PERDUS DANS LE DÉSERT

La caravane avait été évidemment massacrée et dépouillée par une bande

d’indiens sauvages; c’est ce que comprit Robert Rolfe après le premier

moment de douloureuse stupeur où l’avait plongé ce spectacle. Ne pouvant

plus rien pour ses malheureux compagnons, il aurait voulu retourner en

arrière pour sauver sa famille, mais cette retraite ne lui donnait pas

plus de sécurité que la marche en avant. D’ailleurs, avant de pourvoir à

sa sûreté, il avait à visiter le camp, afin de s’assurer si quelqu’un de

ses camarades n’avait pas échappé à la mort et ne pouvait pas encore

être secouru.

Dans cette intention, il commanda à Henri et à Franck, qui voulaient le

suivre, de prendre leurs carabines et de rester auprès du chariot à

faire bonne garde. Le rôle actif de ces jeunes garçons commençait; ils

ne se montrèrent pas au-dessous de leur mission, car, après avoir

embrassé avec effusion leur mère et Mary, ils restèrent en sentinelle de

chaque côté du chariot, prêts à faire feu.

Pendant ce temps, Robert Rolfe et Cudjo s’avancèrent jusqu’au camp

abandonné et chassèrent les loups de leur horrible curée; en se

baissant, ils reconnurent les cadavres de leurs malheureux compagnons;

mais ils étaient méconnaissables, tant leurs traits avaient été mutilés

par les bêtes de proie. Tous avaient aussi été scalpés par les Indiens.

Au milieu du camp se voyaient les fragments de la bombe qui avait éclaté

et mis en pièces plusieurs chariots.

La caravane, n’étant pas un convoi de commerce, était chargée de peu de

marchandises; néanmoins les Indiens avaient enlevé tous les objets qui

leur avaient paru de quelque valeur. Tout ce qui était lourd,

embarrassant ou sans usage précis pour des sauvages, gisait épars sur le

sol. Il parut même, à un désordre étrange, à des paquets faits pour être

emportés et cependant abandonnés là, que les Indiens s’étaient enfuis

précipitamment; peut-être la bombe avait-elle éclaté sous l’action d’un

feu allumé auprès, et s’étaient-ils sauvés tout à coup en croyant à une

manifestation vengeresse du Grand-Esprit.

Robert Rolfe allait d’un cadavre à l’autre, appelant à haute voix Mac

Knight, celui de ses compagnons qu’il avait le plus de sujet de

regretter; mais nulle voix ne répondit à la sienne, et il n’était pas

sûr que Mac Knight ne fût pas là, couché à ses pieds, mais impossible à

reconnaître parmi tant de victimes, dont quelques-unes appartenaient à

la nationalité anglaise et portaient le même costume de voyage que

l’Écossais. Si Mac Knight avait échappé à ce massacre, à coup sûr il

n’était plus dans le camp, car ce fut en vain que M. Rolfe l’appela à

plusieurs reprises.

«Mais sa femme! dit-il tout à coup, et, grand Dieu! sa pauvre petite

Louisa, que sont-elles devenues?»

Cudjo hocha la tête:

«Je n’en parlais pas, maître, répondit-il, mais je les cherchais. Ces

maudits Indiens les auront emmenées vivantes.»

Au même instant, ils entendirent des chiens aboyer avec fureur; des

loups hurlaient comme si un combat se fût engagé entre eux. Le bruit

venait d’un fourré voisin.

«Maître, dit Cudjo, c’est la voix des grands chiens de Terre-Neuve que

M. Mac Knight emmenait de Saint-Louis avec lui.»

Tous les deux s’élancèrent à travers les broussailles, et ils aperçurent

enfin les chiens blessés, couverts de sang, qui luttaient avec rage

contre plusieurs loups pour les empêcher d’approcher de quelque chose de

noir qui gisait à terre. C’était le corps de Mme Mac Knight que Louisa,

vivante et intacte, tenait embrassée en criant d’une voix affaiblie.

