N'a pas longtemps, de l'abbé de Saint-Pierre
On me montrait le buste tant parfait,
Qu'onc ne sus voir si c'était chair ou pierre,
Tant le sculpteur l'avait pris trait pour trait.
Adonc restai perplexe et stupéfait,
Craignant en moi de tomber en méprise;
Puis dis soudain: Ce n'est là qu'un portrait,
L'original dirait quelque sottise.
Voltaire, qui était du beau monde, ne croyait pas déchoir en écrivant
les billets galants de madame d'Averne au duc d'Orléans. En voici un, à
propos d'une ceinture qu'elle avait donnée à ce prince:
Pour la mère des Amours
Les Grâces autrefois firent une ceinture;
Un certain charme était caché dans sa tissure:
Avec ce talisman la déesse était sûre
De se faire aimer toujours.
Eh! pourquoi n'est-il plus de semblable parure?
De la même manufacture
Sortit un ceinturon pour l'amant de Vénus.
Mars en sentit d'abord mille effets inconnus:
Vénus, qui fit ce don, ne se vit pas trompée;
Aussi depuis ce temps le sexe est pour l'épée.
Les Grâces, qui pour vous travaillent de leur mieux,
Ont fait un ceinturon sur le même modèle.
Que ne puis-je obtenir des dieux
La ceinture qui rend si belle,
Pour l'être toujours à vos yeux!
Voici des petits vers à La Condamine:
Vos vers servent à me confondre:
Je sens que je ne puis répondre
A votre style séducteur;
C'est en vain que je veux semondre
Le Dieu du peuple rimailleur:
Lui qui m'inspire trop d'ardeur,
A présent me laisse morfondre.
Ma muse, lasse et sans chaleur,
De grands vers ne saurait plus pondre.
Je deviens un sec raisonneur,
Un métaphysique hypocondre,
Avec Pascal un chicaneur,
Un vrai philosophe de Londre.
Et je vous prierai de refondre
Et mon esprit et mon humeur;
Mais ne blâmez jamais mon cœur,
Car sur un œuf ce serait tondre.
Je ne sais à qui sont adressés ceux-ci:
Que toujours de ses douces lois
Le dieu des vers vous endoctrine,
Qu'à vos chants il joigne sa voix,
Tandis que de sa main divine
Il accordera sous vos doigts
La lyre agréable et badine
Dont vous vous servez quelquefois.
Que l'Amour encor plus facile
Préside à vos galants exploits,
Comme Phébus à votre style;
Et que Plutus, ce dieu sournois,
Mais aux autres dieux très-utile,
Rende par maint écu tournois
Les jours que la Parque vous file
Des jours plus heureux mille fois
Que ceux d'Horace et de Virgile.
Cette jolie épître est datée de la cour de Sceaux:
La paresse froide et muette
N'a point dicté l'œuvre parfaite
Où votre esprit en vers heureux
De votre cœur est l'interprète.
C'est peu pour être un bon poëte
D'être un aimable paresseux;
Que la muse la plus fertile
Joigne l'étude au sentiment:
Ce qui paraît le plus facile
Est écrit difficilement.
Parler juste, avec harmonie,
Avec esprit, sagesse et feu,
C'est un art qui n'est point un jeu;
Un rien qui semble coûter peu
Veut de la peine et du génie.
Le dieu qui sait vous captiver,
A tant d'autres peu favorable,
Vous donna ce génie aimable
Avec l'art de le cultiver;
Et guida chez vous sur sa trace
Les devoirs, les plaisirs, les arts.
Cueillant les lauriers du Parnasse,
Arrachant les palmes de Mars,
Soyez et l'Achille et l'Homère,
Et sous les berceaux de Cypris
Chantez plus d'une Briséis;
A plus d'une vous savez plaire.
Voici un fragment sans doute détaché d'une lettre du même temps:
Je vois cet agréable lieu,
Ces bords riants, cette terrasse,
Où Courtin, La Fare et Chaulieu,
Loin du faux goût, des gens en place,
Pensant beaucoup, écrivant peu,
Parmi des flacons à la glace
Composaient des vers pleins de feu;
Enfants d'Aristippe et d'Horace,
Des leçons du Portique instruits,
Tantôt ils en cueillaient les fruits,
Et tantôt les fleurs du Parnasse.
Philosophes sans vanité,
Beaux esprits sans rivalité,
Entre l'étude et la paresse,
A côté de la volupté
Ils avaient placé la sagesse.
Où trouver encor dans Paris
Des mœurs et des talents semblables?
Il n'est que trop de beaux esprits,
Mais qu'il est peu de gens aimables!
C'est une note qui résonne souvent sur le clavecin de cette muse
familière.
Nous arrivons aux amoureuses: