Voilà de prodigieuses noces, les plus féeriques que nous puissions
rêver, azurées et tragiques, emportées par l'élan du désir au-dessus de
la vie, foudroyantes et impérissables, uniques et éblouissantes,
solitaires et infinies. Voilà d'admirables ivresses où la mort, survenue
dans ce qu'il y a de plus limpide et de plus beau autour de cette
sphère: l'espace virginal et sans bornes, fixe dans la transparence
auguste du grand ciel la seconde du bonheur, purifie dans la lumière
immaculée ce que l'amour a toujours d'un peu misérable, rend inoubliable
le baiser, et se contentant cette fois d'une dîme indulgente, de ses
mains devenues maternelles, prend elle-même le soin d'introduire et
d'unir pour un long avenir inséparable, dans un seul et même corps, deux
petites vies fragiles.
La vérité profonde n'a pas cette poésie, elle en possède une autre que
nous sommes moins aptes à saisir; mais que nous finirons peut-être par
comprendre et aimer. La nature ne s'est pas souciée de procurer à ces
deux «raccourcis d'atôme», comme les appellerait Pascal, un mariage
resplendissant, une idéale minute d'amour. Elle n'a eu en vue, nous
l'avons déjà dit, que l'amélioration de l'espèce par la fécondation
croisée. Pour l'assurer, elle a disposé l'organe du mâle d'une façon si
particulière qu'il lui est impossible d'en faire usage ailleurs que dans
l'espace. Il faut d'abord que par un vol prolongé il dilate complètement
ses deux grands sacs trachéens. Ces énormes ampoules qui se gorgent
d'azur, refoulent alors les parties basses de l'abdomen et permettent
l'exsertion de l'organe. C'est là tout le secret physiologique, assez
vulgaire diront les uns, presque fâcheux affirmeront les autres, de
l'essor admirable des amants, de l'éblouissante poursuite de ces noces
magnifiques.