Mon Dieu, qu’est-ce qui Vous déplaît le plus en mon âme? L’esprit de
prière, la confiance en Vous, l’amour, la douceur, la fidélité, la
générosité me manquent... Jésus n’est pas content de moi... Sécheresse
et ténèbres: tout m’est pénible: sainte communion, prières, oraison,
tout, tout, même de dire à Jésus que je L’aime... Il faut que je me
cramponne à la vie de foi. Si, au moins, je sentais que Jésus m’aime...
Mais, Il ne me le dit jamais... Ce qui me manque surtout, c’est l’oubli
de moi et un cœur fraternel pour les autres...
* * * * *
--Tu me demandes en quoi tu m’offenses le plus... En ne m’aimant pas
assez purement... assez uniquement..., en t’aimant et en aimant les
créatures pour toi et pour elles... Ne fais rien pour toi, rien pour les
créatures par amour de toi, par amour d’elles: en tout ce que tu as à
faire, ne vois que Moi seul; en tout, demande-toi uniquement ce
qu’aurait fait le Maître, et fais-le. Ainsi, tu m’aimeras seul--ainsi,
je vivrai en toi--ainsi, tu seras perdu en Moi, tu vivras en Moi, tu
n’auras plus rien de toi, mon règne sera arrivé en toi.
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«_Ta vocation._--Prêcher l’Évangile en silence, comme Moi dans ma vie
cachée, comme Marie et Joseph.
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«_Ta règle_: me suivre... Faire ce que je ferais. Demande-toi en toute
chose: «Qu’aurait fait Notre Seigneur?» et fais-le. C’est ta seule
règle, mais c’est ta règle absolue.
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«_Ton esprit._--Esprit d’amour de Dieu et d’oubli de toi, dans la
contemplation et la joie de Son bonheur, la compassion et la douleur de
mes souffrances, et la joie de mes joies...; dans la douleur des péchés
commis contre Moi et l’ardent désir de me voir glorifié par toute âme.
Esprit d’amour du prochain, en vue de Moi qui aime tous les hommes comme
un père ses enfants; désir, en vue de Moi, du bien spirituel et matériel
de tous les hommes. Liberté d’esprit, tranquillité, paix. Tout en vue de
Dieu seul, rien en vue de toi ni d’aucune créature.
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«_Ton oraison._--1re Méthode.--1º Qu’avez-vous à me dire, mon Dieu? 2º
Moi, voici ce que j’ai à vous dire. 3º Ne plus parler, regarder le
Bien-Aimé.--2e Méthode.--_Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur,
quomodo, quando._
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«_Ton assistance à la messe._--Divise-la en trois parties: 1º Jusqu’à la
consécration: offre-Moi et offre-toi à mon Père et recommande-lui tes
intentions. Remercie-Moi de ma croix, demande-Moi pardon de l’avoir
rendue nécessaire...; 2º De la consécration à la communion: adore-Moi
sur l’autel; 3º Après la communion: adore-Moi dans ton cœur,
remercie-Moi, aime-Moi, jouis, tais-toi.
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«_Ta pensée de la mort._--Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de
tout, étendu à terre nu, méconnaissable, couvert de sang et de
blessures, violemment et douloureusement tué..., et désire que ce soit
aujourd’hui... Pour que je te fasse cette grâce infinie, sois fidèle à
veiller et à porter la croix. Considère que c’est à cette mort que doit
aboutir toute ta vie: vois, par là, le peu d’importance de bien des
choses. Pense souvent à cette mort, pour t’y préparer et pour juger les
choses à leur vraie valeur[6].»
[6] Charles de Foucauld écrivait cela en 1897. Or, dix-neuf ans plus
tard, le 1er décembre 1916, il sera assassiné par les Senoussistes,
à Tamanrasset.
* * * * *
Je ne demande pas de consolations à Jésus (d’abord je ne le mérite pas),
car ce serait pour moi une joie si grande de L’entendre ou de Le sentir
au fond de mon cœur, que ce serait un paradis pour moi, et on ne peut
pas faire son paradis en ce monde et en l’autre. Je ne Lui demande
qu’une chose: de Lui être fidèle. Hélas! je le suis si peu...
Il est juste qu’une âme si peu fervente ne goûte aucune douceur... Oui,
le Bon Dieu permet quelquefois de pareilles ténèbres sans qu’une étoile
vienne briller dans notre ciel. C’est alors qu’il faut se rappeler que
nous ne sommes sur la terre que pour souffrir, en suivant notre doux
Sauveur dans ce sentier obscur et épineux. Nous sommes pèlerins et
étrangers sur terre... Les pèlerins couchent sous la tente, traversent
parfois des déserts, mais la pensée de leur patrie leur fait tout
oublier. Oh! oui, nous sommes bien sur une terre étrangère ici-bas...,
il nous faut suspendre nos lyres et pleurer.