A l’approche des deux hommes les loups prirent la fuite, et les chiens,

reconnaissant M. Rolfe pour un ami de leur maître, s’empressèrent autour

de lui: ces braves bêtes étaient épuisées après cette lutte, qui avait

commencé seulement lorsque les loups avaient été chassés du campement.

La petite Louisa ne remarquait pas l’arrivée de ses deux sauveurs; elle

tenait sa mère embrassée et lui criait:

«Maman, réveille-toi!»

Mais la pauvre femme dormait son dernier sommeil, et il devint évident

pour Rolfe qu’elle avait dû, après avoir reçu le coup mortel, essayer de

s’enfuir dans les bois, suivie de ses chiens fidèles, et tenant serrée

sur son cœur sa petite fille.

Saisi de pitié, Rolfe laissa Cudjo pour garder le corps, et prit dans

ses bras la petite Louisa pour la ramener vers le chariot. L’enfant se

débattait, voulait retourner près de sa mère; enfin, ses forces

l’abandonnèrent, et elle avait perdu connaissance quand Rolfe la posa

sur les genoux de sa femme.

La nuit entière se passa à creuser une fosse pour mettre tous ces

tristes restes à l’abri de nouvelles mutilations, puis, quand le jour

fut revenu, il fallut bien tenir conseil sur la décision à prendre.

Louisa dormait d’un sommeil fiévreux, entrecoupé de sanglots, au fond du

wagon, où Mary lui tenait compagnie.

L’avis commun fut qu’il fallait s’assurer de la route que les Indiens

avaient prise, avant d’en choisir une; à cet effet, le chariot fut

conduit derrière un fourré, où il était fort bien caché, et laissé à la

garde de Cudjo, d’Henri et de Franck.

Robert Rolfe marcha pendant deux ou trois kilomètres à travers les

buissons pour éviter d’être aperçu, ou en se glissant le long des

rochers. Ce fut ainsi qu’il put reconnaître la piste des Indiens, qui

s’étendait au loin sur une plaine ouverte dans la direction de l’ouest.

Les traces indiquaient que leur troupe était nombreuse et bien montée.

Se voyant sûr de l’orientation qu’avaient suivie de si dangereux

ennemis, Robert Rolfe résolut de faire deux ou trois journées de marche

vers le sud avant de reprendre la route de l’ouest. Cet écart devait

d’autant mieux suffire qu’il espérait s’éloigner encore des Indiens en

gagnant le versant oriental des Montagnes Rocheuses. Il avait entendu

ses anciens compagnons parler d’un passage qui se trouve encore plus au

sud de ces montagnes que celui de Santa-Fé, et il comptait pouvoir

l’atteindre, bien que cette piste fût distante de trois cents kilomètres

environ. Certes, le péril restait grand à s’aventurer ainsi en plein

désert, mais le courage augmente dans les cœurs bien placés à mesure que

la nécessité croît d’exigences, et, eût-il ressenti un moment de

découragement, Robert Rolfe aurait été ranimé par cette vaillante parole

que lui dit sa femme, lorsqu’à son retour dans le hallier il lui exposa

son plan:

«Allons, Robert, à la garde de Dieu! Ayons confiance en Lui, il ne nous

abandonnera pas.»

Il était nuit lorsque cette résolution fut adoptée, et tout d’abord on

ne pensa à partir qu’au retour du soleil; mais chacun avait hâte de

quitter ce lugubre campement; personne n’aurait pu y goûter un paisible

sommeil; d’ailleurs il était plus prudent de mettre vite une vingtaine

de milles entre soi et ce lieu, de crainte d’un retour des Indiens. On

n’attendit donc pour le départ que le lever de la lune, qui devait

permettre d’avancer dans la plaine ouverte vers le sud.

