Bruxelles

1833

Gamiani.

Minuit sonnait, et les salons de la Comtesse Gamiani

resplendissaient encore de l'éclat des lumières.

Les rondes, les quadrilles s'animaient, s emportaient aux sons

d'un orchestre enivrant. Les toilettes étaient merveilleuses,

les parures étincelaient.

Gracieuse, empressée, la maîtresse du bal semblait jouir du

succès d'une fête préparée, annoncée à grands frais. On la

voyait sourire agréablement à tous les mots flatteurs, aux

paroles d'usage que chacun lui prodiguait pour payer sa

présence.

Renfermé dans mon rôle habituel d'observateur, j'avais déjà

fait plus d'une remarque qui me dispensait d'accorder à la

Comtesse Gamiani le mérite qu'on lui supposait. Comme femme du

monde, je l'eus bientôt jugée, il me restait à disséquer son

être moral, à porter le scalpel dans les régions du coeur; et

je ne sais quoi d'étrange, d'inconnu, me gênait, m'arrêtait

dans mon examen. J'éprouvais une peine infinie à démêler le

fond de l'existence de cette femme dont la conduite

n'expliquait rien.

Jeune encore avec une immense fortune, jolie au goût du grand

nombre, cette femme sans parens, sans amis avoués, s'était en

quelque sorte individualisée dans le monde. Elle dépensait

seule, une existence capable, en toute apparence, de supporter

plus d'un partage

Bien des langues avaient glosé, finissant toujours par médire:

mais, faute de preuve, la Comtesse demeurait impénétrable.

Les uns l'appelaient une _Foedora_ (1) [(1) _Foedora_ - La femme

sans coeur, Roman de Balzac.], une femme sans coeur et sans

tempérament; d'autres lui supposaient une âme profondément

blessée et qui veut désormais se soustraire aux déceptions

cruelles.

Je voulais sortir du doute: Je mis à contribution toutes les

ressources de ma logique; mais ce fut en vain, je n'arrivai

jamais à une conclusion satisfaisante.

Dépité, j'allais quitter mon sujet, lorsque, derrière moi, un

vieux libertin, élevant la voix, jeta cette exclamation: Bah!

c'est une Tribade.

Ce mot fut un éclair, tout s'enchaînait, s'expliquait, il n'y

avait plus de contradiction possible.

Une Tribade! Oh! ce mot retentit à l'oreille, d'une manière

étrange: puis, il élève en vous je ne sais quelles images

confuses de voluptés inouïes, lascives à l'excès. C'est la

rage luxurieuse, la lubricité forcenée, la jouissance horrible

qui reste inachevée.

Vainement j'écartai ces idées, elles mirent en un instant mon

imagination en débauche. Je voyais déjà la Comtesse nue, dans

les bras d'une autre femme, les cheveux épars, pantelante,

abattue et que tourmente encore un plaisir avorté.

Mon sang était de feu, mes sens grondaient, je tombai comme

étourdi sur un sopha.

Revenu de cette émotion, je calculai froidement ce que javais

à faire pour surprendre la Comtesse: il le fallait à tout

prix.

Je me décidai à l'observer pendant la nuit, à me cacher dans

sa chambre à coucher. La porte vitrée d'un cabinet de toilette

faisait face au lit. Je compris tout l'avantage de cette

position; et, me dérobant, à l'aide de quelques robes

suspendues, je me résignai patiemment à attendre l'heure du

Sabbat.

J'étais à peine blotti, que la Comtesse parut, appelant sa

Camériste, jeune fille au teint brun, aux formes accusées.

"Julie, je me passerai de vous ce soir. Couchez-vous.... ah!

si vous entendiez du bruit dans ma chambre, ne vous dérangez

pas, je veux être seule."

Ces paroles promettaient presque un Drame. Je m'applaudissais

de mon audace.

Peu-à-peu, les voix du salon s'affaiblirent, la comtesse resta

seule avec une de ses amies, Melle _Fanny_ B***. Toutes deux se

trouvèrent bientôt dans la chambre et devant mes yeux.

Fanny. Quel fâcheux contre-temps! la pluie tombe à torrents,

et pas une voiture.

Gamiani. Je suis désolée comme vous; par malencontre ma

voiture est chez le sellier.

"F. -- Ma mère sera inquiète.

"G. -- Soyez sans crainte, ma chère Fanny, votre mère est

prévenue, elle sait que vous passez la nuit chez moi. Je vous

donne l'hospitalité.

"F. -- Vous êtes trop bonne, en vérité. Je vais vous causer de

l'embarras.

"G. -- Dites, un vrai plaisir. C'est une aventure qui me

divertit...... je ne veux pas vous envoyer coucher seule dans

une autre chambre, nous resterons ensemble.

"F. -- Pourquoi? Je dérangerai votre sommeil.

"G. -- Vous êtes trop cérémonieuse.... voyons! Soyons comme

deux jeunes amies, comme deux pensionnaires."

Un doux baiser vint appuyer ce tendre épanchement.

"G. -- Je vais vous aider à vous deshabiller. Ma femme de

chambre est couchée, nous pouvons nous en passer....

