LE NÈGRE ARCHITECTE ET MAÇON

Le lendemain matin, on se remit avec ardeur à la construction de la

maison, et ce jour-là fut employé à la couvrir. Les planches sciées par

Cudjo furent placées d’abord de façon à dépasser de beaucoup les murs,

afin de rejeter l’eau très loin; elles furent assujetties à leur

extrémité inférieure par une longue perche qui traversait

horizontalement le toit d’un bout à l’autre; cette perche fut attachée

au moyen de courroies en peau d’élan humectées: précaution qui devait

donner ce résultat qu’en se séchant, les peaux, par leur rétrécissement,

fixeraient la perche plus solidement aux parois.

Une seconde rangée de planches fut ensuite disposée de façon à recouvrir

les premières par leur extrémité inférieure; elle fut attachée à une

seconde perche horizontale; puis l’on passa à une troisième rangée, et

ainsi de suite jusqu’au faîte, qui, en guise de bouquet traditionnel,

reçut un petit drapeau américain qui flottait au milieu d’une touffe de

magnolias et donnait vraiment bon air à la construction. Elle était

cependant loin d’être achevée, puisque les espaces compris entre les

troncs d’arbres qui en faisaient les murs restaient encore à

claire-voie. La villa de la clairière ressemblait donc encore plutôt à

une immense cage qu’à une maison.

Le jour suivant fut employé à ménager des ouvertures, portes et

fenêtres. Pour la porte, Cudjo procéda d’une manière bien simple; il

disposa d’abord les poteaux qui devaient la soutenir de chaque côté, et

il scia la base des troncs qui se trouvaient entre eux; cette opération

fut complétée par la pose de linteaux et de piliers. Les baies des

fenêtres furent établies d’une façon analogue. Le nègre scia ensuite

dans un grand tulipier la quantité de planches nécessaires à faire une

porte et des volets; ces planches, une fois réduites à la longueur

convenable, furent assujetties au moyen de chevilles taillées dans le

bois si dur de l’acacia épineux. La porte et les fenêtres reçurent

ensuite pour serrures peu compliquées, mais suffisantes, des courroies

de peau d’élan, et, ce soir-là, tous les ustensiles et la literie que

contenait le chariot furent transportés sous l’abri du toit de la

maison.

Elle était loin cependant d’être terminée. Le jour suivant fut consacré

à construire un foyer et une cheminée. Celle-ci devant se trouver

naturellement sur un des bords du toit, M. Rolfe choisit la direction du

nord. Le devant de la case regardait l’est. Après avoir enclavé un tronc

d’arbre, on y ménagea un espace vide avec la scie jusqu’à la hauteur

habituelle d’une tablette de cheminée; par derrière et tout à fait en

dehors de la maison, Cudjo construisit un foyer de pierres et de mortier

avec un revêtement de même matière. Puis, pour élever la cheminée, il

plaça, les uns en travers des autres, des morceaux de bois dur courts et

droits. Ces pièces étaient de plus en plus courtes à mesure que l’on

approchait du toit; les vides en furent remplis par du mortier, de sorte

que l’opération une fois terminée, la cheminée s’éleva au faîte de la

maison comme le tuyau d’une petite fabrique, et l’on y alluma un grand

feu de souches qui flamba gaiement.

Le lendemain, les interstices de tous les murs furent bouchés avec un

enduit fait de copeaux, de pierres et de mortier; il n’y resta pas un

trou par lequel une souris pût passer. Quant au sol, qui avait été battu

naturellement pendant tous ces travaux, on le joncha de feuilles vertes

de palmier, ce qui lui donna un aspect confortable. Ce fut vraiment

alors que la famille prit possession de cette maison, qui avait été

construite du haut en bas sans employer un seul clou... et pour cause.

«Nous voici tous à l’abri, dit alors M. Rolfe; il faut maintenant

construire une écurie à Pompo. Les nuits ne sont pas encore assez

froides pour qu’il sente le besoin de reposer à couvert, mais si une

bête de proie se glissait, après le soleil couché, dans la clairière,

notre pauvre cheval subirait le sort que l’attaque du carcajou a infligé

à notre dernier bœuf.»

L’écurie fut l’affaire de deux journées, vu qu’on y employa des troncs

déjà coupés et le rebut des planches. Les plus longs ouvrages,

c’est-à-dire cheminée et fenêtre, n’y étaient pas nécessaires; sous

cette latitude, les écuries n’ont pas besoin d’être calfeutrées avec

beaucoup de soin. Cudjo creusa un tronc de tulipier pour faire une auge,

et Pompo fut installé dans sa maisonnette, où les deux chiens devaient

également coucher pendant l’hiver.

La petite colonie possédait une maison, mais l’intérieur en était nu,

sauf les couchettes installées sur des supports de planches; et l’on n’y

jouissait pas des aises les plus communes, puisque l’on en était réduit

à s’asseoir sur des malles tirées du wagon et à manger, comme autrefois,

sur la grande caisse aux provisions. De charpentier à menuisier il y a

peu de différence, pensa M. Rolfe, qui entreprit de façonner une table

et sept ou huit chaises.

La petite colonie manquait de clous; en revanche, M. Rolfe avait

retrouvé dans le coin d’une malle un ciseau, une tarière et quelques

autres outils qu’il avait apportés de Virginie, et dont il avait pensé

faire usage à la ferme du Caire. Au moyen de ces instruments, Cudjo,

qui, selon l’expression de Franck, était sorcier de ses mains, fit des

mortaises et des queues d’arondes le plus aisément du monde. Les cornes

et les sabots de l’élan servirent à composer de la colle forte

excellente. Bientôt le mobilier s’accrut, non seulement du nécessaire,

mais de l’agréable, car, outre deux grandes tables, dont l’une avait été

expressément commandée par Mme Rolfe, il y eut dans la maison un buffet

de planches garni de tablettes, huit chaises et deux petits fauteuils en

bambou pour Mary et Louisa.

Pendant cette installation, les castors n’avaient pas été oubliés. De

jour en jour ils étaient plus occupés à jeter de grandes branches à

l’eau et à les pousser vers leurs huttes pour les provisions d’hiver. La

mine bienveillante des colons, qui se promenaient souvent dans leur

voisinage, le calme où on les laissait, les avait rassurés peu à peu sur

la sécurité de leur refuge, et ils commençaient déjà à s’apprivoiser.

Ils ne fuyaient plus à l’approche des visiteurs; les plus hardis

s’avançaient même à la rencontre des enfants. Cette confiance détermina

M. Rolfe à leur donner un régal qu’ils ne s’attendaient pas à recevoir

de ses mains, eux que l’homme n’approche pas sans les détruire.

Cudjo avait montré à son maître de beaux arbres qui croissaient sur le

bord de la clairière, assez près de l’habitation. Ils étaient minces,

courbés, ne s’élevaient pas à plus de trente pieds, et leurs feuilles

ovales étaient d’un beau vert bleuâtre; leurs fleurs avaient la forme

d’une rose, bien qu’elles fussent blanches comme neige et que leurs

pétales embaumés eussent le satiné mat du camélia. C’était une sorte de

magnolier, non pas celui qui est renommé pour ses grandes fleurs, mais

une espèce différente appelée _magnolia glauca_. On le nomme quelquefois

sassafras des marais, mais il est plus généralement connu des trappeurs,

comme il l’était de Cudjo, sous le nom d’arbre des castors, parce que

ces animaux sont si friands de ses tiges et de ses racines qu’on emploie

celles-ci dans les pièges que l’on tend à ces animaux.

Dès que le nègre eut fait connaître cette particularité à son maître,

tous les deux s’armèrent d’une pique et d’une hache, et, en quelques

heures, ils eurent arraché plusieurs souches de magnolias, garnies de

fortes racines; puis ils les transportèrent sur les bords du lac. Là,

Franck et Henri réclamèrent le plaisir de jeter ces racines dans l’eau

du côté des huttes. Aussitôt les castors arrivèrent en foule, et chacun

d’eux s’empressa de regagner sa tanière avec une racine ou une touffe

entière entre les dents; puis, quand l’emmagasinement fut opéré, tous

revinrent joyeusement s’ébattre sur le toit de leurs huttes, en fixant

des yeux reconnaissants sur les colons, ravis de cette bonne entente.