En attendant, Robert Rolfe et Cudjo s’employèrent à renouveler leur

provision d’eau pour le cas où la plaine ne leur offrirait pas de

sources. Cette précaution est de toute nécessité dans le désert, où

l’eau est le premier besoin des voyageurs et des animaux qui les

conduisent. Tous les barillets furent remplis. Hélas! cela ne devait pas

suffire.

Enfin, la lune se leva, radieuse, dans le ciel largement étoilé. Le

wagon se remit à rouler vers le sud, guidé par les indications de Robert

Rolfe, qui se tournait de temps en temps sur sa selle pour chercher,

dans la direction du nord, l’étoile qui se trouve à la queue de la

petite Ourse. Il est facile de la reconnaître en tirant une ligne qui

passe par les deux dernières étoiles de la grande Ourse. Toutes les fois

qu’une inégalité du chemin pouvait faire dévier de la bonne voie, Rolfe

consultait l’indice infaillible de cette petite étoile; elle étincelait

dans le sombre azur comme un regard ami.

Le wagon avançait, glissant ici sur quelques fissures ouvertes, là

montant sur des renflements sablonneux, et bientôt roulant dans la

plaine aride, car le pays à traverser était un sec désert.

Poussés par le désir d’échapper aux sauvages, les voyageurs fournirent

une bonne étape pendant la nuit; Robert Rolfe jugea, au lever du soleil,

qu’on se trouvait à vingt milles du campement. Les âpres collines qui

l’environnaient se perdaient déjà à l’horizon. Bien que cet éloignement

permît d’espérer que les sauvages, même revenus sur leurs pas pour

emporter le butin abandonné, n’auraient pas vu le chariot roulant au

loin, le chef de famille pensa qu’il ne fallait pas se permettre encore

une halte, et quand l’attelage eut un peu soufflé, Cudjo l’excita à

repartir.

Mais, vers le milieu du jour, force fut de s’arrêter; les bœufs, et même

le cheval que montait Robert Rolfe, étaient excédés de fatigue;

malheureusement, là où on se trouvait, il n’y avait ni herbe, ni eau

courante pour les refaire; pas d’autre verdure dans la plaine que

l’absinthe sauvage. Cette plante, à laquelle ni le cheval ni les bœufs

ne voulaient toucher, croissait autour du campement en petits bouquets;

loin de réjouir la vue, ces buissons enchevêtrés, avec leurs feuilles

d’un blanc d’argent, attristaient les voyageurs, car ils ne croissent

que dans les lieux arides.

C’était donc une triste halte pour l’attelage. L’ardeur du soleil,

autant que la fatigue altérait les animaux, auxquels on ne pouvait

sacrifier qu’une très petite portion d’eau; la provision diminuait avec

une vitesse inquiétante, les enfants étant tourmentés de la soif, et la

petite Louisa, que la fièvre dévorait encore, demandant constamment à

boire.

Longtemps avant la nuit, on se remit en marche, afin d’aller au plus

vite à la recherche d’une source bienfaisante; au coucher du soleil, les

voyageurs avaient fait dix milles de plus vers le sud; mais aucun signe

n’indiquait la proximité d’un cours d’eau. De tous côtés une plaine

stérile étendue aussi loin que l’horizon. Pas un arbre, pas une roche,

pas même un buisson pour couper la monotonie de cette immense nappe

sablonneuse. Le chariot y était aussi isolé qu’un navire abandonné au

milieu de l’Océan.

C’était en vain que Mme Rolfe cherchait à soutenir la force d’âme de ses

compagnons en causant avec eux de leurs communes espérances; sa propre

anxiété démentait son courage personnel. Si elle était résignée à

souffrir, elle avait peine à supporter les tortures physiques infligées

par la soif à ses enfants.

