Maintenant que nous avons esquissé les relations de quelques-uns de nos
personnages avec M. Jobinet, retournons à la calèche qui arrive au
village de la Côte-des-Neiges.
L'aurore se levait derrière un rideau de lourds nuages noirs, et
quelques grosses gouttes de pluie commençaient à tomber.
Angèle dirigea la Grise dans une étroite allée encaissée entre des haies
d'aubépines, et, bientôt, longea une clôture formée par d'épais buissons
artistement taillés.
Derrière la clôture, on apercevait un vaste jardin potager borné au sud
par une charmante maison de campagne.
--Attendez une minute, dit la jeune fille en arrêtant près de la porte
de la clôture.
Elle sauta à terre, ouvrit la porte simplement fermée par un lien
d'osier, et s'avança vers une fenêtre de l'habitation. Au moment où elle
atteignait cette fenêtre elle s'ouvrit, et un homme montra sa tête.
--Comment! est-ce possible? vous, mon enfant!
--Monsieur Jobinet, j'ai un service à vous demander.
--Entrez, alors.
--Non.
Et la jeune fille se hâta de raconter les aventures de son protégé.
--C'est grave, dit M. Jobinet; mais, il n'y a pas à hésiter. Les
domestiques ne sont pas encore debout. Nous le déposerons provisoirement
dans la chambre Bleue. Elle donne sur le jardin. On le passera par la
croisée. Dans la journée, j'aviserai... Bien; allons le chercher.