NOTE.

Le manuscrit de _Mont-Oriol_ comprend 312 feuillets de papier grand

in-8º réunis dans une reliure pleine en parchemin. La première

partie est paginée de 1 à 153; la seconde de 1 à 159 avec le mot

FIN. L'écriture en est rapide et sûre, les surcharges sont rares; on

ne soupçonne nul effort. Quelques corrections de forme, visant à la

sobriété de l'expression, troublent l'aspect régulier de chaque page.

_Mont-Oriol_ a paru en feuilleton dans le _Gil-Blas_, du jeudi 23

décembre 1886 au dimanche 6 février 1887.

Le roman fut entrepris dans l'été de 1885, durant un séjour que

Maupassant fit en Auvergne. Il écrit à sa mère de Châtel-Guyon (août

1885):

«Je ne fais rien que préparer tranquillement mon roman... Ce sera une

histoire assez courte et très simple dans ce grand paysage calme.

Cela ne ressemblera guère à _Bel-Ami_.»

Dans une autre lettre adressée à Mme Leconte de Nouy (mars 1886), il

écrit:

«Je fais une histoire de passion très exaltée, très ardente et très

poétique... Les chapitres de passion sont beaucoup plus raturés que

les autres. Enfin ça vient tout de même. On se plie à tout, avec

de la patience; mais je ris souvent des idées sentimentales, très

sentimentales et tendres que je trouve, en cherchant bien! J'ai peur

que ça ne me convertisse au genre amoureux, pas seulement dans les

livres, mais aussi dans la vie. Quand l'esprit prend un pli, il le

garde; et vraiment il m'arrive quelquefois, en me promenant sur le

cap d'Antibes,--un cap solitaire comme une lande de Bretagne,--en

préparant un chapitre au clair de lune, de m'imaginer que ces

histoires-là ne sont pas si bêtes qu'on le croirait.»

OPINION DE LA PRESSE

SUR

_MONT-ORIOL_.

_Revue des Deux-Mondes_, 1er mars 1887 (F. Brunetière).

«Avec aisance, et surtout avec une clarté parfaite, quels que soient

le nombre des personnages et la diversité des épisodes, M. de

Maupassant... d'un mouvement rapide nous entraîne vers le dénouement...

Je me reprocherais fort de ne pas ajouter que, dans _Mont-Oriol_, la

dureté coutumière de M. de Maupassant s'est singulièrement attendrie

et qu'il est demeuré sans doute pessimiste, mais que son pessimisme a

souri. L'émotion... voilà ce qui manquait encore à ses romans, et voilà

ce que nous sommes heureux de rencontrer dans _Mont-Oriol_.»

_Journal des Débats_, dimanche 27 février 1887 (André Hallays).

«... Depuis le jour où, dans les _Soirées de Médan_, parut _Boule

de Suif_, que n'a-t-on pas dit et écrit sur le robuste talent du

conteur, son style vigoureux et clair, la puissante sobriété de ses

descriptions, l'amertume de ses bouffonneries et le tragique de ses

farces? Toutes ces qualités, on les trouve dans _Mont-Oriol_ et quelque

chose de plus encore. L'observation, sans rien perdre de sa précision

et de sa vigueur, est ici moins brutale, le style moins tendu, le récit

plus alerte. Çà et là, des remarques presque féminines, de la grâce, de

l'abandon, même de la gentillesse. L'ironie qui est au fond du conte

est voilée d'une légère mélancolie. Les niaiseries sentimentales de

l'amour en sont plus impitoyablement bafouées. Enfin,--et ceci est

bien remarquable,--par delà la scène où se meuvent les personnages,

apparaissent brusquement des lointains imprévus et des lueurs d'idées

générales. Il semble que ce roman, unique dans l'œuvre de M. de

Maupassant, ait été pour lui comme un délassement d'imagination; on

y sent cette indulgence que donne à l'écrivain, même pessimiste,

l'accomplissement d'une tâche facile, allègrement exécutée d'une main

légère.»

_Revue Bleue_, 12 février 1887 (Maxime Gaucher).

«Il me semble que M. de Maupassant a le don spécial d'animer et de

transformer tout ce qu'il touche de sa plume magique... Cette fois il

nous transporte à Mont-Oriol,... où ne va que la bonne compagnie.

Cette bonne compagnie sera d'assez mauvaise compagnie: ainsi le veut

la baguette qui transforme; mais elle vivra d'une vie intense: ainsi

le veut la baguette qui anime. Autre prodige: la donnée sera à peu

près complètement dénuée d'intérêt, disons même tout à fait dénuée--et

cependant cette lecture nous attachera et nous aurons quelque regret de

voir arriver la dernière page et le mot: FIN. C'est que chacun de ses

bonshommes est pris sur nature, chacun d'eux est vivant.»

_Le Figaro_, 7 février 1887 (Albert Wolff).

«Aucun de nos jeunes romanciers de valeur ne m'a donné,--au même degré

que Maupassant,--la double sensation de la comédie et de la tragédie

humaines... Il a ce double don, si rare chez un écrivain, d'attendrir

le lecteur et de l'égayer, de le distraire et de le pousser à la

méditation... Cette note attendrie, sans déclamation, venant après

tant de pages où pétille l'esprit d'observation, clôt le livre sur une

sensation durable.»

Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 17 · 第 29 / 32 题