O Lecouvreur, ô toi qui m'as charmé,
Puissent mes vers transmettre en toi ma flamme!
Permets qu'Amour pour moi te donne une âme.
Qui n'aime point est-il donc animé?
Piron écrivit la même fable à mademoiselle Lecouvreur, mais elle ne
descendit pas de son piédestal pour le poëte bourguignon: elle n'aimait
que les poëtes grands seigneurs.
Je ne veux pas, pour la gloire du poëte, transcrire ses vers à
mademoiselle Lecouvreur, quand il lui envoie pour étrennes un manteau
de lit:
Recevez, charmante Adrienne,
Recevez ce manteau de lit.
* * * * *
Que de rimes à la marquise du Chastelet:
Un certain dieu, dit-on, dans son enfance,
Ainsi que vous confondait les docteurs;
Un autre point qui fait que je l'encense,
C'est qu'on nous dit qu'il est maître des cœurs:
Bien mieux que lui vous y régnez, Thémire,
Son règne au moins n'est pas de ce séjour;
Le vôtre en est, c'est celui de l'Amour;
Souvenez-vous de moi dans votre empire.
* * * * *
L'esprit sublime et la délicatesse,
L'oubli charmant de sa propre beauté,
L'amitié tendre et l'amour emporté,
Sont les attraits de ma belle maîtresse.
Vieux rêvasseurs, vous qui ne sentez rien;
Vous qui cherchez dans la philosophie
L'Être suprême et le souverain bien,
Ne cherchez plus, il est dans Émilie.
* * * * *
Nymphe aimable, nymphe brillante,
Vous en qui j'ai vu tour à tour
L'esprit de Pallas la savante,
Et les grâces du tendre Amour;
De mon siècle les vains suffrages
N'enchanteront point mes esprits:
Je vous consacre mes ouvrages,
C'est de vous que j'attends leur prix.
* * * * *
Ma flamme est un embrasement
Que tout allume et renouvelle;
La vôtre n'est qu'une étincelle
Prête à s'éteindre à tout moment:
Quel crime d'aimer faiblement!
Il vaudrait mieux être infidèle.
Madame du Chastelet suivit le conseil de Voltaire.
Je finis par ces quatre vers, qui sont presque une épitaphe: