«Entrez par la voie étroite, car la voie large mène à la perdition...»
c’est-à-dire, entrez par la voie de la mortification, de l’obéissance
surtout et de la pénitence, car la voie contraire, la voie du
relâchement, de la vie molle, à l’aise, indépendante, mène en enfer...
Vous avez, entre bien d’autres écueils à éviter, dans la vie, ceux que
je vous ai tant de fois signalés en vous disant: «Évitez le levain des
pharisiens et des sadducéens»... _L’écueil des pharisiens_, c’est celui
qui consiste à chercher la perfection, mais à la mettre dans des
observances purement extérieures, des minuties, des formalités, au lieu
de la mettre dans la pratique des vertus et l’imitation de mes exemples:
cet écueil fait tomber dans l’hypocrisie, les jugements téméraires, la
dureté du cœur, gouffres où l’âme sombre... _L’écueil des Sadducéens_
est le relâchement qui sous prétexte de mettre la vertu dans la sainteté
intérieure de l’âme, repousse toute pratique extérieure, rejette tout ce
qui gêne le corps, déclare toute mortification inutile: on devient alors
esclave de ses sens, incapable de soumettre son corps ni son âme à
aucune obéissance, et on rejette tout ce qui est une croix et une
humiliation.
«Je vous trace la voie entre les deux écueils, en vous disant: «_Prenez
la voie étroite_» et ce qu’est cette voie, je vous l’ai expliqué
ailleurs: la voie étroite, c’est la voie dont j’ai donné l’exemple, la
voie que j’ai signalée en disant: «Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se
renonce tous les jours et me suive.» Faites ainsi, mes petits enfants et
vous vivrez! Et marchez à ma suite dans cette voie, en vous gardant des
deux écueils du plaisir et des séductions...»
_8 heures soir._--Mon Seigneur Jésus, voici la nuit venue; tout se tait,
l’ombre et le silence enveloppent la terre... tout dort dans le
village... on n’entend aucun bruit... Vous veillez, Votre Mère, sainte
Magdeleine, veillent près de Vous et Vous regardent, tristes, en priant
pour Vous: elles comptent les jours: dix-huit jours jusqu’à Votre
Passion, dix-neuf jours jusqu’à Votre mort... Vous mort, mon Jésus, ô
Vous si plein de vie! Vous la vie! Et mort dans quels tourments! Et
volontairement! Et de tout Votre Cœur! Oh! mon Dieu, et Votre Cœur a
soif d’être baptisé de ce baptême... le nôtre défaille en y pensant...
Mon Dieu, la voilà donc qui approche, qui arrive, qui arrive, qui est
arrivée, la fin de cette vie de 33 ans passés sur la terre... Qu’elle
s’est vite écoulée! De quelles ineffables douceurs Vous avez su la
remplir pour moi! Quelles grâces précieuses Vous avez, chaque jour, dans
cette vie bénie, répandues sur moi, sur nous qui Vous entourons, et sur
toute la terre!... que dirai-je? Dirai-je, comme on Vous l’a dit une
fois: «A Dieu ne plaise, Seigneur, que Vous souffriez ainsi!» Non! je ne
pourrai pas avoir d’autre volonté que la Vôtre, mon Seigneur! je Vous ai
donné une fois ma volonté, je ne la reprendrai jamais, elle est pour
jamais perdue et noyée dans la Vôtre: que tout ce que Vous voulez se
fasse, que tout ce que Vous voulez arrive, quoi que ce puisse être...
Que Votre volonté se fasse, mon Dieu... je sais que Votre volonté est
Votre gloire, est Votre bien... Qu’elle se fasse... Oh! mon Dieu, faites
seulement que moi, que ceux dont Vous m’avez chargé plus
particulièrement, que tous les fidèles de Votre Église, que tous les
hommes fassent en tout Votre volonté. Amen! Amen!