Cependant, tous les trois avaient la générosité de se priver pour la

pauvre orpheline, que leur mère gardait sur ses genoux, et qui ne

cessait de crier comme en sursaut: «Maman! Maman!» que pour demander à

boire. On était obligé de lui mesurer les gouttes d’eau qui

rafraîchissaient ses lèvres brûlantes, et en voyant Franck, Henri et

même Mary laisser pour Louisa un peu de la ration qui leur était donnée

après une attente de deux heures, Mme Rolfe fut émue au fond du cœur et

pria Dieu de lui conserver des enfants d’une si excellente nature.

Toute la nuit, le chariot avança lentement; quand le jour se leva de

nouveau, et que Robert Rolfe, en consultant l’horizon, retrouva devant

lui le même désert sablonneux, il sentait déjà les premières atteintes

d’un morne désespoir; Franck, debout sur l’avant du wagon, s’écria

soudain:

«Papa, voyez, voyez donc ce petit nuage blanc!»

Robert Rolfe se tourna vers le jeune garçon, ne sachant ce qu’il voulait

dire. Franck regardait dans la direction du sud-est et désignait un

point éloigné.

«Une montagne! s’écria Cudjo en faisant sauter de joie en l’air son

chapeau de paille. Une montagne qui a un bonnet de neige. Là où il y a

de la neige, on trouve de l’eau, maître Rolfe, n’est-il pas vrai?

--Oui, répondit Rolfe, bien joyeux, lui aussi, car il ne s’était pas

avisé jusque-là de regarder vers le sud-est, ayant toujours tenu son

attention fixée vers sa direction sud-ouest. Oui, nous trouverons de

l’eau là-bas, mais c’est bien loin et hors de notre voie: N’importe!

tourne les bœufs, Cudjo, il s’agit de notre vie avant tout.»

Cudjo vint à la tête de la première paire de bœufs qui formaient

l’attelage, et, ne pouvant être entendu de ceux que contenait le wagon,

et qu’il ne fallait effrayer à aucun prix, il dit à son maître:

«Mais les bœufs nous mèneront-ils jusque-là? Voyez, ils chancellent à

chaque pas. S’ils s’abattent, on restera en route, mais je courrai

jusqu’à la montagne, moi. Le nègre supporte mieux la soif que les hommes

blancs. Le nègre est fait aux privations, par bonheur. Il trouvera sans

doute une rivière au pied de la montagne, et il rapportera de l’eau

plein les petits barils à miss Mary et à tous vous autres.

--Je crains, lui dit Robert Rolfe, que les cours d’eau n’aient leur

écoulement de l’autre côté de la montagne, car la plaine décline dans

cette direction; nous aurons donc à la gravir tout entière, et il y a

encore environ 30 kilomètres d’ici là. N’importe! Allons en avant!»

Vers midi, les bœufs donnèrent des signes d’extrême lassitude; l’un

d’eux tomba mort bientôt, et l’on dut l’abandonner. Les trois autres ne

pouvaient aller bien loin, car ils avançaient à pas comptés, se traînant

plutôt qu’ils ne marchaient.

Peut-être un repos de quelques heures eût-il suffi pour les refaire;

mais chaque moment perdu était un péril de mort pour la petite Louisa,

qui délirait depuis qu’on n’avait plus une goutte d’eau à lui donner;

Mary, gagnée par la frayeur et par des souffrances trop cruelles pour

son âge, criait de temps en temps. Quant aux jeunes garçons, s’ils

enduraient en silence les tourments de la soif pour ne pas accroître la

douleur de leur mère, leurs physionomies contractées témoignaient de

l’effort qu’ils se faisaient pour souffrir dignement.

Robert Rolfe n’avait plus la force de leur adresser un mot

d’encouragement; il savait que l’on se trouvait à 15 kilomètres environ

de la montagne. Il avait songé un moment à pousser son cheval en avant

et à rapporter de l’eau dans des vases; mais le cheval était si fourbu

qu’il avait dû mettre pied à terre et le conduire par la bride: Cudjo

marchait à côté des bœufs. Un autre de ceux-ci tomba, et il n’en resta

plus que deux pour traîner la voiture.