Mme Rolfe et les deux petites filles n’avaient pas assisté à cette

expédition. Il y avait eu dans son refus un certain air de mystère qui

revint au souvenir de Franck et d’Henri pendant qu’on s’acheminait vers

la clairière après avoir régalé les castors. Ils se demandaient quelle

surprise leur mère, qu’ils avaient vue les jours précédents en

conciliabule avec Cudjo, occupés tous les deux à prendre des mesures sur

les murs de la maison, préparait. Il y avait eu aussi une certaine

insistance qu’ils ne s’étaient pas expliquée, pour leur faire polir une

des deux tables avec des morceaux de pierre ponce trouvés dans la

vallée. Après avoir été polie comme une glace par ce moyen, cette table

avait été couverte en grand honneur d’un châle de Mme Rolfe en guise de

tapis. Il avait été convenu que tant de soins n’avaient pas été pris

pour les nécessités domestiques, car on mangeait sur l’autre table.

Celle-ci était restée solitaire dans un coin qu’on avait surnommé le

salon, parce qu’il était loin des lits et qu’un vase garni de magnolias

parfumés avait été appelé à orner le milieu de ce guéridon rustique.

Cette apparence de luxe donnait vraiment bon air à la case, mais Franck

et Henri ne se trompaient pas lorsqu’ils pensaient que leur mère avait,

ce soir-là, quelque chose à leur communiquer. Tout d’abord ils ne

songèrent plus, en arrivant à l’habitation, à la surprise supposée qui

avait fait le sujet de leur causerie pendant la route; ils avaient gagné

de l’appétit, et ils trouvaient le repas dressé sur la pelouse devant la

case. Mary et Louisa y avaient traîné les chaises; malgré leur jeune

âge, elles se piquaient d’être utiles à leur mère.

On dîna donc fort bien; le menu se composait d’un quartier d’élan et

d’un dindon sauvage, accompagnés, en guise de pain, de cosses d’acacia.

L’entretien roula, pendant le repas, sur la nécessité d’une nouvelle

expédition de chasse, car, pendant qu’on s’était occupé de construire la

case, les provisions de tasajo d’élan s’étaient à peu près épuisées;

mais lorsque Cudjo eut enlevé les plats, Mme Rolfe invita tout le monde

à rentrer dans la maison. Franck et Henri, ramenés à leur soupçon

d’agréable surprise, y pénétrèrent les premiers et virent, au-dessus de

la table du _salon_, une étagère de bambou qui supportait une

cinquantaine de livres; elle était flanquée de deux cartes pendues au

mur par des chevilles de bois: l’une était un planisphère, l’autre une

grande carte de l’Amérique du Nord. Un encrier et deux buvards

accotaient le vase de magnolias. C’était toute une installation de

cabinet d’étude, sommaire assurément, mais à laquelle rien d’essentiel

ne manquait.

