Écroulement du vieux Beffroi de Valenciennes, avec _une gravure._--Un
mot sur l'Université--Courrier de Paris. Le givre, une réconciliation,
les deux yeux, un enfant mort en bas âge, les portraits et les modèles,
appétit monstre, un mari reconnaissant, l'auteur et le directeur.
Représentation de pièces historiques. Lucrèce.--Romance. Musique de M.
Flotow, paroles de M. E. de Loutay, avec _une vignette._--Chronique
musicale. Concerts du Conservatoire. _Salle du Conservatoire_.--Des
Caisses d'Épargne.--Longchamp. _L'Obélisque et les Champs-Elysées, une
scène de Longchamp._--La Vengeance des Trépassés, nouvelle (3e partie),
avec une _gravure._--De l'Éloquence de la Chaire au XIXe siècle. _Le
dimanche des Rameaux, portraits de M. de Boulogne, de M. Deguerry, de M.
Combalot, de M. Lacordaire, de M. de Ravignan, de M. Coeur, une
prédication à Saint-Roch._--Bulletin bibliographique.--Annonces.--M. le
maréchal comte d'Erlon.. _Portrait._--Sur la locomotion
aérienne.--Rébus.
Écroulement du vieux Beffroi de Valenciennes.
Depuis la chute de la flèche métropolitaine de Cambrai en 1809, disent
les journaux du Nord, nul événement aussi épouvantable que l'écroulement
du beffroi de Valenciennes n'était venu frapper de consternation nos
provinces.
A la suite d'interminables lenteurs, après avoir renvoyé cette affaire
de commission en commission, après avoir même fait visiter le beffroi
par un architecte de Paris, M. Visconti, le conseil municipal de
Valenciennes avait enfin voté la restauration du vieux monument:
restauration difficile, dont la direction fut confiée à l'architecte de
la ville, et les travaux adjugés au rabais à un entrepreneur. Les
ouvrages commencèrent il y a peu de mois, et bientôt l'on s'aperçut de
toutes les difficultés qu'ils présentaient: les ouvriers avaient fait de
si fortes tranchées dans la vieille maçonnerie, que l'architecte
lui-même en fut effrayé. Des lézardes se montrèrent le long de
l'édifier, et dans la matinée du vendredi 7 avril, les pierres
commencèrent à tomber successivement du faîte, avertissant les habitants
de la Place d'Armes de l'effroyable catastrophe qui les menaçait.
Le même jour, à quatre heures vingt minutes du soir, la tour s'écroula
tout entière avec un fracas épouvantable, s'abattant à peu près sur
elle-même; le poids des pierres bleues qui couronnaient le beffroi, et
surtout celui des vingt-quatre consoles qui supportaient le balcon, et
ne pesaient pas moins de six milliers chacune, étaient devenus trop
lourds pour les piétements affaiblis. On conçoit ce qu'a dû présenter
d'horrible la chute d'une telle masse, qui comptait soixante-dix mètres
de hauteur depuis la base jusqu'au paratonnerre, s'écroulant d'un seul
coup, et tombant sur les habitations de son pourtour et les maisons
voisines; les cloches, dont l'une ne pesait pas moins de neuf mille
livres, enfoncèrent tous les étages jusqu'aux caves; enfin le dôme de la
tour, violemment précipité, alla rouler jusqu'à la Place du Commerce. La
Place d'Armes et l'entrée des rues voisines furent presque ensevelies
sous une montagne de pierres, de poutres, de fer, de cloches et de
plâtras.
La première victime fut le malheureux guetteur, monté à son poste en
tremblant, vendredi à midi, et qui entendit pendant quatre heures tomber
une à une autour de lui les pierres du couronnement; il fut relevé
respirant encore, et tenant en sa main son ouvrage de cordonnier; mais
il expira bientôt après, par suite de l'affreuse commotion qu'il avait
éprouvée. L'entrepreneur, resté sur l'échafaudage, fut dangereusement
blessé, le serrurier, placé près de lui, a été sauvé miraculeusement.
Les journaux quotidiens ont donné la liste des victimes de cet affreux
événement: ils annonçaient que le chiffre exact n'en était pas encore
connu. On sait aujourd'hui que sept personnages seulement ont perdu la
vie, mais plusieurs blessés sont dans un état désespéré. Les habitants
et la garnison rivalisèrent de zèle et de dévouement pour sauver les
malheureux ensevelis sous les décombres: la compagnie d'Anzin envoya
aussitôt des travailleurs intelligents et actifs, et mit à la
disposition de la ville les chèvres, les grues et tous les outils de ses
mines. Grâce à ces secours réunis, l'on put déblayer un peu la place, et
sauver la vie a quelques blessés gisants sous des monceaux de ruines.
[Illustration: Écroulement du Beffroi de Valenciennes, le 7 avril.]
Le malheur qui vient d'arriver est immense: mais si l'on considère ce
qu'il pouvait être, il faut encore rendre grâces à Dieu de ce que le
nombre des victimes ait été aussi restreint. Une ou deux heures plus
tôt, l'écroulement atteignait plus de cinquante individus; et si le
couronnement s'était, dans sa chute, incliné un peu à droite ou à
gauche, une foule de maisons eussent été infailliblement écrasées.
La perte matérielle de la ville est considérable: Valenciennes se trouve
à la fois privée de son seul monument, du vieux souvenir de ses libertés
communales, de ses bureaux d'octroi, de son horloge, de son carillon et
d'un grand nombre de maisons attenantes au beffroi, qui étaient des
propriétés communales.
Une grave responsabilité va peser sur les entrepreneurs des travaux:
l'administration n'avait cessé de leur recommander de prendre les plus
grandes précautions; peu persuadée d'ailleurs par les assurances
réitérées de l'architecte, qui prétendait répondre sur sa tête de la
solidité de la tour, la municipalité avait ordonné, le matin même du 7
avril que l'on évacuât immédiatement les bâtiments du beffroi et les
petites maisons qui y étaient adossées; en même temps elle fit cesser la
sonnerie des cloches et interdit la circulation des voitures aux
alentours du monument C'est grâce à la promptitude et à l'énergie de ces
mesures que la ville n'a pas en à déplorer de plus grands malheurs.
Le beffroi de Valenciennes était sans contredit l'un des plus anciens
et des plus remarquables monuments du nord de la France. Nos lecteurs
trouveront donc nous l'espérons, quelque intérêt dans la notice
historique que nous joignons au récit de l'événement. Nous puisons la
plupart de nos documents dans l'histoire de Valenciennes par
_d'Oultreman_, et les deux derniers feuilletons de _l'Écho de la
Frontière._