A cet instant suprême, Robert Rolfe aperçut, non loin de la route,

quelques massifs de verdure dont le plus grand avait les dimensions

d’une ruche d’abeilles; ils ressemblaient à une troupe rassemblée de

gros hérissons qui auraient présenté leurs piquants sur toutes leurs

faces visibles. En les apercevant, Rolfe lâcha la bride de son cheval,

poussa un cri de joie, et, tirant son couteau, il se mit à courir de

toutes ses forces dans cette direction.

Cudjo recula de frayeur, il crut que son maître devenait fou. Il

retrouva cette crainte sur la physionomie contractée de Mme Rolfe, qui,

pour la première fois, ne sut pas dominer ses impressions.

Mais Robert Rolfe savait bien qu’il avait sujet de se féliciter, et il

n’avait pas voulu retarder par une explication le soulagement qu’il

pouvait apporter aux souffrances de la caravane: il revint bientôt,

rapportant des cactus à boule dont il avait enlevé les épines.

La famille entière fut étonnée, en voyant ces végétaux succulents, d’un

vert foncé, dont tous les pores laissaient suinter une eau limpide.

Chacun se mit à en mâcher de grosses tranches; on en donna aussi aux

bœufs et au cheval, qui les dévorèrent sève et fibres, tandis que les

chiens lapaient le frais liquide partout où l’on avait coupé les

plantes.

L’attelage ranimé reprit sa marche; mais ce soulagement était arrivé

trop tard pour l’un des deux bœufs qui restaient; il avait fait son

dernier effort; quand on donna le signal du départ, il resta étendu à

terre, incapable de se relever. Cudjo attela le cheval à sa place, et

l’on avança, espérant retrouver plus loin un autre petit groupe de

cactus semblable à celui qu’on avait épuisé; mais il ne s’en présenta

plus, et les souffrances recommencèrent.

A cinq kilomètres environ du terme de la course, le dernier bœuf

s’abattit; le cheval étant incapable de traîner une aussi lourde charge,

il ne restait plus d’autre alternative que d’abandonner le chariot et de

faire la route à pied ou de périr en ces lieux.

«Robert, nous marcherons, nous pourrons marcher, assura Mme Rolfe avec

une fermeté qui se communiqua aux deux jeunes garçons.

--Oui certes, et moi qui suis le plus grand, je porterai Louisa, dit

Franck; je ne veux pas que ma mère se fatigue.

--Oh! dit Cudjo, maîtresse ne restera pas chargée ainsi; je prendrai les

deux petites filles sur mes épaules dans une corbeille.»

Robert Rolfe en décida autrement. Il se chargea de l’orpheline, et,

outre sa carabine, passée en bandoulière, il emporta une hache et

quelques provisions de bouche. Cudjo prit Mary et plusieurs ustensiles

indispensables; Mme Rolfe et les jeunes garçons ne partirent pas non

plus les mains vides. Savait-on en effet quand on pourrait revenir

chercher tout ce que contenait le chariot?

Ainsi chargés, les voyageurs s’acheminèrent péniblement vers la

montagne; les chiens les suivaient, haletants; le pauvre cheval lui-même

se traîna derrière eux comme il put, sans que personne le conduisît, mû

par cet instinct des animaux domestiques qui répugnent à abandonner de

bons maîtres.

Ce fut une marche douloureuse pendant laquelle on n’échangea pas une

seule parole, de peur de se décourager mutuellement; mais tant d’efforts

eurent leur récompense. Au pied de la montagne, les voyageurs

distinguèrent, dans les gorges qui sillonnaient ses flancs, un filet

argenté qui tombait du haut d’un rocher et se déroulait en nappe

limpide. Une heure après, tous s’étaient désaltérés à cette fraîche

source, et ils remerciaient le Ciel de leur délivrance.

Les Robinsons de terre ferme · 第 13 / 53 题