VII

Voilà de prodigieuses noces, les plus féeriques que nous puissions

rêver, azurées et tragiques, emportées par l'élan du désir au-dessus de

la vie, foudroyantes et impérissables, uniques et éblouissantes,

solitaires et infinies. Voilà d'admirables ivresses où la mort, survenue

dans ce qu'il y a de plus limpide et de plus beau autour de cette

sphère: l'espace virginal et sans bornes, fixe dans la transparence

auguste du grand ciel la seconde du bonheur, purifie dans la lumière

immaculée ce que l'amour a toujours d'un peu misérable, rend inoubliable

le baiser, et se contentant cette fois d'une dîme indulgente, de ses

mains devenues maternelles, prend elle-même le soin d'introduire et

d'unir pour un long avenir inséparable, dans un seul et même corps, deux

petites vies fragiles.

La vérité profonde n'a pas cette poésie, elle en possède une autre que

nous sommes moins aptes à saisir; mais que nous finirons peut-être par

comprendre et aimer. La nature ne s'est pas souciée de procurer à ces

deux «raccourcis d'atôme», comme les appellerait Pascal, un mariage

resplendissant, une idéale minute d'amour. Elle n'a eu en vue, nous

l'avons déjà dit, que l'amélioration de l'espèce par la fécondation

croisée. Pour l'assurer, elle a disposé l'organe du mâle d'une façon si

particulière qu'il lui est impossible d'en faire usage ailleurs que dans

l'espace. Il faut d'abord que par un vol prolongé il dilate complètement

ses deux grands sacs trachéens. Ces énormes ampoules qui se gorgent

d'azur, refoulent alors les parties basses de l'abdomen et permettent

l'exsertion de l'organe. C'est là tout le secret physiologique, assez

vulgaire diront les uns, presque fâcheux affirmeront les autres, de

l'essor admirable des amants, de l'éblouissante poursuite de ces noces

magnifiques.

La vie des abeilles · 第 93 / 142 题