LE FRANCAIS SUR L'INTERNET

= [Citation]

En décembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du web, déclare à Pierre

Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève, un quotidien suisse:

"Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d’informations

sur le web? Est-ce qu’ils pensent que personne ne veut la lire, que la

culture française n’a rien à offrir? C’est de la folie, l’offre est

évidemment énorme." C’est chose faite dans les années qui suivent.

= [Texte]

"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi

par ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français

ont tendance à freiner la propagation de leur culture. Cela est très

regrettable", lit-on le 7 novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus

grand quotidien japonais. Ce cliché a-t-il jamais été vrai?

Début 1998, les Québécois, pionniers de l'internet francophone,

attendent de pied ferme l'arrivée en masse de sites web français, y

compris commerciaux. Lors d'un entretien publié par le magazine en

ligne Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des

Communications au Québec, déclare en février 1998: "J'attendais depuis

deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai

pas." A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) propose plus de

sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribue

le retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du

téléphone (et donc de l'internet, puisque la connexion s'effectue par

le biais de la ligne téléphonique), d'autre part les transactions

commerciales possibles sur le minitel (le videotex français) depuis

plusieurs années, ce qui ralentit l'expansion du commerce électronique

sur l'internet.

C'est l'UREC (Unité réseaux du Centre national de la recherche

scientifique) qui, en France, lance le premier annuaire de sites web

francophones. L'annuaire de l'UREC a pour but de se familiariser avec

le web sans se noyer dans la masse d'informations mondiale, et de

connaître les sites qui petit à petit fleurissent en langue française.

Créé début 1994, il recense d'abord les sites académiques avant de

devenir plus généraliste. D'autres annuaires voient ensuite le jour,

dont certains débutés avec l'aide de l'UREC. Le nombre de sites web, y

compris commerciaux, augmente de manière exponentielle, si bien que la

gestion d'un annuaire généraliste devient difficile. En juillet 1997,

considérant sa mission comme accomplie, l'UREC arrête la mise à jour de

cet annuaire généraliste, et le remplace par un annuaire spécialisé

consacré à l'enseignement supérieur et à la recherche.

Le français n'est pas seulement la langue du Québec, de la France et

d'une partie de la Belgique et de la Suisse. Il est parlé dans de

nombreux pays - dont un certain nombre de pays africains - ce qui

représente 500 millions de personnes. Créée en 1970 pour regrouper 21

États francophones, l'Agence de la Francophonie en compte 47 en 1997.

Cette agence se veut un "instrument de coopération multilatérale née

d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix

dans le concert des nations."

Une Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes a lieu

à Montréal (Québec) en mai 1997. Datée du 21 mai 1997, la Déclaration

de Montréal propose de "développer une aire francophone d'éducation, de

formation et de recherche; soutenir la création et la circulation de

contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la

valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire

francophone de développement économique; mettre en place une vigie

francophone (veille active); sensibiliser prioritairement la jeunesse

ainsi que les utilisateurs, les producteurs et les décideurs; assurer

la présence et la concertation des francophones dans les instances

spécialisées."

Par ailleurs, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) crée le

réseau internet REFER pour desservir la communauté scientifique et

technique en Afrique, en Asie et en Europe orientale, avec 24 pays

participants en 2002.

S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la

deuxième langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré

la pression anglophone - réelle ou supposée selon les cas -, des

francophones veillent à ce que leur langue ait une place significative

en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes

langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et

l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue

que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.

L'Internet et les langues · 第 9 / 20 题