Mais n'oublions pas notre ruche où l'essaim perd patience, notre ruche
qui bouillonne et déborde déjà de flots noirs et vibrants, tels qu'un
vase sonore sous l'ardeur du soleil. Il est midi, et l'on dirait
qu'autour de la chaleur qui règne, les arbres assemblés retiennent
toutes leurs feuilles, comme on retient son souffle en présence d'une
chose très douce, mais très grave. Les abeilles donnent le miel et la
cire odorante à l'homme qui les soigne; mais, ce qui vaut peut-être
mieux que le miel et la cire, c'est qu'elles appellent son attention
sur l'allégresse de juin, c'est qu'elles lui font goûter l'harmonie des
beaux mois, c'est que tous les événements où elles se mêlent sont liés
aux ciels purs, à la fête des fleurs, aux heures les plus heureuses de
l'année. Elles sont l'âme de l'été, l'horloge des minutes d'abondance,
l'aile diligente des parfums qui s'élancent, l'intelligence des rayons
qui planent, le murmure des clartés qui tressaillent, le chant de
l'atmosphère qui s'étire et se repose, et leur vol est le signe visible,
la note convaincue et musicale des petites joies innombrables qui
naissent de la chaleur et vivent dans la lumière. Elles font comprendre
la voix la plus intime des bonnes heures naturelles. A qui les a
connues, à qui les a aimées, un été sans abeilles semble aussi
malheureux et aussi imparfait que s'il était sans oiseaux et sans
fleurs.