: "Les gens écrivent dans leur propre langue pour diverses raisons:

commodité, discrétion, communication locale, mais ceci ne signifie pas

que d'autres personnes ne soient pas intéressées de lire ce qu'ils ont

à dire! Ceci est particulièrement vrai pour les sociétés impliquées

dans la veille technologique (disons, une société informatique qui

souhaite connaître tous les articles de journaux et périodiques

japonais relatifs à son activité) et des services de renseignements

gouvernementaux (ceux qui procurent l'information la plus récente qui

sera ensuite utilisée par les fonctionnaires pour décider de la

politique, etc.). Un des principaux problèmes auxquels ces services

doivent faire face est la très grande quantité d'informations. Ils

recrutent donc du personnel bilingue 'passif' qui peut scanner

rapidement les textes afin de supprimer ce qui est sans intérêt avant

de donner les documents significatifs à des traducteurs professionnels.

Manifestement, une combinaison de résumé automatique de texte et de

traduction automatique sera très utile dans ce cas; comme la traduction

automatique est longue, on peut d'abord résumer le texte dans la langue

étrangère, puis faire une traduction automatique rapide à partir du

résultat obtenu, laissant à un être humain ou un classificateur de

texte (type recherche documentaire) le soin de décider si on doit

garder l'article ou le rejeter.

Pour ces raisons, durant ces cinq dernières années, le gouvernement des

États-Unis a financé des recherches en traduction automatique, en

résumé automatique de texte et en recherche documentaire, et il

s'intéresse au lancement d'un nouveau programme de recherche en

informatique documentaire multilingue. On sera ainsi capable d'ouvrir

un navigateur tel que Netscape ou Explorer, entrer une demande en

anglais, et obtenir la liste des textes dans toutes les langues. Ces

textes seront regroupés par sous-catégorie avec un résumé pour chacun

et une traduction pour les résumés étrangers, toutes choses qui

seraient très utiles."

Il ajoute en août 1999: "Durant les douze derniers mois, j'ai été

contacté par un nombre surprenant de nouvelles sociétés et start-up en

technologies de l'information. La plupart d'entre elles ont l'intention

d'offrir des services liés au commerce électronique (vente en ligne,

échange, collecte d'information, etc.). Étant donné les faibles

résultats des technologies actuelles du traitement de la langue

naturelle - ailleurs que dans les centres de recherche - c'est assez

surprenant. Quand avez-vous pour la dernière fois trouvé rapidement une

réponse correcte à une question posée sur le web, sans avoir eu à

passer en revue pendant un certain temps des informations n'ayant rien

à voir avec votre question? Cependant, à mon avis, tout le monde sent

que les nouveaux développements en résumé automatique de texte, analyse

des questions, etc., vont, je l'espère, permettre des progrès

significatifs. Mais nous ne sommes pas encore arrivés à ce stade.

Il me semble qu'il ne s'agira pas d'un changement considérable, mais

que nous arriverons à des résultats acceptables, et que l'amélioration

se fera ensuite lentement et sûrement. Ceci s'explique par le fait

qu'il est très difficile de faire en sorte que votre ordinateur

'comprenne' réellement ce que vous voulez dire - ce qui nécessite de

notre part la construction informatique d'un réseau de 'concepts' et

des relations de ces concepts entre eux - réseau qui, jusqu'à un

certain stade au moins, reflèterait celui de l'esprit humain, au moins

dans les domaines d'intérêt pouvant être regroupés par sujets. Le mot

pris à la 'surface' n'est pas suffisant - par exemple quand vous tapez:

'capitale de la Suisse', les systèmes actuels n'ont aucun moyen de

savoir si vous songez à 'capitale administrative' ou 'capitale

financière'. Dans leur grande majorité, les gens préféreraient pourtant

un type de recherche basé sur une expression donnée, ou sur une

question donnée formulée en langage courant.

Plusieurs programmes de recherche sont en train d'élaborer de vastes

réseaux de 'concepts', ou d'en proposer l'élaboration. Ceci ne peut se

faire en deux ans, et ne peut amener rapidement un résultat

satisfaisant. Nous devons développer à la fois le réseau et les

techniques pour construire ces réseaux de manière semi-automatique,

avec un système d'auto-adaptation. Nous sommes face à un défi majeur."

Il complète en septembre 2000: "Je vois de plus en plus de petites

sociétés utiliser d'une manière ou d'une autre les technologies liées

aux langues, pour des recherches, traductions, rapports ou autres

services permettant de communiquer. Le nombre de créneaux dans lesquels

ces technologies peuvent être utilisées continue de me surprendre, et

cela va des rapports financiers et leurs mises à jour aux

communications d'une société vers d'autres sociétés, en passant par le

marketing.