En tout, en tout, je ne veux que la sainte Volonté... Hélas! j’aime si
peu mon Jésus que je n’ose pas Lui donner le nom de Bien-Aimé.
Cependant, je désire, je veux L’aimer plus que tout ce qui est sur la
terre et au ciel. A Lui seul mon cœur et ma vie!
«Quand vous vous sentirez fatigué, triste, seul, en proie à la
souffrance, retirez-vous dans ce sanctuaire intime de votre âme et, là,
vous trouverez votre _Frère_, votre _Ami, Jésus_ qui sera votre
Consolateur, votre Soutien et votre Force...»
* * * * *
--Pour te dire tout d’une seule parole, quitte tout, mon enfant, et tu
trouveras tout.
--Oh! comme je suis heureux, maintenant, dans ma chère solitude, loin,
loin, bien loin de ce monde où Il est tant offensé. Oh! que nous sommes
heureux, seuls avec Son amour, seuls avec Sa tendresse! Je ne sens pas
cet amour, mais cependant, Il sait bien que je L’aime plus que le monde
entier: tout misérable que je suis, mon cœur, mon âme, ma vie tout
entière, tout Lui appartient jusqu’au dernier soupir! Hélas, non, je ne
L’aime pas, du moins comme je devrais L’aimer... Les paroles ne sont
rien, il faut en venir aux œuvres... Demandez pour moi un amour
généreux, fidèle, ardent!...
* * * * *
_Depuis le péché d’Adam, l’homme ne peut plus faire, sur la terre, aucun
bien dans l’ordre matériel ou spirituel, qu’au moyen d’une peine
proportionnée à ce bien_... Comme les biens spirituels sont d’un ordre
infiniment supérieur, comme l’amour de Dieu est le bien des biens, _ils
ne peuvent s’acheter qu’au prix de peines qui vont jusqu’à la douleur_,
jusqu’à des douleurs d’autant plus poignantes que le bien auquel nous
tendons est plus haut. _Les obscurités et les douleurs intérieures que
l’âme éprouve dans sa vie intime d’amour divin sont seules assez
crucifiantes pour pouvoir servir de prix, de monnaie, si j’ose dire,
pour l’achat de l’amour divin, notre bien suprême_: c’est pourquoi nous
ne pouvons parvenir à aimer Dieu qu’à condition _d’acheter_ notre amour
par des obscurités, des souffrances intérieures _proportionnées_ au
degré d’amour auquel nous parviendrons.
* * * * *
Comme nous devons désirer que tous les hommes soient en état de grâce!
C’est désirer qu’il y ait autant de Tabernacles vivants, autant de corps
et d’âmes animés par Jésus qu’il y a d’âmes!... Comme nous devons
désirer que les âmes en état de grâce fassent le plus d’actes saints
possible! C’est désirer la multiplication des actes de Jésus dont chacun
glorifie Dieu infiniment!
* * * * *
_Élection_ (14 novembre 1897, fête du Patronage de la Très Sainte
Vierge).
1º Acquérir par la grâce divine, le _détachement_ complet de ce qui
n’est pas Dieu, la _pauvreté d’esprit_ qui ne laisse subsister ni
petites pensées, ni petits soucis, ni petites inquiétudes, ni pensées
d’intérêt personnel, soit matériel, soit spirituel, ni petites
considérations, rien de terrestre, de petit, de vain: vider entièrement
l’âme et n’y laisser subsister que la seule pensée et le seul amour de
Dieu... _Vivre haut, n’être plus de la terre_, vivre au ciel comme
sainte Magdeleine à la Sainte Baume.
2º Me corriger de la _peur_ que j’ai de la croix et être plus généreux
dans la mortification... Désirer plus ardemment d’aimer Dieu du plus
grand amour!
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Nazareth, 26 avril 1900.
Pour suivre Jésus crucifié, je dois mener une vie de croix.
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Confiance absolue que, si je suis fidèle, la volonté de Dieu
s’accomplira, non seulement malgré les obstacles, mais grâce aux
obstacles.
Les obstacles sont la marque que la chose plaît à Dieu. La faiblesse des
moyens humains est une cause de force. Dieu fait servir les vents
contraires pour nous conduire au port...
C’est la parole de N.-S. à Ste Thérèse qui m’encourage si souvent dans
mes lâchetés et mes bas respects humains: «Ou bien on m’en glorifiera,
ou bien on t’en méprisera, dans les deux cas, tu y gagneras.»
J’ai un sentiment profond et sans cesse grandissant que pour glorifier
Dieu et «faire ici-bas l’œuvre du Père céleste», il faut avant tout, que
je goûte la croix dont Jésus nous a laissé l’exemple.