"Comme elle est faite! heureuse fille! J'admire votre taille.

"F. -- Vous trouvez qu'elle est bien?

"G. -- Ravissante!

"F. -- Vous voulez me flatter....

"G. -- O merveilleuse! quelle blancheur! c'est à en être

jalouse.

"F. -- Pour celui-là, je ne vous le passe pas, franchement vous

êtes plus blanche que moi.

"G. -- Vous n'y pensez pas, enfant!... otez donc tout, comme

moi. Quel embarras! on vous dirait devant un homme. Là! voyez

dans la glace.... comme Pâris vous jetterait la pomme.

Friponne! elle sourit de se voir si belle. -- Vous méritez bien

un baiser sur votre front, sur vos joues, sur vos lèvres. Elle

est belle partout partout....."

La bouche de la comtesse se promenait, lascive, ardente sur le

corps de Fanny. Interdite, tremblante, Fanny laissait tout

faire et ne comprenait pas.

C'était bien un couple délicieux de volupté, de grâces,

d'abandon lascif, de pudeur craintive. On eut dit une Vierge,

une Ange, aux bras d'une Bacchante en fureur.

Que de beautés livrées à mon regard, quel spectacle à soulever

mes sens.

F. -- Oh! que faites-vous? laissez, Madame, je vous prie....

G. -- Non, non, ma Fanny, mon enfant ma vie, ma joie. Tu es

trop belle, vois-tu! je t'aime! je t'aime d'amour, je suis

folle!..."

Vainement l'enfant se débattait. Les baisers étouffaient ses

cris. Pressée, enlacée, sa résistance était vaine La comtesse

dans son etreinte fougueuse l'emportait sur son lit, l'y

jetait comme une proie à dévorer.

"F. -- Qu'avez-vous! O dieu! Madame; mais c'est affreux!.... Je

crie, laissez-moi.... vous me faites peur....."

Et des baisers plus vifs, plus pressés, répondaient à ces

cris. Les bras enlacaient plus fort, les deux corps n'en

faisaient qu'un.

"G. Fanny, à moi! à moi tout entière! viens! voila ma vie.

Tiens!.... c'est du plaisir.... comme tu trembles, enfant....

Ah! tu cèdes....

"F: -- C'est mal! C'est mal! vous me tuez.. ah!.... je meurs.

"G. -- Oui, serres-moi, ma petite, mon amour. Serres bien; plus

fort. Qu'elle est belle dans le plaisir!... Lascive!... tu

jouis, tu es heureuse... oh! Dieu!

Ce fut alors un spectacle étrange. La Comtesse, I'oeil en feu,

les cheveux épars, se ruait, se tordait sur sa victime que les

sens agitaient à son tour. Toutes deux se tenaient,

s'étreignaient avec force. Toutes deux se renvoyaient leurs

bonds, leurs élans, étouffaient leurs cris, leurs soupirs dans

des baisers de feu.

Le lit craquait aux secousses furieuses de la Comtesse.

Bientôt épuisée, abattue, Fanny laissa tomber ses bras. Pâle,

elle restait immobile comme une belle morte.

La Comtesse délirait. Le plaisir la tuait et ne l'achevait

pas. Furieuse, bondissante, elle s'élança au milieu de la

chambre, se roûla sur le tapis, s'excitant par des poses

lascives, bien follement lubriques, provoquant avec ses doigts

tout l'excès des plaisirs....

Cette vue acheva d'égarer ma tête.

Un instant, le dégoût, l'indignation m'avaient dominé; je

voulais me montrer à la Comtesse, l'accabler du poids de mon

mépris. Les sens furent plus forts que la raison. La chair

triompha superbe, frémissante. J'étais étourdi, comme fou. Je

m'élançai sur la belle Fanny, nû, tout en feu, pourpré,

terrible. Elle eut à peine le temps de comprendre cette

nouvelle attaque que, déjà triomphant, je sentais son corps

souple et frêle trembler, s'agiter sous le mien répondre à

chacun de mes coups. Nos langues se croisaient brûlantes,

acérées, nos âmes se fondaient dans une seule.

"F. -- Ah! Dieu!.... on me tue....."

A ces mots, la belle se raidit, soupire et puis retombe en

m'inondant de ses faveurs.

Ah Fanny, m'écriai-je, attends... à toi... ah!....

A mon tour, je crus rendre toute ma vie.

Quel excès!.... Anéanti, perdu dans les bras de Fanny, je

n'avais rien senti des attaques terribles de la Comtesse.

Rappelée à elle par nos cris, nos soupirs, transportée de

fureur et d'envie, elle s'était jetée sur moi pour m'arracher

à son amie. Ses bras m'étreignaient en me secouant, ses doigts

creusaient ma chair, ses dents mordaient.

Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout

brulants de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.

Le feu me touchait partout. Je demeurai ferme, victorieux au

pouvoir de Fanny; puis, sans rien perdre de ma position, dans

ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant,

s'enchevêtrant l'un dans l'autre, je parvins à saisir

fortement les cuisses de la Comtesse, à les tenir écartées au

dessus de ma tête.