En ce qui concerne la recherche, la principale avancée que je vois est

due à Kevin Knight, un collègue de l'ISI, ce dont je suis très honoré.

L'été dernier, une équipe de chercheurs et d'étudiants de l'Université

Johns Hopkins, dans le Maryland, a développé une version à la fois

meilleure et plus rapide d'une méthode développée à l'origine par IBM

(et dont IBM reste propriétaire) il y a douze ans environ. Cette

méthode permet de créer automatiquement un système de traduction

automatique, dans la mesure où on lui fournit un volume suffisant de

texte bilingue. Tout d'abord la méthode trouve toutes les

correspondances entre les mots et la position des mots d'une langue à

l'autre, et ensuite elle construit des tableaux très complets de règles

entre le texte et sa traduction, et les expressions correspondantes.

Bien que la qualité du résultat soit encore loin d'être satisfaisante -

personne ne pourrait considérer qu'il s'agit d'un produit fini, et

personne ne pourrait utiliser le résultat tel quel - l'équipe a créé en

vingt-quatre heures un système (élémentaire) de traduction automatique

du chinois vers l'anglais. Ceci constitue un exploit phénoménal, qui

n'avait jamais été réalisé auparavant. Les détracteurs du projet

peuvent bien sûr dire qu'on a besoin dans ce cas de trois millions de

phrases disponibles dans chaque langue, et qu'on ne peut se procurer

une quantité pareille que dans les parlements du Canada, de Hong-Kong

ou d'autres pays bilingues. Ils peuvent bien sûr arguer également la

faible qualité du résultat. Mais le fait est que, tous les jours, on

met en ligne des textes bilingues au contenu à peu près équivalent, et

que la qualité de cette méthode va continuer de s'améliorer pour

atteindre au moins celle des logiciels de traduction automatique

actuels, qui sont conçus manuellement. J'en suis absolument certain.

D'autres développements sont moins spectaculaires. On observe une

amélioration constante des résultats dans les systèmes pouvant décider

de la traduction opportune d'un terme (homonyme) qui a des

significations différentes [par exemple père, pair et père en français,

ndlr]. On travaille beaucoup aussi sur la recherche d'informations par

recoupement de langues (qui vous permettront bientôt de trouver sur le

web des documents en chinois ou en français même si vous tapez vos

questions en anglais). On voit également un développement rapide des

systèmes qui répondent automatiquement à des questions simples (un peu

comme le populaire AskJeeves utilisé sur le web, mais avec une gestion

par ordinateur et non par des êtres humains). Ces systèmes renvoient à

un grand volume de texte permettant de trouver des 'factiodes' (et non

des opinions ou des motifs ou des chaînes d'événements) en réponse à

des questions telles que: 'Quelle est la capitale de l'Ouganda?', ou

bien: 'Quel âge a le président Clinton?', ou bien: 'Qui a inventé le

procédé Xerox?', et leurs résultats obtenus sont plutôt meilleurs que

ce à quoi je m'attendais."

# ISSCO

Rattaché à l'Université de Genève (Suisse), l'Institut Dalle Molle pour

les études sémantiques et cognitives (ISSCO) mène des recherches

théoriques et appliquées en linguistique computationnelle et en

intelligence artificielle. Créé en 1972 par la Fondation Dalle Molle

pour mener des recherches en cognition et en sémantique, l'institut en

est venu à se spécialiser dans le traitement de la langue naturelle et,

en particulier, dans le traitement multilingue des langues pour la

traduction automatique, l'environnement linguistique, la génération

multilingue, le traitement du discours, la collection de données, etc.

Si l'université de Genève procure un soutien administratif et une

infrastructure à l'ISSCO, la recherche est financée par des subventions

et des contrats avec des organismes publics et privés. L'institut est

multidisciplinaire et multinational, avec un petit groupe de permanents

complété par un certain nombre de personnes sous contrat (spécialistes

en informatique, linguistique, mathématiques, psychologie ou

philosophie) restant de six mois à deux ans, ce qui permet une grande

flexibilité et un échange continuel d'idées.

# UNDL Foundation

Développé sous l'égide de l'UNU/IAS (United Nations

University/Institute of Advanced Studies - Université des Nations

Unies/ Institut des études avancées) à Tokyo (Japon), l'UNL (universal

networking language - langage d'interconnexion universel) est un projet

de métalangage numérique pour l'encodage, le stockage, la recherche et

la communication d'informations multilingues indépendamment d'une

langue-source donnée, et donc d'un système de pensée donné. Ce

métalangage est développé à partir de janvier 1997 au sein de l'UNL

Program, un programme international impliquant de nombreux partenaires

dans toutes les communautés linguistiques. En 1998, 120 chercheurs de

par le monde travaillent sur un projet multilingue comportant 17

langues (allemand, anglais, arabe, brésilien, chinois, espagnol,

français, hindou, indonésien, italien, japonais, letton, mongolien,

russe, swahili et thaï). Ce programme se poursuit ensuite sous l'égide

de l'UNDL Foundation (UNDL: Universal Networking Digital Language -

Langage numérique d'interconnexion universel), fondée en janvier 2001.

