«Mon Seigneur Jésus, dites-moi ce qu’il faut que je pense de cette
divine vertu... Combien j’ai besoin de l’apprendre de Vous! moi si
misérable, si dans la terre, si dans la boue, comme il faut que ce soit
Vous qui m’éclairiez pour que je comprenne quelque chose de la beauté de
cette vertu céleste!
--Mon enfant, j’ai été vierge, j’ai choisi une Mère, un père nourricier,
un précurseur, un disciple de prédilection, vierges; j’ai voulu que,
dans ma religion, tous les prêtres, toutes les âmes qui m’étaient
consacrés vécussent dans la chasteté... Les vierges ont au ciel une
auréole particulière;... il est bien peu de saints qui, à partir d’un
moment de leur vie, sinon toujours, n’aient vécu dans la chasteté...
Pour qui m’aime vraiment, m’aime passionnément, mon amour est un lien
sacré, un mariage, et toute pensée, toute parole, toute action
contraires à la chasteté est une infidélité à l’Époux... La virginité,
la chasteté ne sont donc pas l’état d’une âme qui n’est pas mariée;
c’est, au contraire, l’état d’une âme mariée à un Époux Bien-Aimé, à
l’Époux parfait, parfaitement beau, saint, aimable...
«Venez et voyez combien le Seigneur est suave...» Quand on a entrevu
cela, combien le Seigneur est suave, comment peut-on faire autrement que
de désirer passionnément passer sa vie à Le contempler, à L’adorer dans
la pratique de toutes Ses volontés, loin des vanités du monde. Non, tout
notre temps est pris, nous avons entrevu le Roi des rois, Il a séduit
pour jamais nos cœurs, nous L’aimons, nous ne voulons pas d’amour
terrestre, nous avons un Bien-Aimé, il n’y a pas en nous place pour
deux... Nous avons entrevu le ciel, nous sommes morts au siècle... Nous
voulons être à Dieu seul; Il suffit à nos cœurs; ce sont nos cœurs qui
ne suffisent pas à Lui rendre tout l’amour et l’adoration qu’Il
mérite... Nous ne voulons pas être divisés: nous voulons être tout à
Lui... nous aimerons les autres hommes en vue de Lui, à Ses pieds, comme
des frères, mais nous serons à Lui seul, tout à Lui, tout à Lui...
«N’est-ce donc rien, mes filles, que d’être tout à Dieu?» disait Sainte
Thérèse...--Nous sommes épouses, vraiment mariées... épouses par cela
même que nous désirons l’être et que nous Lui promettons d’être toujours
tout à Lui... Comme Il est humble et doux, Lui, le Roi du ciel,
d’accepter ainsi pour Ses épouses toutes ces pauvres petites âmes qui
s’offrent à Lui... Il est difficile parfois de trouver un fiancé sur la
terre, et, pourtant, c’est si peu de chose, c’est si infime, si cendre
et poussière, un fiancé terrestre; c’est si néant, si rien de rien!...
Mais Lui, le Roi du Ciel, on peut L’avoir pour fiancé quand on veut...
Il accepte toute âme... la plus pauvre, la plus dédaignée, la plus
coupable, la plus souillée, tout ce qui s’offre à Lui d’un cœur
sincère... Il les accepte toutes et se donne à toutes... Mon Dieu que
Vous êtes bon!...
C’est la foi qui fait la vie de l’épouse du Christ... elle est dans la
lumière; elle sait, elle voit... Elle voit qu’elle est l’épouse de
Jésus, que son sort est divin, qu’elle est bienheureuse, que sa vie
doit être un perpétuel _Magnificat_, et que son bonheur est
incompréhensible...
* * * * *
[Notre Seigneur:] «Et tu sens à quel degré, avec quelle jalousie il faut
te garder de la moindre, de la plus petite, de la plus imperceptible
pensée contraire à la chasteté la plus délicate et, à plus forte raison,
de toute parole ou action, puisqu’il s’agit de l’essence même de la
fidélité que tu dois à ton Bien-Aimé, à cet Époux que tu aimes
passionnément, qui, Lui aussi, t’aime passionnément, comme Il te l’a
prouvé en mourant pour toi, en te faisant tant de grâces et, enfin, en
t’acceptant pour être Sa fiancée, Son épouse, dans le temps et dans
l’Éternité, dans les clartés rayonnantes de la foi, et dans l’infini
bonheur de la gloire.»
_Résolutions._--Remercier souvent mon divin Époux de la grâce infinie
qu’Il m’a faite en m’éclairant des lumières de la foi, et en me faisant
voir ce que c’est que d’être épouse du Roi du ciel... Le remercier à
l’infini, très souvent, de m’avoir appelée et reçue pour être Son
épouse, Lui si grand, moi si petite... Me garder, avec jalousie infinie,
de toute faute si imperceptible qu’elle soit, en pensées, paroles ou
actions contre la chasteté, parce que ce sont des fautes directes contre
la fidélité que je dois à mon Époux, et l’horreur que je dois avoir de
telles fautes est en raison directe de l’amour que j’ai pour mon
Époux...