"Gamiani! à moi! portez-vous en avant, ferme sur vos bras!

Gamiani me comprit, et je pus à loisir poser ma langue active,

dévorante sur sa partie en feu.

Fanny insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge

palpitante qui se mouvait au dessus d'elle.

En un instant la comtesse fut vaincue, achevée.

"G. Quel feu vous allumez! C'est trop...... grâce!... oh!....

quel jeu lubrique! vous me tuez.... Dieu! j'étouffe."

Le corps de la Comtesse retomba lourdement de côté comme une

masse morte.

Fanny plus exaltée encore, jette ses bras à mon cou, m'enlace,

me serre, croise ses jambes sur mes reins.

"F. -- Cher ami! à moi... tout à moi. Modère un peu...

arrête.... là.... ah!..... va plus vite... va donc..... oh! je

sens!... je nage!.... je......"

Et nous restâmes l'un sur l'autre étendus, raides, sans

mouvement; nos bouches entrouvertes, mêlées, se renvoyaient à

peine nos haleines presque éteintes.

Peu à peu nous revînmes. Tous trois nous nous relevâmes et

nous fûmes un instant à nous regarder stupidement....

Surprise, honteuse de ses emportements, la Comtesse se couvrit

à la hâte. Fanny se déroba sous les draps; puis comme un

enfant, qui comprend sa faute quand elle est commise et

irréparable, elle se mit à pleurer: la Comtesse ne tarda pas à

m'apostropher.

"G. -- Monsieur, c'est une bien misérable surprise. Votre

action n'est qu'un odieux guet-à-pens, une lâcheté infâme....

vous me forcez à rougir."

Je voulus me défendre,

"G. -- Oh! Monsieur, sachez qu'une femme ne pardonne jamais à

qui surprend sa faiblesse."

Je ripostai de mon mieux. Je déclarai une passion funeste,

irrésistible; que sa froideur avait désespérée, réduite à la

ruse, à la violence....

"D'ailleurs, ajoutai-je,

"Pouvez vous croire, Gamiani, que j'abuse jamais d'un secret

que je dois plus au hasard qu'à ma témérité. Oh! non, ce

serait trop ignoble. Je n'oublierai, de ma vie, l'excès de nos

plaisirs, mais j'en garderai pour moi seul le souvenir. Si je

fus coupable, songez que j'avais le délire dans le coeur, ou

plutôt ne gardez qu'une pensée, celle des plaisirs que nous

avons goûtés ensemble, que nous pouvons goûter encore.

M'adressant ensuite à Fanny, tandis que la Comtesse dérobait

sa tête, feignait de se désoler

"Calmez vous, Mademoiselle. Des larmes dans le plaisir! oh! ne

songez qu'à la douce félicité qui nous unissait tout à

l'heure; qu'elle reste dans vos souvenirs comme un rève

heureux, qui n'appartient qu'à vous, que vous seule savez. Je

vous le jure, je ne gâterai jamais la pensée de mon bonheur en

la confiant à d'autres."

La colère s'apaisa, les larmes se tarirent insensiblement,

nous nous retrouvâmes tous les trois entrelacés, disputant de

folies, de baisers, de caresses.... "Oh! mes belles amies, que

nulle crainte ne vienne nous troubler. Livrons-nous sans

réserve..... comme si cette nuit était la dernière A la joie,

à la volupté.

Et Gamiani de s'écrier: "Le sort en est jeté, au plaisir.

Viens Fanny..... baise donc, folle!.. tiens!... que je te

morde.... que je te suce; que Je t'aspire jusqu'à la moëlle.

Alcide, en devoir... Oh! le superbe animal! quelle

richesse!....

Vous l'enviez, Gamiani, à vous donc. Vous dédaignez ce

plaisir, vous le bénirez quand vous l'aurez bien goûté. Restez

couchée Portez en avant la partie que je vais attaquer. Ah!

que de beautés! quelle posture! Vîte, Fanny, enjambez la

Comtesse, conduisez vous-même cette arme terrible, cette arme

de feu; battez en brèche, ferme!. trop fort, trop vîte....

Gamiani!... ah..... vous escamotez le plaisir...."

La Comtesse s'agitait comme une possédée, plus occupée des

baisers de Fanny que de mes efforts. Je profitai d'un

mouvement qui dérangea tout, pour renverser Fanny sur le corps

de la Comtesse, pour l'attaquer avec fureur. En un instant,

nous fûmes tous les trois confondus, abîmés de plaisir.......

.................................

"G. -- Quel caprice, Alcide. Vous avez tourné subitement à

l'ennemi...... oh! je vous pardonne, vous avez compris que

c'était perdre trop de plaisir pour une insensible. Que

voulez-vous? j'ai la triste condition d'avoir divorcé avec la

nature. Je ne rève, je ne sens plus que l'horrible,

l'extravagant. Je poursuis l'impossible. Oh! C'est bien

affreux. Se consumer, s'abrutir dans des déceptions. Désirer

toujours, n'être jamais satisfaite. Mon imagination me

tue..... C'est être bien malheureuse!"

