NOUVELLE EXPÉDITION A LA BAIE D'HUDSON.

Comme la navigation était encore possible, Frontenac, pour seconder les

derniers exploits, enjoignit à d'Iberville de partir pour aller croiser

dans la baie d'Hudson. Celui-ci partit aux premiers jours d'août avec

deux bâtiments, la _Sainte-Anne_ et le _Saint-François_, et le 24

septembre 1690, il abordait près de la rivière Sainte-Thérèse.

Ici se placent différents incidents qui montrent quelles étaient

l'habileté et la présence d'esprit de ce grand homme de guerre.

D'abord les Anglais voulurent le prendre par surprise; ils lui

envoyèrent des parlementaires pour fixer un lieu de conférence à

l'amiable. D'Iberville soupçonna quelque ruse; il accepta l'entrevue

et fit explorer les environs par ses hommes. L'on trouva deux canons

chargés à mitraille dirigés sur le lieu fixé pour l'entrevue.

D'Iberville tua les canonniers sur leurs pièces, puis se mit à la

poursuite des parlementaires, qu'il passa par les armes.

Quelques jours après, les Anglais voulurent recourir à la force; ils

firent sortir deux de leurs plus grands vaisseaux, l'un de vingt-deux

canons et l'autre de quatorze. D'Iberville feignit de fuir devant eux,

et ayant exactement calculé l'heure de la marée, il les attira sur la

haute mer au moment où la mer se retirait. Les deux vaisseaux anglais

s'échouèrent sur les rochers. Alors, avec la marée suivante, d'Iberville

revint sur les ennemis et les força d'amener pavillon.

Un troisième vaisseau fut enlevé par un acte d'audace incomparable.

D'Iberville avait envoyé quatre hommes pour signaler les bâtiments

anglais. Deux des explorateurs turent faits prisonniers. Les Anglais

prirent l'un de ces hommes, qui semblait le plus faible et le moins

résolu pour les aider dans la manoeuvre. Un jour que presque tous les

hommes étaient dans le haut de la mâture, le Canadien, n'en voyant que

deux sur le pont, sauta sur une hache et leur cassa la tête, puis il

délivra son compagnon; ensuite, armés de toutes pièces, ils montèrent

sur le pont et ils couchèrent en joue les autres matelots, les forçant

de venir se constituer prisonniers. Alors ils conduisirent sans délai

les vaisseaux à la côte, où la cargaison fut d'un grand secours.

Après ces exploits, le fort Sainte-Thérèse se trouvait privé d'une

grande partie de ses défenseurs. Alors d'Iberville le fit entourer et

dressa ses batteries. Il commença à canonner. Les Anglais, voyant qu'ils

ne pourraient résister, mirent le feu au fort pendant la nuit, puis

s'en allèrent se réfugier au fort Nelson à trente lieues de distance.

D'Iberville entra aussitôt dans le fort, et avec tant de promptitude,

qu'il put éteindre le feu et sauver les pelleteries, qui étaient

considérables.

Il laissa le fort sous le commandement de son jeune frère, et ayant

chargé le plus grand de ses bâtiments, le _Saint-François_, avec

toutes les pelleteries, il se dirigea vers Québec, et entra dans le

Saint-Laurent vers le milieu d'octobre 1690. M. d'Iberville se trouvait

vers les îles aux Coudres, lorsqu'il fut hélé par un bâtiment qui venait

à sa rencontre. C'était son frère, M. de Longueuil, qui avait été envoyé

par le gouverneur pour rencontrer les bâtiments qui venaient de France,

et pour les prévenir qu'une flotte anglaise assiégeait Québec, et qu'ils

devaient entrer dans le Saguenay pour se mettre à l'abri.

C'est alors que M. d'Iberville apprit tout ce qui venait d'arriver. Nous

croyons devoir en dire quelques mots. Nous donnerons donc le récit de M.

de Longueuil à son frère, sur les événements qui avaient eu lieu pendant

le séjour de M. d'Iberville à la baie d'Hudson.

[Illustration: Québec]

Histoire du Chevalier d'Iberville (1663-1706) · 第 31 / 73 题