Christian Boitet, directeur du Groupe d'étude pour la traduction

automatique (GETA) à Grenoble, un des nombreux participants de l'UNL

Program, explique en septembre 1998 en quoi consiste le projet: "Il

s'agit non de TAO [traduction assistée par ordinateur] habituelle, mais

de communication et recherche d'information multilingue. 14 groupes ont

commencé le travail sur 12 langues (plus 2 annexes) depuis début 1997.

L'idée est de développer un standard, dit UNL [universal networking

language], qui serait le HTML du contenu linguistique, et pour chaque

langue, de développer un générateur (dit 'déconvertisseur') accessible

sur un ou plusieurs serveurs, et un 'enconvertisseur'. L'UNU

[Université des Nations Unies] finance 50% du coût. D'après notre

évaluation sur la première année, c'est plutôt 30 à 35%, car le travail

(linguistique et informatique) est énorme, et le projet passionnant:

les permanents des laboratoires s'y investissent plus que prévu. (...)

La déconversion tourne pour le japonais, le chinois, l'anglais, le

portugais, l'indonésien, et commence à tourner pour le français,

l'allemand, le russe, l'italien, l'espagnol, l'hindi, l'arabe et le

mongol. Chaque langue a une base lexicale de 30.000 à 120.000 liens UW

[universal word]--lexème. L'enconversion n'est pas (si on veut de la

qualité pour du tout venant) une analyse classique. C'est une méthode

de fabrication de graphes UNL [universal networking language] qui

suppose une bonne part d'interaction, avec plusieurs possibilités: (a)

analyse classique multiple suivie d'une désambiguïsation interactive en

langue source, (b) entrée sous langage contrôlé, (c) encore plus

séduisant (et encore pas clair, au niveau recherche pour l'instant),

entrée directe via une interface graphique reliée à la base lexicale et

à la base de connaissances. Les applications possibles sont le courriel

multilingue, les informations multilingues, les dictionnaires actifs

pour la lecture de langues étrangères sur le web, et bien sûr la TA

[traduction automatique] de mauvaise qualité (ce qu'on trouve

actuellement, mais pour tous les couples à cause de l'architecture à

pivot) pour le surf web et la veille. On travaille actuellement sur les

informations sportives sur le web, surtout sur le foot. On construit

une base de documents, où chaque fichier est structuré (à la HTML) et

contient, pour chaque énoncé, l'énoncé original, sa structure UNL, et

autant de traductions qu'on en a obtenu. Un tel document peut être

recherché dans une base en traduisant la question en UNL, puis affiché

(le UNL viewer existe depuis un an) dans autant de fenêtres d'un

brauser web que de langues sélectionnées."

En ce qui concerne les perspectives, "le projet a un problème de

volume: grande surface, pas assez d'épaisseur. Il faudrait trois à cinq

fois plus de monde partout pour que ça avance assez vite (pour que

Microsoft et d'autres ne finissent pas par tout reprendre et revendre,

alors qu'on vise une utilisation ouverte, du type de ce qu'on fait avec

les serveurs et clients web). Les subventions des sociétés japonaises à

l'UNU pour ce projet (et d'autres) se tarissent à cause de la crise

japonaise. Le groupe central est beaucoup trop petit (quatre personnes

qui font le logiciel, le japonais, l'anglais, l'administration, c'est

peu même avec de la sous-traitance). De plus, le plan général est

d'ouvrir aux autres langues de l'ONU en 2000. Il faudrait arriver à un

état satisfaisant pour les treize autres avant. Du point de vue

politique et culturel, ce projet est très important, en ce qu'il montre

pour la première fois une voie possible pour construire divers outils

soutenant l'usage de toutes les langues sur internet, qu'elles soient

majoritaires ou minoritaires. En particulier, ce devrait être un projet

majeur pour la francophonie. Dans l'état actuel des choses, je pense

que l'élan initial a été donné, mais que la première phase (d'ici 2000)

risque de retomber comme un soufflé si on ne consolide pas très vite le

projet, dans chaque pays participant. Donc l'UNU cherche comment monter

un soutien puissant à la mesure de cette ambition. Je pense que, pour

la francophonie par exemple, il faudrait un groupe d'une dizaine de

personnes ne se consacrant qu'à ce projet pendant au moins dix ans,

plus des stagiaires et des collaborateurs sur le réseau, bénévoles ou

intéressés par la mise à disposition gratuite de ressources et

d'outils."

L'Internet et les langues · 第 18 / 20 题