Il y avait dans tout ce discours une action si vive, une

expression si forte de désespoir, que je me sentis ému de

pitié. Cette femme souffrait à faire mal. -- "Cet état n'est

peut-être que passager Gamiani; vous vous nourrissez trop de

lectures funestes"

"G. -- Oh! non! non! ce n'est pas moi....

"Ecoutez: vous me plaindrez, vous m'excuserez peut-être.

"J'ai été élevée en Italie, par une tante restée veuve de

bonne heure. J'avais atteint ma quinzième année et je ne

savais, des choses de ce monde, que les terreurs de la

religion. Toute en Dieu, je passais ma vie à supplier le Ciel

de m'éviter les peines de l'Enfer.

"Ma tante m'inspirait ces craintes, sans les tempérer jamais

par la moindre preuve de tendresse. Je n'avais d'autre douceur

que mon sommeil. Mes jours passaient tristes comme les nuits

d'un condamné.

"Parfois seulement, ma tante m'appelait le matin dans son lit.

Alors, ses regards étaient doux, ses paroles flatteuses. Elle

m'attirait sur son sein, sur ses cuisses et m'étreignait

tout-à-coup dans des embrassements convulsifs; je la voyais se

torde, renverser sa tête et se pâmer avec un rire de folle.

"Epouvantée, je la contemplais, immobile, je la croyais

atteinte d'épilepsie.

"A la suite d'un long entretien qu'elle eut avec un Moine

franciscain, je fus appelée et le révérend père me tint ce

discours:

"Ma fille, vous grandissez. Déjà le démon tentateur peut vous

voir. Bientôt vous sentirez ses attaques. Si vous n'êtes pure

et sans tache, ses traits pourront vous atteindre; si vous

êtes exempte de souillure, vous resterez invulnérable. Par des

douleurs notre Seigneur a racheté le monde; par les

souffrances vous racheterez aussi vos propres péchés.

Préparez-vous à subir le martyr de la rédemption. Demandez à

Dieu la force et le courage nécessaires: ce soir vous serez

éprouvée.... Allez en paix, ma fille."

"Ma tante m'avait déjà parlé depuis quelques jours, de

souffrances, de tortures à endurer pour racheter ses péchés,

je me retirai, effrayée des paroles du Moine. -- Seule, je

voulus prier, m'occuper de Dieu, mais je ne pouvais voir que

l'image du supplice qui m'attendait.

"Ma tante vint me retrouver au milieu de la nuit. Elle

m'ordonna de me mettre nue, me lava de la tête aux pieds et me

fit prendre une grande robe noire serrée autour du cou et

entièrement fendue par derrière. Elle s'habilla de même et

nous partîmes de la maison en voiture.

"Au bout d'une heure, je me vis dans une vaste salle tendue de

noir, éclairee par une seule lampe suspendue au plafond.

"Au milieu s'élevait un prie-Dieu environne de coussins.

"Agenouillez-vous, ma Nièce: préparez-vous par la prière, et

supportez avec courage tout le mal que Dieu veut vous infliger

"J'avais à peine obéi, qu'une porte secrète s'ouvrit, un

Moine, vêtu comme nous, s'approcha de moi, marmota quelques

paroles: puis, écartant ma robe et faisant tomber les pans de

chaque côté, il mit à découvert toute la partie postérieure de

mon corps.

"Un léger frémissement échappa au Moine, extasié sans doute à

la vue de ma chair; sa main se promena partout, s'arrêta sur

mes fesses et finit par se poser plus bas.

"C'est par là que la femme pêche, c'est par là qu'elle doit

souffrir, dit une voix sépulchrale...

Ces paroles étaient à peine prononcées, que je me sentis

battue de verges, de noeuds de corde garnis de pointes en fer.

Je me cramponnai au prie-Dieu, je m'efforçai d'étouffer mes

cris, mais en vain, la douleur était trop forte. -- Je

m'élançai dans la salle, criant: Grâce! grâce! je ne puis plus

supporter ce supplice -- Tuez-moi plutôt. Pitié! je vous

prie......

"Misérable lâche, s'écria ma tante indignée; Il vous faut mon

exemple!

"A ces mots, elle s'exposa bravement toute nue, écartant les

cuisses, les tenant élevées.

"Les coups pleuvaient; le bourreau était impassible. En un

instant les cuisses furent en sang

"Ma tante restait inébranlable, criant par moments "plus

fort... ah!.... plus fort encore!.

Cette vue me transporta, je me sentis un courage surnaturel,

je m'écriai, que j'étais préte à tout souffrir.

"Ma tante se releva aussitôt et me couvrit de baisers

brulants, tandis que le Moine liait mes mains, plaçait un

bandeau sur mes yeux.

"Que vous dirai-je enfin. Mon supplice recommença, plus

terrible: Engourdie bientôt par la douleur, j'étais sans

mouvement, je ne sentais plus. Seulement, à travers le bruit

de mes coups, j'entendais confusément des cris, des éclats,

des mains frappant sur des chairs. C'étaient aussi des rires

insensés, rires nerveux, convulsifs, précurseurs de la joie

des sens. Par moment, la voix de ma tante, qui râlait la

volupté, dominait cette harmonie étrange, ce concert d'orgie,

cette saturnale de sang.