«Mes chers enfants, dit Mme Rolfe, vous n’avez pas encore eu le temps de

vous ennuyer de la vie libre que nous menons ici; mais ce temps-là

viendra assurément, si vous n’exercez pas votre esprit. Vous aurez à

vous occuper, plus que dans la vie civilisée, des soins de trouver la

nourriture de vos corps; mais, sachez-le bien, l’intelligence peut, elle

aussi, périr d’inanition. Il y a des besoins de nourriture

intellectuelle, comme il y a des besoins de nourriture physique. Si l’on

ne pense qu’à cette dernière, on risque de s’alourdir, je dirai même un

gros mot parce qu’il est juste: on risque de s’abrutir. C’est là

l’écueil de la vie solitaire. Si votre père et moi ne nous étions pas

sentis capables de vous instruire à l’aide de quelques livres que nous

emportions à Los Mimbres et qui nous sont restés, sachez bien que nous

serions partis d’ici, au risque de notre vie à tous, plutôt que de vous

exposer à devenir de rudes coureurs de bois, sans culture

intellectuelle. Lorsque, par hasard, vous viendrez de mauvaise grâce à

l’étude, je vous prie de lever les yeux vers les deux cartes qui sont

là; elles vous rappelleront que, si le monde est grand, il n’est après

tout que la maison de l’homme, et que celui-ci doit connaître son

habitation et s’inquiéter de tout ce qui s’est fait et se fait encore

chez lui. Nous voici confinés dans un petit coin de terre. Pour combien

de temps? nous l’ignorons; mais si nous devons en sortir jamais, je ne

veux pas que mes deux fils soient inférieurs en connaissances aux jeunes

gens de leur âge. Quant à mes filles, je réponds d’elles et du plaisir

qu’elles ont de m’obéir.

--Depuis que la maison est faite, j’ai déjà appris deux fables, dit

Mary, et voilà Louisa qui commence à lire couramment. Si les garçons ne

travaillent pas, nous les rattraperons, n’est-ce pas, Louisa?

--Oh! ils sont trop savants!» répondit la petite Louisa en secouant sa

tête brune.

Pendant ce temps, Franck et Henri réfléchissaient. Ce n’est pas que

l’étude leur déplût, mais, déshabitués, depuis leur départ de

Saint-Louis, de toute obligation à cet égard, il leur en coûtait un peu

de reprendre la plume en main et de rouvrir leurs cahiers. A force de

porter la carabine sur l’épaule, ils s’étaient pris pour de petits

hommes, et n’avaient pas prévu le danger, qu’ils sentaient maintenant,

de négliger leur instruction. Néanmoins, le regret de renoncer à suivre

leur père et Cudjo dans leurs expéditions se fit jour dans leurs

premières réponses.

«Maman, dit Franck, nous ferons ce que vous désirez, parce que vous ne

pouvez vouloir que notre bien; il me semble cependant que nos courses

dans la forêt ne sont pas sans profit pour nous. Avec les explications

que père nous donne, est-ce que nous n’apprenons pas l’histoire

naturelle sans nous en douter?»

Henri fut encore plus explicite, bien que sans aucune mauvaise humeur.

Il alla vers sa carabine, qui était accrochée à la muraille, et, tapant

de la main sur la crosse, il lui dit:

«Adieu, toi! Tu es plus lourde qu’un porte-plume, tu pesais davantage à

ma main. Nous voici à la maison pour longtemps; pauvre petite, tu

t’ennuieras. Ce n’est pas ta faute, si, croyant appartenir à un tireur

de profession, tu étais l’arme d’un écolier en vacances.

--Si tu avais le génie poétique, dit Mme Rolfe en riant, tu pourrais

rimer ces adieux à ta carabine; ils n’auraient qu’un tort, c’est de

tomber à faux. Pensez-vous donc, chers enfants, que je puis vous garder

toute la journée ici à pâlir sur des livres, tandis que votre père et

Cudjo se fatigueraient au dehors à chercher seuls de quoi nous faire

vivre tous? Non, ce que je vous demande, c’est de consacrer deux ou

trois heures par jour, matin ou soir, à vos études. Si vous y travaillez

de bonne grâce, avec intérêt, cela, joint à nos conversations, que nous

tâcherons de rendre aussi instructives que possible, vous amènera à

posséder la somme de connaissances indispensables. Vous serez donc de

vrais hommes au dehors pour aider votre père, et des écoliers ici quand

vous viendrez vous reposer de vos fatigues. Vous verrez que rien ne

délasse le corps comme l’exercice de l’intelligence.»

Les deux jeunes garçons se jetèrent dans les bras de leur mère.

«Oh! de cette façon, dirent-ils, tout sera plaisir pour nous.

--D’ailleurs l’hiver approche, poursuivit M. Rolfe, et, bien qu’il ne

soit ni long ni rigoureux dans cette région, vous verrez combien les

livres sont d’agréables compagnons lorsqu’on ne peut pas sortir. Ils

nous feront passer d’heureux moments; grâce à eux, le monde entier

défilera dans notre solitude, et nous y vivrons en bonne et nombreuse

compagnie, y recevant les grands hommes du temps passé.

