LUC, 10, 28.

«Souvent, mes petits enfants, on m’a demandé devant vous quel était le

plus grand commandement; j’ai toujours répondu: le premier commandement

est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit,

de toutes ses forces...; le deuxième est d’aimer son prochain comme

soi-même.--Qu’est-ce que c’est que m’aimer ainsi, mes enfants? C’est

m’aimer souverainement, par dessus tout, autant que vous le pourrez,

autant que vous le permet la grâce que je vous donne!... Et qu’est-ce

que c’est que d’aimer?... Aimer, cela contient bien des choses, qui

diffèrent selon les caractères et selon les dons de Dieu. Dieu donne

tantôt tel sentiment, tantôt tel autre, fait sentir à telle âme telle

chose, à telle autre, telle autre chose. Il fait sentir à la même âme en

un temps tel sentiment, en tel autre temps un autre, et le tout avec des

intensités très différentes; ces sentiments font tous partie de l’amour,

en sont les effets réels, mais nous les sentons plus ou moins selon la

volonté de Dieu, Sa grâce et notre fidélité à recevoir cette grâce.

Parmi ces sentiments, qu’on peut dire innombrables et qui font tous

partie de l’amour, on peut compter surtout _le désir de voir, de

connaître_, le _désir de posséder_ le Bien-aimé, le _désir d’être aimé

de Lui, le désir de Lui plaire, le désir de Lui faire du bien, le désir

de Le louer, l’admiration, le désir de L’imiter, le désir d’être

approuvé par Lui, le désir de Lui obéir en tout, le désir de Le voir

heureux, le désir de Le voir en possession de tout ce qui est bon,

avantageux pour Lui, le désir, en un mot, de tout ce qui est son bien;

le désir de souffrir pour Lui, le désir de souffrir avec Lui, le désir

de partager ses travaux, sa vie, ses états, le désir de conformer

entièrement son âme à la Sienne, le désir de se donner à Lui, de ne

vivre que pour Lui, de ne respirer que pour Lui, le désir de travailler

pour Son service, la douleur de Ses souffrances, la joie de Son bonheur,

la douleur des choses qui Lui causent de la peine_, en conformité avec

Lui, _la joie des choses qui Le réjouissent_..., etc., etc. Tous ces

sentiments sont des effets de l’amour, appartiennent à l’amour, sont

dans l’amour, mais tous ne sont pas l’amour; un seul d’entre eux est

vraiment l’essence de l’amour, c’est _celui qui consiste à désirer

passionnément et par dessus tout, à tel point qu’on compte tout le reste

pour rien..., qu’on ne vive que pour l’accomplissement de ce seul

désir...: le bien de l’Être aimé..._

«Et je vous ai dit que le deuxième commandement, c’est _d’aimer le

prochain comme soi-même_... En effet, pour m’aimer parfaitement, vous

avez fait le vide total de votre âme, vous n’y avez rien laissé, ni

choses matérielles, ni le prochain, ni vous-même, vous vous êtes vidé de

tout, vous m’avez donné toute la place, et j’y règne seul, la

remplissant entièrement... Mais, une fois que je règne pleinement et

seul en vous, je m’établis dans votre âme, et j’y place tout ce que je

veux y voir, comme un propriétaire place dans sa maison le mobilier

qu’il y veut. J’y place mes vertus, ma bonté, et la première des choses

que j’y mets, que j’y veux avoir et que je vous ordonne de conserver

pour Moi, en vue de Moi, pour mon usage, pour m’obéir, dans cette maison

de votre âme que vous avez faite mienne, c’est l’amour de tous les

hommes, de vous-même et de tous les autres.--_Amour de tous au même

titre, parce que vous êtes miens, et amour de tous (de vous compris

parmi les autres) très grand, parce que vous m’êtes tous très chers_

comme je vous l’ai assez prouvé, mes petits enfants, et par toutes les

grâces dont les hommes sont comblés depuis l’origine du monde, et par

cette grâce incompréhensible de l’Incarnation, par ma vie entière, et

par dessus tout, par ce qu’il me reste à vous donner et à souffrir pour

vous, mes enfants bien-aimés... enfants de mon cœur!...»

_Samedi, 9 heures soir._--Mon Dieu, voici la nuit venue. Le vent souffle

en ouragan, de temps en temps la pluie l’accompagne..., tous les bruits

se sont tus..., on n’entend que le vent qui souffle et la pluie qui

tombe... Vous priez immobile et silencieux, une petite lampe éclaire

Votre visage si beau, si pâle, si calme, si pensif... Tout près de Vous,

la Sainte Vierge, sainte Magdeleine sont à genoux et prient... Vos

apôtres sont là aussi, silencieux, recueillis, priant: tous Vous

regardent, les yeux ne se lassent pas de Vous voir. Mettez-moi avec eux,

à Vos pieds, mon Dieu!

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 76 / 139 题