Alphonse but lentement, puis il attira à lui là main de sa bienfaitrice,
et la baisa.
--Comment vous trouvez-vous maintenant? hasarda Angèle n'osant retirer
son bras.
L'évadé l'examinait d'un air étonné et reconnaissant.
--Souffrez-vous toujours, dit la jeune fille en inclinant ses longues
paupières.
--Je ne sais! je ne sais!
--Voulez-vous que j'aille chercher un médecin?
--Un médecin! non, non! oh! je vous en conjure... Tenez, pardon,
mademoiselle... pardon... je suis mieux... bien! je vais m'éloigner...
Alphonse tenta en effet de se soulever; mais ses forces lui firent
défaut, et sans l'appui d'Angèle, sa tête serait tombée lourdement sur
le plancher.
--Attendez, un moment, dit-elle, je cours mander le docteur.
--De grâce, mademoiselle, qui que vous soyez ayez pitié d'un malheureux;
ne me livrez pas à mes bourreaux!
Angèle tressaillit.
--A vos bourreaux?
--Ce soir, je me suis échappé de la prison.
--De la prison, juste ciel!
--Soyez sans inquiétude, mademoiselle; je ne suis ni un fripon, ni un
faussaire; mais j'avais été incarcéré pour délit politique, et cette
nuit, je suis parvenu à briser mes fers. On m'a poursuivi. Traqué par
les soldats, blessé, ne sachant où j'allais, ce que je faisais, je
me suis jeté dans cette maison... et... tenez, mademoiselle...
entendez-vous?... oh! entendez-vous?... ils sont dans la rue... là...
ils me cherchent... ils vont entrer ici!... Oh! je suis perdu...
Par grâce, pour l'amour de votre mère, mademoiselle, cachez-moi...
défendez-moi... Ils viennent, ne les laissez point entrer...
Alphonse ne se trompait pas: les fantassins, partis à sa piste,
rôdaient autour de la demeure d'Angèle, en poussant des vociférations et
d'horribles blasphèmes, et, déjà, quelques-uns d'entr'eux, avaient mis
le pied dans l'allée qui précédait la chambre de la jeune fille.