--Et même, reprit la mère de famille, lorsque nous serons las

d’apprendre et que nous nous sentirons le goût de divertissements, nous

pourrons sans difficulté aller au spectacle...

--Oh! cela, dit Henri en éclatant de rire, c’est bien difficile.

--Pas du tout; j’ai retrouvé quelques tragédies de Shakespeare et

d’Otway, puis des pièces de Corneille et de Racine; vous savez assez

bien le français; vous continuerez à l’apprendre, et nous jouerons la

tragédie entre nous.

--Oh! moi aussi, maman, dit Mary.

--Toi, dit Franck, auquel ce projet souriait, tu feras le petit Joas

dans _Athalie_, et Cudjo... oui, Cudjo fera Mathan; il aura le visage

aussi noir que l’âme; maman sera Josabeth, et papa Joad. Mais qui fera

Athalie?

--Le public ne se montrera pas difficile, répondit Mme Rolfe; je me

chargerai, au besoin, des deux personnages, et me donnerai la réplique à

moi-même.»

Franck et Henri s’emparèrent si vite de ce projet, que, séance tenante

ils allèrent à l’étagère, qu’ils auraient cru ne pouvoir approcher sans

bâiller un quart d’heure auparavant, pour y chercher le volume de

Racine, afin d’expérimenter la diction de Cudjo. Le nègre, par hasard,

savait le français, ayant servi chez un planteur de cette nation, mais

il le parlait à la créole, c’est-à-dire fort mal.

Ce fut une scène de fou rire que cette répétition. Cudjo se prêtait de

bonne grâce à la fantaisie de ses deux jeunes maîtres; mais il ne

pouvait lui-même tenir son sérieux en estropiant les hémistiches, qu’il

ne comprenait pas du tout: aussi Franck dit-il gravement, quand

l’hilarité générale se fut apaisée:

«Nous sommes trop peu dans notre troupe de tragédie pour nous passer

d’un acteur. Il faut que Cudjo apprenne à parler comme tout le monde, et

qu’il sache un peu de quoi il s’agit dans cette tragédie. Je me charge

de cela.

--C’est une éducation à prendre par le pied, dit M. Rolfe. Je trouve

l’idée excellente, car, en instruisant Cudjo, tu aideras à ta propre

instruction. Cudjo est jeune, il peut apprendre, s’il le veut.

--Cudjo bête comme sa lance indienne, dit modestement le pauvre nègre.

Cudjo ne sait rien...

--Que bâtir des maisons, faire des chaises, chanter de très jolies

chansons, dit sa petite amie Mary.

--Eh bien! je lui apprendrai à lire, à écrire, dit Franck; je me charge

de lui, ce sera mon élève, et je veux qu’il me fasse honneur.

--Ce sera pour moi l’honneur, dit Cudjo, mais bon nègre aura tête trop

dure, peut-être.

--Bah! bah! nous verrons bien; je gage que, quand nous reviendrons dans

le monde civilisé, il en saura autant que nous; alors Cudjo, tu vaudras

un homme blanc, car, vois-tu, c’est l’instruction, le savoir, qui

établissent la supériorité entre les hommes, et non pas la couleur de

leur peau. Maman, vous aviez bien raison de vouloir nous faire étudier.

Notre vie va être complète, grâce à cette idée, n’est-ce pas, Henri?»

Henri approuva son frère. A partir de ce jour-là, l’étude alterna avec

les excursions, et Cudjo se montra d’une intelligence si souple, que les

deux jeunes gens lui donnèrent un petit nom d’amitié et s’amusèrent à

l’appeler le docteur. Cudjo riait de ce gros rire qui montrait ses dents

éblouissantes. De leur côté, les parents se réjouissaient de cette

émulation au travail, qui se communiquait jusqu’aux petites filles et

entretenait en belle humeur toute la colonie de l’oasis.

Les Robinsons de terre ferme · 第 29 / 53 题