"Plus tard, j'ai compris que le spectacle de mon supplice

servait à réveiller des désirs; chacun de mes soupirs étouffés

provoquait un élan de volupté.

"Lassé sans doute, mon bourreau avait fini. Toujours immobile,

j'étais dans l'épouvante, résignée à mourir, et, cependant, à

mesure que l'usage de mes sens revenait, j'éprouvais une

démangeaison singulière mon corps frémissait, était en feu. Je

m'agitais lubriquement comme pour satisfaire un désir

insatiable. Tout-à-coup deux bras nerveux m'enlacent; je ne

savais quoi de chaud, de tendu, vint battre mes cuisses, se

glisser plus bas et me pénétrer subitement. A ce moment, je

crus être fendue en deux. Je poussai un cri affreux que

couvrirent aussitôt des éclats de rire. Deux ou trois

secousses terribles achevèrent d'introduire en entier le rude

fléau qui m'abîmait. Mes cuisses saignantes se collaient aux

cuisses de mon adversaire; il me semblait que nos chairs

s'entremêlaient pour se fondre en un seul corps Toutes mes

veines étaient gonflées, mes nerfs tendus. Le frottement

vigoureux que je subissais, et qui s'opérait avec une

incroyable agilité, m'échauffa tellement, que je crus avoir

reçu un fer rouge.

"Je tombai bientôt dans l'extase, je me vis au Ciel. Une

liqueur visqueuse et brûlante vint m'inonder rapidement,

pénétra jusqu'à mes os, chatouilla jusqu'à la moëlle.... oh!

c'était trop.... je fondais comme une lave ardente.... Je

sentais courir en moi un fluide actif dévorant, j'en

provoquais l'éjaculation par secousses furieuses et je tombai

épuisée dans un abîme sans fin de volupté inouïe.

F -- Gamiani, quelle peinture! vous nous mettez le diable au

corps.

"G. -- Ce n'est pas tout.

"Ma volupté se changea en douleur atroce. Je fus horriblement

brutalisée. Plus de vingt Moines se ruèrent à leur tour en

cannibales effrénés. Ma tête retomba de côté, mon corps brisé,

rompu, gisait sur les coussins, pareil à un cadavre. Je fus

emportée morte dans mon lit.

"F. -- Quelle cruauté infâme!

"G. -- Oh! oui, infâme et plus funeste encore.

"Revenue à la vie, à la santé, je compris l'horrible

perversité de ma tante et de ses horribles compagnons de

débauche, que l'image de tortures affreuses aiguillonnaient

seule encore. Je leur jurai une haîne mortelle et cette haîne,

dans ma vengeance au désespoir, je la portai sur tous les

hommes.

L'idée de subir leurs caresses m'a toujours révoltée. Je n'ai

pas voulu servir de vil jouet à leurs désirs.

"Mon tempérament était de feu, il fallut le satisfaire. Je ne

fus guérie plus tard de l'onanisme que par les doctes leçons

des filles du couvent de la rédemption. Leur science fatale

m'a perdue pour jamais."

Ici les sanglots étouffèrent la voix altérée de la Comtesse.

Les caresses ne pouvaient rien faire sur cette femme. -- Pour

faire diversion je m'adressai à Fanny.

Al. -- A votre tour, belle étonnée! vous voilà, en une nuit,

initiée à bien des mystères. Voyons! racontez nous comment

vous avez ressenti les premiers plaisirs des sens.

F. -- Moi! je n'oserai, je vous l'avoue.

Al -- Votre pudeur est au moins hors de saison.

F. -- Non, mais après le récit de la Comtesse, ce que je

pourrais dire serait trop insignifiant.

Al. -- Vous n'y pensez pas, pauvre ingénu! Pourquoi hésiter? ne

sommes nous pas confondus par le plaisir et les sens. Nous

n'avons plus à rougir. Nous avons tout fait, nous pouvons tout

dire.

G. -- Voyons, ma belle, un baiser, deux, cent s'il le faut,

pour vous décider. Et Alcide, comme il est amoureux! vois! il

te menace.

F. -- Non, non, laissez, Alcide, je n'ai plus de force, Grâce!

je vous prie..... Gamiani que vous êtes lubrique..... Alcide

ôtez-vous.... oh!....

Al. -- Pas de quartier, morbleu! ou Curtius se précipite

tout-armé, ou vous allez nous donner l'Odyssée de votre pucelage.

F. -- Vous m'y forcez....

G. et Al. -- Oui. Oui.

F. -- Je suis arrivée à 15 ans, bien innocente, je vous jure.

Ma pensée même ne s'était jamais arrêtée sur tout ce qui tient

à la différence des sexes.

Je vivais insouciante, heureuse, sans doute; lorsqu'un jour de

grande chaleur, étant seule à la maison, j'éprouvai comme un

besoin de me dilater de me mettre à l'aise.

