UNE HISTOIRE SANGLANTE

I

Il est dix heures du soir environ. La pluie tombe à torrents; des

éclairs blafards déchirent le manteau des astres; les roulements

du tonnerre remplissent l'espace de sons sourds et caverneux, et le

Saint-Laurent, mêlant sa voix à celle de la tempête, déferle bruyamment

ses lames moutonneuses contre les jetées du rivage.

Les quais de Montréal sont déserts, les nombreuses tavernes de la rue

des Commissaires et de la rue de la Commune, closes, pour la plupart.

Seuls quelques rares fanaux, élevés sur la grève, guident la marche des

navires attardés.

La nuit est plus noire que l'aile du corbeau, plus affreuse qu'une

légende allemande.

Vous entendez le craquement des vaisseaux, qui s'entre-choquent, le

grincement de leurs chaînes, le sifflement des rafales dans leurs agrès,

et, par-dessus tout, le grondement rauque et formidable des éléments en

furie.

Batelier, prends garde à ton esquif; passant, prends garde à ta bourse:

amis, hâtez-vous de rentrer au logis; car la ruine, la désolation, la

mort, planent de toute leur envergure sur la ville de Montréal.

Voyez, de l'ouragan c'est le cours furieux,

Terrible, il prend son vol, et dans des flots de poudre,

Part, conduisant la nuit, la tempête et la foudre.

La fille du pirate · 第 82 / 127 题