«Souvent, mes petits enfants, on m’a demandé devant vous quel était le
plus grand commandement; j’ai toujours répondu: le premier commandement
est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit,
de toutes ses forces...; le deuxième est d’aimer son prochain comme
soi-même.--Qu’est-ce que c’est que m’aimer ainsi, mes enfants? C’est
m’aimer souverainement, par dessus tout, autant que vous le pourrez,
autant que vous le permet la grâce que je vous donne!... Et qu’est-ce
que c’est que d’aimer?... Aimer, cela contient bien des choses, qui
diffèrent selon les caractères et selon les dons de Dieu. Dieu donne
tantôt tel sentiment, tantôt tel autre, fait sentir à telle âme telle
chose, à telle autre, telle autre chose. Il fait sentir à la même âme en
un temps tel sentiment, en tel autre temps un autre, et le tout avec des
intensités très différentes; ces sentiments font tous partie de l’amour,
en sont les effets réels, mais nous les sentons plus ou moins selon la
volonté de Dieu, Sa grâce et notre fidélité à recevoir cette grâce.
Parmi ces sentiments, qu’on peut dire innombrables et qui font tous
partie de l’amour, on peut compter surtout _le désir de voir, de
connaître_, le _désir de posséder_ le Bien-aimé, le _désir d’être aimé
de Lui, le désir de Lui plaire, le désir de Lui faire du bien, le désir
de Le louer, l’admiration, le désir de L’imiter, le désir d’être
approuvé par Lui, le désir de Lui obéir en tout, le désir de Le voir
heureux, le désir de Le voir en possession de tout ce qui est bon,
avantageux pour Lui, le désir, en un mot, de tout ce qui est son bien;
le désir de souffrir pour Lui, le désir de souffrir avec Lui, le désir
de partager ses travaux, sa vie, ses états, le désir de conformer
entièrement son âme à la Sienne, le désir de se donner à Lui, de ne
vivre que pour Lui, de ne respirer que pour Lui, le désir de travailler
pour Son service, la douleur de Ses souffrances, la joie de Son bonheur,
la douleur des choses qui Lui causent de la peine_, en conformité avec
Lui, _la joie des choses qui Le réjouissent_..., etc., etc. Tous ces
sentiments sont des effets de l’amour, appartiennent à l’amour, sont
dans l’amour, mais tous ne sont pas l’amour; un seul d’entre eux est
vraiment l’essence de l’amour, c’est _celui qui consiste à désirer
passionnément et par dessus tout, à tel point qu’on compte tout le reste
pour rien..., qu’on ne vive que pour l’accomplissement de ce seul
désir...: le bien de l’Être aimé..._
«Et je vous ai dit que le deuxième commandement, c’est _d’aimer le
prochain comme soi-même_... En effet, pour m’aimer parfaitement, vous
avez fait le vide total de votre âme, vous n’y avez rien laissé, ni
choses matérielles, ni le prochain, ni vous-même, vous vous êtes vidé de
tout, vous m’avez donné toute la place, et j’y règne seul, la
remplissant entièrement... Mais, une fois que je règne pleinement et
seul en vous, je m’établis dans votre âme, et j’y place tout ce que je
veux y voir, comme un propriétaire place dans sa maison le mobilier
qu’il y veut. J’y place mes vertus, ma bonté, et la première des choses
que j’y mets, que j’y veux avoir et que je vous ordonne de conserver
pour Moi, en vue de Moi, pour mon usage, pour m’obéir, dans cette maison
de votre âme que vous avez faite mienne, c’est l’amour de tous les
hommes, de vous-même et de tous les autres.--_Amour de tous au même
titre, parce que vous êtes miens, et amour de tous (de vous compris
parmi les autres) très grand, parce que vous m’êtes tous très chers_
comme je vous l’ai assez prouvé, mes petits enfants, et par toutes les
grâces dont les hommes sont comblés depuis l’origine du monde, et par
cette grâce incompréhensible de l’Incarnation, par ma vie entière, et
par dessus tout, par ce qu’il me reste à vous donner et à souffrir pour
vous, mes enfants bien-aimés... enfants de mon cœur!...»
_Samedi, 9 heures soir._--Mon Dieu, voici la nuit venue. Le vent souffle
en ouragan, de temps en temps la pluie l’accompagne..., tous les bruits
se sont tus..., on n’entend que le vent qui souffle et la pluie qui
tombe... Vous priez immobile et silencieux, une petite lampe éclaire
Votre visage si beau, si pâle, si calme, si pensif... Tout près de Vous,
la Sainte Vierge, sainte Magdeleine sont à genoux et prient... Vos
apôtres sont là aussi, silencieux, recueillis, priant: tous Vous
regardent, les yeux ne se lassent pas de Vous voir. Mettez-moi avec eux,
à Vos pieds, mon Dieu!