Je me deshabillai, je m'étendis presque nue sur un divan....

oh! j'ai honte!.... Je m'allongeais, j'écartais mes cuisses,

je m'agitais en tous les sens. A mon insu, je formais les

postures les plus indécentes.

L'étoffe du divan était glacée. Sa fraîcheur me causa une

sensation agréable, un frôlement voluptueux par tout le corps.

Oh! comme je respirais librement, entourée d'une atmosphère

tiède, doucement pénétrante. Quelle volupté suave et

ravissante! j'étais dans une délicieuse extase. Il me

semblait, qu'une vie nouvelle inondait mon être, que j'étais

plus forte, plus grande, que j'aspirais un souffle divin, que

je m'épanouissais aux rayons d'un beau Ciel!

Alc. -- Vous êtes poëtique, Fanny.

F. -- Oh! je vous décris exactement mes sensations Mes yeux

erraient complaisamment sur moi, mes mains volaient sur mon

cou, sur mon sein. Plus bas, elles s'arrêtèrent et je tombai

malgré moi dans une rêverie profonde.

Les mots d'amour, d'amant, me revenaient sans cesse avec leur

sens inexplicable. Je finis par me trouver seule. J'oubliais

que j'avais des parents, des amis, j'éprouvai un vide affreux.

Je me levai, regardant tristement autour de moi.

Je restai quelque temps pensive, la tête melancoliquement

penchée, Les mains jointes, les bras pendants. Puis,

m'examinant, me touchant de nouveau; je me demandai si tout

cela n'avait pas un but, une fin.... Jnstinctivement je

comprenais qu'il me manquait quelque chose, que je ne pouvais

définir, mais que je voulais, que je désirais de toute mon

âme.

Je devais avoir l'air égaré, car je riais parfois

frénétiquement; mes bras s'ouvraient comme pour saisir l'objet

de mes voeux; j'allais jusqu'à m'étreindre moi-même. Je

m'enlacais, je me caressais, il me fallait absolument une

réalité, un corps à saisir, à presser; Dans mon étrange

hallucination, je m'emparais de moi-même, croyant m'attacher à

un autre.

A travers les vitraux, on découvrait au loin les arbres, les

gazons, et j'étais tentée d'aller me roûler à terre, ou de me

perdre aërienne dans les feuilles. Je contemplais le Ciel, et

j'aurais voulu voler dans l'air, me fondre dans l'azur, me

mêler aux vapeurs, au Ciel, aux Anges.

Je pouvais devenir folle: mon sang refluait brûlant vers ma

tête.

Eperdue, transportée, je m'étais précipitée sur les coussins.

J'en tenais un serré entre mes cuisses, j'en pressais un autre

dans mes bras; je le baisais follement, je l'entourais avec

passion, je lui souriais même, je crois, tant j'étais ivre,

dominée par les sens. Tout-à-coup, je m'arrête, je frémis, il

me semble que je fonds, que je m'abîme. ah! m'écriai-je; mon

Dieu! ah! ah! et je me relevai subitement, épouvantée.

J'étais toute mouillée.

Ne pouvant rien comprendre a ce qui m'était arrivé, je crus

être blessée, j'eus peur. Je me jetai à genoux, suppliant Dieu

de me pardonner si j'avais fait mal.

Alc. -- Aimable innocente! vous n'avez confié à personne ce qui

vous avait si fort effrayée?

F. -- Non! Jamais! je ne l'aurais pas osé. J'étais encore

ignorante, il y a une heure; vous m'avez révélé le mot de la

Charade.

Alc. O! Fanny! cet aveu me met au comble de la félicité. Mon

amie, reçois encore cette preuve de mon amour. -- Gamiani,

excitez-moi, que j'inonde cette jeune fleur, de la rosée

Céleste.

G . -- Quel feu, quelle ardeur, Fanny, tu te pames déjà.... oh!

elle jouit.... elle jouit....

F. -- Alcide! Alcide!... J'expire,..... je.....

Et la douce volupté nous abîmait d'ivresse, nous portait tous

les deux au Ciel.

Après un instant de repos, calme des sens, je parlai moi-même

en ces termes:

Je suis né de parens jeunes et robustes. Mon enfance fut

heureuse, exempte de pleurs et de maladie. Aussi, des l'âge de

13 ans, étais-je un homme fait. Les aiguillons de la chair se

faisaient déjà vivement sentir

Destiné à l'état ecclésiastique, élevé dans toute la rigueur

des principes de chastete, je combattais de toutes mes forces

les premiers désirs des sens. Ma chair s'éveillait, s'irritait

puissante, impérieuse et je la macérais impitoyablement.

Je me condamnais au jeune le plus rigoureux. La nuit, dans mon

sommeil, la nature obtenait un soulagement, et je m'en

effrayais comme d'un désordre dont j'étais coupable. Je

redoublais d'abstinence et d'attention à écarter une main

funeste. Cette opposition, ce combat intérieur, finirent par

me rendre lourd et comme hébété. Ma continence forcée porta

dans tous mes sens une sensibilité, ou plutôt une irritation

que je n'avais jamais sentie.

