FOI

En tout, avoir en vue Dieu seul. Dieu est notre Créateur, nous sommes Sa

chose, nous devons fructifier pour Lui, comme l’arbre pour son maître...

Dieu est l’Être infiniment aimable, nous devons L’aimer de toute

l’étendue de notre âme, et, par conséquent, Le regarder sans cesse,

L’avoir sans cesse en vue et faire tout ce que nous faisons pour Lui,

comme quand on aime, on fait tout en vue de l’être aimé... Nous tenons

tout de Dieu: l’être, la conservation, le corps, l’esprit; ayant tout

reçu de Lui, il est juste que nous Lui rendions tout. «Rendez à César ce

qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.» Ce qui est à Dieu, c’est

tout notre être et tous nos instants, tous les battements de notre cœur,

car tout vient de Lui et n’est que par Lui.

* * * * *

Vous n’avez pas pu avoir la foi, mon Seigneur Jésus, puisque Vous aviez

la claire vision de tout... Mais Vous nous l’avez ordonnée et ordonnée

sans cesse par Vos paroles...

La foi, c’est ce qui fait que nous croyons, du fond de l’âme, tous les

dogmes de la religion, toutes les vérités que la religion nous enseigne,

le contenu de la Sainte Écriture par conséquent et tous les

enseignements de l’Évangile, tout ce qui nous est proposé par l’Église

enfin... Le juste vit vraiment de cette foi, car elle remplace, pour

lui, la plupart des sens de la nature: elle transforme tellement toutes

choses qu’à peine les anciens sens peuvent-ils servir à l’âme qui ne

perçoit par eux que de trompeuses apparences; la foi lui montre les

réalités. L’œil lui montre un pauvre, la foi lui montre Jésus. L’oreille

lui fait entendre des injures et des persécutions, la foi lui chante:

«Réjouissez-vous et jubilez de joie.» Le toucher nous fait sentir des

coups de pierre reçus, la foi nous dit: «Soyez dans une grande joie

d’avoir été jugés dignes de souffrir quelque chose pour le nom du

Christ!» Le goût nous fait sentir un peu de pain sans levain, la foi

nous montre le Sauveur Jésus, homme et Dieu, corps et âme. L’odorat nous

fait sentir l’encens, la foi nous dit que le véritable encens «est les

jeûnes des Saints»... Les sens nous séduisent par les beautés créées, la

foi pense à la Beauté incréée, et prend en pitié toutes les créatures

qui sont un néant et une poussière à côté de cette beauté-là... Les sens

ont horreur de la douleur, la foi la bénit comme la couronne de mariage

qui l’unit à son Bien-Aimé... Les sens se révoltent contre l’injure, la

foi la bénit: «Bénissez ceux qui vous maudissent»; elle la trouve

méritée, car elle pense à ses péchés, elle la trouve douce, car c’est

partager le sort de Jésus. Les sens sont curieux, la foi ne veut rien

connaître, elle a soif de s’ensevelir et voudrait passer toute sa vie

immobile au pied du Tabernacle... Les sens aiment la richesse et

l’honneur, la foi les a en horreur: «Toute élévation est en abomination

devant Dieu»... «Bienheureux les pauvres», et elle adore la pauvreté et

l’abjection dont Jésus se couvrit toute Sa vie comme d’un vêtement qui

fut inséparable de Lui... Les sens ont horreur de la souffrance, la foi

les bénit comme un don de la main de Jésus, une part de Sa croix qu’Il

daigne nous donner à porter... Les sens s’effraient de ce qu’ils

appellent des dangers, de ce qui peut amener la douleur, ou la mort; la

foi ne s’effraie de rien, elle sait qu’il ne lui arrivera que ce que

Dieu voudra: «Tous les cheveux de votre tête sont comptés», et que ce

que Dieu voudra sera toujours pour son bien: «Tout ce qui arrive est

pour le bien des élus»... Ainsi, quoi qu’il puisse arriver, peine ou

joie, santé ou maladie, vie ou mort, elle est contente d’avance et n’a

peur de rien... Les sens sont inquiets du lendemain, se demandent

comment on vivra demain, la foi est sans nulle inquiétude. «Ne soyez pas

inquiets, dit Jésus, voyez les fleurs des champs, voyez les oiseaux, je

les nourris et les habille... vous valez beaucoup mieux qu’eux...

cherchez Dieu et sa justice et tout vous sera donné par surcroît»...

Les sens s’attachent à garder la présence de la famille, la possession

des biens; la foi se hâte de quitter l’un et l’autre: «Celui qui aura

quitté pour Moi un père, une mère, une maison, un champ, recevra le

centuple en ce monde, et en l’autre la vie éternelle.»

Ainsi, la foi éclaire tout d’une lumière nouvelle, autre que la lumière

des sens, ou plus brillante, ou différente... Ainsi, celui qui vit de

foi a l’âme pleine de pensées nouvelles, de goûts nouveaux, de jugements

nouveaux; ce sont des horizons nouveaux qui s’ouvrent devant lui,

horizons merveilleux qui sont éclairés d’une lumière céleste et beaux de

la beauté divine... Enveloppé de ces vérités toutes nouvelles, dont le

monde ne se doute pas, il commence nécessairement une vie toute

nouvelle, opposée au monde à qui ses actes semblent une folie... Le

monde est dans les ténèbres, dans une nuit profonde, l’homme de foi est

en pleine lumière...

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 47 / 139 题