LE JUGEMENT, LE CIEL OU L’ENFER

Pardon et «_misericordias Domini in æternum cantabo_»! Voilà mon passé

et mon présent... Quel sera mon avenir? Sera-t-il long ou court sur la

terre? Consolé ou douloureux? Saint, comme je le désire tant, plein de

péchés comme je Vous supplie de m’en préserver? Nul ne le sait... Il

sera ce que Vous voudrez, mon Dieu... Je Vous supplie seulement qu’il ne

soit pas employé à Vous offenser: Vous ne le voulez pas, Vous nous avez

ordonné, à tous, d’être parfaits, et moi, Vous m’avez comblé de grâces

incomparables en me disant: «_A celui à qui il a été beaucoup donné, il

sera beaucoup demandé_»... Donc, quel que soit mon avenir, long ou d’un

jour, consolé ou douloureux, Votre volonté est qu’il soit saint... Que

ferai-je pour cela?...

* * * * *

«Suis-Moi, Moi seul... Ne viens pas à Béthanie pour Me voir et aussi

pour voir Lazare, viens-y pour Me voir, Moi, Moi seul... Demande-Moi ce

que je faisais, scrute les Écritures, regarde aussi les saints, non pour

les suivre, eux, mais pour voir comment ils m’ont suivi, et prendre de

chacun d’eux ce que tu penseras venir de Moi, être de Moi, à mon

imitation... et suis-Moi, Moi, Moi seul... Regarde-toi comme dans la

maison de Nazareth... Tu t’es donné à Moi. Je te conduirai comme il le

faudra pour ma plus grande gloire, pour la plus grande consolation de

mon Cœur, puisque tu ne veux et que tu ne demandes que cela.

--Oh! oui, oh! oui! Mon Seigneur et mon Dieu, je ne veux et ne demande

que cela! Faites-le, en Vous, par Vous et pour Vous! Amen, amen...

--Cette vie sera suivie de la mort: tu voudrais celle du martyre... tu

sais que tu es lâche... mais tu sais que tu peux tout en Celui qui te

fortifie, que je suis tout-puissant en mes créatures... Demande-le matin

et soir, tout en mettant cette condition que ce soit ma volonté, mon

plus grand bien, ma plus grande consolation, laquelle tu veux et tu

demandes avant tout... et aie confiance: je ferai ce que tu demandes, ce

qui me glorifie le plus... Mais, demander cela, c’est bien, car «c’est

la marque du plus grand amour de donner sa vie pour ce qu’on aime», et

il est parfaitement juste que tu désires me donner la marque «du plus

grand amour».

Ton éternité, ton jugement, que seront-ils? Ils seront ce qu’aura été ta

vie... Si tu t’es renoncé, si tu as porté ta croix et que tu m’as suivi,

si, comprenant les grâces, les miséricordes merveilleuses dont je t’ai

comblé, tu as fait fructifier tous ces talents que je t’ai confiés; si

tu es fidèle à ta belle vocation, si tu obéis à ton directeur, si tu es

reconnaissant, fidèle, aimant, humble et doux, ton jugement sera

consolant, ton éternité bienheureuse... Si tu te laisses aller à ta

lâcheté, à ta sensualité, à ta paresse, à ta timidité, à ton égoïsme, à

ton mensonge, à toutes les mauvaises passions que le diable saurait bien

vite rallumer en toi; si tu cessais un instant de veiller et si ma main

ne te soutenait pas si paternellement, ton jugement et ton éternité

seraient d’autant plus terribles que tu aurais abusé de plus de

grâces... Si l’enfant prodigue se révoltait contre son père et

l’offensait odieusement, après avoir été reçu de lui comme il l’a été,

ne serait-ce pas odieux? Ta conduite le serait mille et mille fois plus,

toi qui, depuis onze ans, reçois presque chaque jour mon corps et mon

âme, mon humanité et ma divinité en nourriture, sur ta langue, dans ton

corps... Donc «Veillez et priez... car l’esprit est prompt et la chair

est faible.»

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 45 / 139 题