J'avais souvent le vertige. Il me semblait que les objets

tournaient et moi avec eux. Si une jeune femme s'offrait par

hazard à ma vue, elle me paraissait vivement enluminée et

resplendissante d'un feu pareil à des étincelles électriques.

L'humeur échauffée de plus en plus, et trop abondante, se

portait dans ma tête et les parties de feu dont elle était

remplie, frappant vivement contre la vitre de mes yeux, y

causait une sorte de mirage éblouissant.

Cet état durait depuis plusieurs mois, lorsqu'un matin, je

sentis tout-à-coup dans tous mes membres une contraction et

une tension violentes, suivies d'un mouvement affreux et

convulsif pareil à ceux qui accompagnent ordinairement des

transports épileptiques...... Mes éblouissements lumineux

revinrent avec plus de force que jamais.... je vis d'abord un

cercle noir tourner rapidement devant moi, s'agrandir et

devenir immense: une lumière vive et rapide s'échappa de l'axe

du cercle et remplit de lumière toute l'étendue.

Je découvrais un horizon sans fin; de vastes cieux enflammés,

traversés par mille fusées volantes qui toutes retombaient

éblouissantes en pluie dorée, en étincelles de saphir,

d'émeraude et d'azur.

Le feu s'éteignit, un jour bleuâtre et velouté vint le

remplacer: Il me semblait que je nageais dans une lumière

limpide et douce, suave comme un pâle reflet de la Lune dans

une belle nuit d'été. et, voilà que du point le plus éloigné,

accourent à moi, vaporeuses, aëriennes comme un essaim de

papillons dorés, des myriades infinies de jeunes filles nues,

éblouissantes de fraîcheur, transparentes comme des statues

d'albâtre.

Je m'élançais devant mes Sylphides, mais elles s'échappaient

rieuses et folâtres. Leurs groupes délicieux se fondaient un

instant dans l'azur et puis reparaissaient plus vifs, plus

joyeux. Bouquets charmants de figures ravissantes qui toutes

me donnaient un fin sourire, un regard malicieux.

Peu-à-peu, les jeunes filles s'éclipsèrent. alors, vinrent à

moi des femmes dans l'âge de l'amour et des tendres passions.

Les unes vives, animées, au regard de feu, aux gorges

palpitantes: les autres pâles et penchées, comme des vierges

d'Ossian. Leurs corps frêles, voluptueux, se dérobaient sous

la gaze. Elles semblaient mourir de langueur et d'attente:

elles m'ouvraient leurs bras et me fuyaient toujours.

Je m'agitais lubriquement sur ma couche; je m'élevais sur mes

jambes et mes mains, secouant frénétiquement mon glorieux

Priape. Je parlais d'amour, de plaisir. dans les termes les

plus indécents,: -- mes souvenirs classiques se mêlant un

instant à mes rêves; je vis Jupiter en feu, Junon maniant sa

foudre; je vis tout l'Olympe en rut dans un désordre, un pèle-mèle

étranges; après, j'assistai à une orgie, une bacchanale

d'enfer: Dans une caverne sombre et profonde, éclairée par des

torches puantes, aux lueurs rougeâtres; des teintes bleues et

vertes se refluaient hideusement sur les corps de cent Diables

aux figures de bouc, aux formes grotesquement lubriques.

Les uns lancés sur une escarpolette, superbement armés,

allaient fondre sur une femme, la pénétraient subitement de

tout leur dard et lui causaient l'horrible convulsion d'une

jouissance rapide, inattendue. D'autres, plus lutins,

renversaient une prude, la tête en bas, et tous, avec un rire

fou, à l'aide d'un mouton, lui enfonçaient un riche priape de

feu, lui martelant à plaisir l'excès des voluptés. On en

voyait encore quelques-uns, la mèche en main, allumant un

canon d'où sortait un membre foudroyant que recevait

inébranlable, les cuisses écartées, une Diablesse frénétique.

Les plus méchants de la bande attachaient une Messaline par

les quatre membres et se livraient devant-elle à toutes les

joies, aux plaisirs les plus expressifs. La malheureuse se

tortillait, furieuse écumante, avide d'un plaisir qui ne

pouvait lui arriver

Cà et là, mille petits Diabloteaux, plus laids, plus

sautillants, plus rampants les uns que les autres, allaient,

venaient, suçant, pinçant, mordant, dansant en rond, se mêlant

entr'eux. Partout, c'étaient des rires, des éclats, des

convulsions, des frénésies, des cris, des soupirs, des

évanouissements de volupté.

Dans un espace plus élevé, les diables du premier rang se

divertissaient jovialement à parodier les mystères de notre

sainte religion

Une Nonne toute nue, prosternée, l'oeil béatifiquement tourné

vers la voûte, recevait avec une dévotieuse ardeur la blanche

communion que lui donnait, au bout d'un fort honnête

goupillon, un grand diable crossé, mîtré tout à l'envers. Plus

loin, une Diablotine recevait à flots sur son front le baptême

de vie; tandis qu'une autre, feignant la moribonde, était

expédiée avec une effroyable profusion de Saint Viatique.

