C'était vers 1696, et lorsque le règne de Louis XIV était dans son plus
grand éclat. On venait de construire, sous l'impulsion de Colbert, des
monuments qui avaient fait de Paris la première ville du monde. On avait
bâti les Invalides, terminé le Val-de-Grâce, les Tuileries, le Louvre,
ouvert et planté les grands boulevards depuis la porte Saint-Honoré
jusqu'à la Bastille, avec ces belles portes Saint-Antoine, Saint-Martin,
Saint-Denis, qui font un si grand effet. Dans le même temps, Versailles
était devenu une merveille de grandeur et de richesse.
Au milieu de ces progrès, le roi se trouvait environné des plus grandes
illustrations. Il présidait une noblesse dévouée et brillante. Il avait
des ministres habiles, des généraux redoutables, des génies merveilleux
dans tous les genres. Les finances, par les soins de Colbert, avaient
doublé d'importance; l'armée avait été mise par Louvois sur un pied
formidable, et avec cette année, le roi avait une nation valeureuse de
vingt millions d'âmes.
Malgré la perte de généraux incomparables, la France avait encore de
grands hommes de guerre; Luxembourg, Catinat, Boufflers, de Lorges,
Tourville, Jean Bart, Château-Renaud, d'Estrées et Duguay-Trouin. On
venait de remporter de grandes victoires; sur terre, à Fleurus, à
Steinkerke, à Nerwinde, à Marseille et à Staffarde; sur mer, Lagos, qui
avait vengé les Français du désastre de l'année précédente à la Hogue.
D'Iberville vit ces merveilles; il contempla ces illustrations; il
entrevit ce roi qui avait les plus grandes qualités d'un souverain.
Louis XIV possédait un air d'autorité qui imposait le respect, et une
égalité de caractère qui gagnait les coeurs. Il savait dire à chacun, en
peu de mots, ce qui pouvait lui plaire, et en même temps, il montrait
cette délicatesse d'égards qui convient si bien à l'autorité souveraine.
Il ne lui arrivait jamais de faire en public, ni railleries, ni
reproches, ni menaces. Ouvert et sincère avec tous, il était doué du la
mémoire la plus heureuse des faits, des visages et des services rendus.
Tel était le souverain qui présidait aux destinées du la France, et qui
ravissait tous les grands génies de son entourage.
D'Iberville, charmé et gagné par tant d'amitié et de grandeur,
retourna à ses entreprises, plus dévoué que jamais aux intérêts de la
Nouvelle-France et à la gloire de la mère patrie.
[Illustration: Carte de Terre-Neuve.]