St MARC, 15, 34. «Eloï, Eloï, lamma sabachtani!...»

Cette parole nous apprend deux choses: 1º qu’il faut adresser à Dieu,

avec une simplicité absolue, toutes nos pensées, nos plaintes comme le

reste; dans la joie, nos cris de joie; dans la reconnaissance, nos

remerciements; dans le repentir, nos «pardons»; dans le désir, nos

demandes; dans la douleur, nos plaintes. Comme notre douleur est permise

par Lui, nous devons non seulement nous plaindre à Lui, mais aussi nous

plaindre de Lui, comme le fait ici Notre-Seigneur, mais cela avec le

respect, l’amour, la soumission, la conformité amoureuse et illimitée à

Sa volonté qu’avait pour Lui son Fils Unique et que nous Lui devons,

nous, ses enfants, enfants si comblés par ce Père bien-aimé et

infiniment bon. 2º Notre-Seigneur emploie, pour parler à son Père, deux

mots de l’Écriture. Servons-nous de ces paroles infiniment saintes,

paroles de l’Esprit-Saint, et employons-les pour nos prières d’une

certaine longueur, comme faisaient les anciens Juifs, comme fait

l’épouse du Christ, la sainte Église; servons-nous-en aussi, dans nos

oraisons jaculatoires comme le fait ici N.-S.; en plusieurs endroits. Il

nous donne le même exemple pour mieux nous l’inculquer et nous apprendre

que c’était une habitude chez Lui et que, par conséquent, cela doit être

une habitude chez nous... Non seulement Il se sert des mots de

l’Écriture pour exprimer les cris de Son âme, mais Il s’en sert dans les

moments les plus solennels, dans la tentation au désert et sur la Croix:

deux mots d’un psaume sont Ses dernières paroles avant Sa mort...

Combien nous devons suivre un exemple qu’Il nous donne si fortement...

Et, d’ailleurs, n’est-il pas évident que les paroles de l’Écriture

inspirée de Dieu valent mieux que nos paroles? Nous ne pouvons rien

offrir à Dieu de plus agréable, après le Corps de son Fils, que les

paroles que son Cœur a versées du Ciel sur la terre, les paroles sacrées

tombées de Ses propres lèvres.

Évangile selon St LUC, 10, 42. «Marie a choisi la meilleure part et elle

ne lui sera pas ôtée.»

La meilleure part, c’est la vie contemplative, la vie de prière, la vie

qui se détache entièrement des choses matérielles pour ne s’occuper qu’à

contempler Notre-Seigneur; la vie où l’esprit, ne s’occupant jamais de

choses terrestres, est tout entier plongé dans la pensée de Dieu, Le

regardant, L’écoutant, Lui parlant sans cesse par le sentiment perpétuel

de Sa présence et une oraison qui peut varier aux différents moments du

jour, mais qui ne s’interrompt jamais... Marie vit comme les autres,

mais, quoi qu’elle fasse, ses yeux, sa pensée et son cœur sont toujours

tout entiers sur Jésus: Il est toute sa vie... C’est la vie

contemplative, la vie de l’amour le plus passionné, de l’amour

d’admiration... C’est la meilleure part, la part de la Sainte Vierge et

de saint Joseph à Nazareth, la part de la Sainte Vierge pendant toute sa

vie, de saint Jean-Baptiste au désert, la part de Marie-Magdeleine à

Béthanie, en Galilée, en Judée, en Provence. Que ce soit la nôtre!

Imitons notre Mère bénie, sainte Magdeleine, cette adoratrice passionnée

de Jésus...

St LUC, 15, 10. «La joie sera parmi les Anges du Ciel pour un pécheur

faisant pénitence.»

La joie, par conséquent aussi l’action de grâce, car tout bien vient de

Dieu... L’action de grâce doit tenir une très grande place dans nos

prières, car la bonté de Dieu précède tous nos actes, elle environne

tous les instants de notre vie, et il n’y a pas de moments de notre

existence où nous ne recevions une foule immense de bienfaits tels que

toute l’éternité ne nous suffirait pas pour remercier assez de chacun

d’eux... Quand nous sommes devant le Saint-Sacrement surtout, que notre

premier mot soit toujours: «Merci! Merci d’être à Vos pieds! que je suis

heureux...» Et chaque fois que nous prions, en quelque lieu que ce soit,

«merci, encore une fois merci de me permettre de Vous parler, de Vous

prier, de Vous regarder, de m’entretenir avec Vous, mon Seigneur et mon

Dieu, mon Bien-Aimé, mon Bonheur et ma Vie!» Non seulement remercier

pour nous, mais pour tous les hommes, nos frères, Vos enfants, mon Dieu,

que je dois aimer, que je veux aimer si tendrement. Merci pour toutes

les âmes du purgatoire, tous les anges, tous les saints, pour ceux que

Vous m’avez donnés à aimer davantage. Merci pour la Très Sainte Vierge;

merci par-dessus tout pour Vous, mon Seigneur et mon Dieu, dont la

gloire et la béatitude infinie sont mon bonheur, bonheur ferme et

assuré, source inépuisable de joie que rien ne peut m’enlever!...

Écrits spirituels de Charles de Foucauld · 第 17 / 139 题