Un maître diable, porté sur quatre épaules, balançait

fièrement la plus énergique démonstration de sa jouissance

érotico-satanique et, dans ses moments d'humeur répandait a

flots la liqueur bénite. Chacun se prosternait à son passage.

C'était la procession du Saint Sacrement.

Mais voilà qu'une heure sonne, et aussitôt, tous les Diables

s'appellent, se prennent par la main et forment une ronde

immense.

Le branle se donne; ils tournent, s'emportent, volent comme

l'éclair.

Les plus faibles succombent dans ce tournoiement rapide, ce

galop insensé. Leur chute fait culbuter les autres, ce n'est

plus qu'une horrible confusion, un pèle-mèle affreux

d'enclavements grotesques, d'accouplements hideux. Cahos

immonde de corps abîmés, tout tâchés de luxure, que vient

dérober une fumée épaisse.

G. -- Vous brodez à merveille, Alcide, votre rève irait bien

dans un livre....

Alc. -- Que voulez-vous? il faut passer la nuit... Ecoutez

encore, la suite n'est plus que réalité.

Lorsque je fus revenu de ces accès terribles, je me sentis

moins lourd, mais plus abattu. Trois femmes jeunes encore et

vêtues d'un simple peignoir blanc, étaient assises près de mon

lit. Je crus que mon vertige durait encore, mais on m'apprit

bientôt que mon Médecin, comprenant ma maladie, avait jugé à

propos de m'appliquer le seul remède qui m'était convenable.

Je pris d'abord une main blanche et potelée que je couvris de

baisers. Une lèvre fraîche et rose vint se poser sur ma

bouche. Ce contact délicieux m'électrisa. J'avais toute

l'ardeur d'un fou égaré.

"O mes belles amies! m'écriai-je, je veux être heureux,

heureux à l'excès, je veux mourir dans vos bras. Prêtez-vous à

mes transports, à ma folie"

Aussitôt, je jette loin de moi ce qui me couvre encore, je

m'étends sur mon lit. Un coussin placé sous mes reins me tient

dans la position la plus avantageuse. Mon Priape se dresse

superbe, radieux.

"Toi, brune piquante, à la gorge si ferme et si blanche,

sieds-toi au pied du lit, les jambes étendues près des

miennes. Bien! porte mes pieds sur ton sein, frotte-les

doucement sur tes jolis boutons d'amour, -- à ravir! oh! tu es

délicieuse.

La blonde aux yeux bleus, à moi! tu seras ma reine.... viens

te placer à cheval sur le trône. Prends d'une main le sceptre

enflammé, cache-le tout-entier dans ton empire.... Ouf! pas si

vite. Attends... sois lente, cadencée, comme un Cavalier au

petit trôt. Prolonge le plaisir.

Et toi, si grande, si belle, aux formes ravissantes, enjambe

ici par dessus ma tête.... à merveille! tu me devines. Ecarte

bien les cuisses.... Encore! que mon oeil puisse bien te voir,

ma bouche te dévorer, ma langue te pénétrer à loisir. Que

fais-tu droite et debout? abaisse toi donc, donne ta gorge à

baiser.....

"A moi! à moi! lui dit la brune, (en lui montrant sa langue

agile, aigue comme un stylet de Venise) viens! que je mange

tes yeux, ta bouche. Je t'aime de la sorte. Oh! Lubrique...

Mets ta main là.... va! doucement! doucement!..

Et voilà que chacun se meut, s'agite, s'excite au plaisir.

Je dévore des yeux cette scène animée, ces mouvements lascifs,

ces poses insensées. Les cris, les soupirs se croisent, se

confondent: bientôt le feu circule dans mes veines. Je

frissonne tout-entier. Mes deux mains battent une gorge

brûlante, ou se portent frénétiques, crispées, sur des charmes

plus secrets encore. Ma bouche les remplace. Je suce

avidement, je ronge, je mords. On me crie d'arrêter, que je

tue, et je redouble encore.

Cet excès m'acheva. Ma tête retomba lourdement. Je n'avais

plus de force. "-- Assez! assez! criai-je: oh! mes pieds! quel

chatouillement voluptueux. Tu me fais mal...... tu me crispes

mes nerfs se tendent, se tordent.... oh. --"

-- Je sentais le délire approcher une troisième fois Je poussai

avec fureur. Mes trois belles perdirent à la fois l'équilibre

et leurs sens. Je les reçus dans mes bras, pamées, expirantes

et je me sentis abîmé, inondé.

Joies du Ciel ou de l'Enfer! c'étaient des torrens de feu qui

ne finissaient pas.

"G. -- Quels plaisirs vous avez goûtés, Alcide, oh! je les

envie -- Et toi, Fanny: l'insensible! elle dort, je crois.

F. -- Laissez-moi, Gamiani, ôtez votre main, elle me pèse. Je

suis accablée.... morte... Quelle nuit! Mon Dieu!...

Dormons.... je.....

La pauvre enfant baillait, se détournait, se dérobait toute

petite dans un coin du lit.

Gamiani, ou Une nuit d'excès · 第 5 / 8 题