INTRODUCTION

La Nouvelle-France, explorée en 1534 par Jacques Cartier, occupée par

Champlain en 1608, estimée à la plus haute valeur par de grands hommes

d'État, comme le président Jeannin, le cardinal de Richelien, l'illustre

Colbert, avait pu conquérir, dès la fin du XVIIe siècle, une importance

considérable.

Et en effet, cette colonie, confinée d'abord sur les rives du

Saint-Laurent, était devenue, vers l'année 1700, une domination

puissante. Elle s'étendait depuis Terre-Neuve jusqu'aux montagnes

Rocheuses, depuis la baie d'Hudson jusqu'au golfe du Mexique. Ainsi

elle formait un immense triangle présentant 900 lieues sur chaque face,

c'est-à-dire 400,000 lieues carrées, près de onze fois la surface du la

France.

Une si vaste contrée était aussi précieuse par l'abondance de ses

produits que par leur variété; elle offrait à la mère patrie une source

inépuisable de richesse.

A l'ouest, des forêts sans limites; au nord, la région des fourrures;

à l'est, les grandes pêcheries de Terre-Neuve; enfin au sud, un sol

fertile, un climat enchanteur, avec les produits incomparables des

tropiques.

De plus, la Nouvelle-France avait conquis une vie individuelle éminente

sous tous les rapports; elle avait offert une carrière héroïque à des

missionnaires intrépides, fourni des saints, recruté des communautés

nombreuses et exemplaires; elle avait révélé à l'admiration de la

métropole des hommes du plus grand mérite, comme Jacques Cartier,

Samuel de Champlain, du Maisonneuve, Le Ber, Talon, de Frontenac, de

Tonnancourt, de Montigny, de Boucherville, et enfin, cette admirable

famille des Le Moyne, qui ont été jugés dignes d'être salués du nom

glorieux de Macchabées du Canada.

A une époque comme la nôtre, où l'on a sagement reconnu l'importance des

entreprises coloniales et des établissements lointains; dans un temps

on l'on revient à ces oeuvres, on peut trouver intéressant et

souverainement utile de considérer comment une domination si grande a

été conquise, établie et développée.

Les premiers temps de l'occupation ont été largement exposés dans des

ouvrages considérables, comme ceux du P. Charlevoix, de M. Faillon,

de M. Garneau, de M. Ferland; enfin dans les oeuvres des premiers

navigateurs eux-mêmes: Jacques Cartier, Champlain, et M. de

Poutrincourt, qui ont rédigé leurs mémoires. Mais quand on arrive à la

période de l'accroissement même de la Nouvelle-France, à partir de 1680,

il est nécessaire de réunir, de rassembler les documents innombrables

disséminés dans un nombre infini d'ouvrages.

Pour bien connaître ces temps de transition, où la petite colonie du

Saint-Laurent atteignit l'étendue d'une domination presque aussi vaste

que l'Europe, il faut commencer par étudier quelques-uns des hommes

d'État et des hommes de guerre qui ont eu part à ces changements

extraordinaires.

Or, incontestablement, l'homme dont il faudrait d'abord s'occuper, c'est

celui qui a été le plus remarquable de tous, celui qui a eu la vie la

plus aventureuse et la destinée la plus glorieuse, qui a joué le rôle

le plus éminent, pendant trente ans, dans les plus grands événements du

pays. Celui-là, c'est l'illustre chevalier d'Iberville, de la famille

des Le Moyne; et nous croyons qu'il serait indispensable de le faire

connaître avant tous.

D'Iberville était né à Montréal, en 1662, dans la maison de son père,

Charles Le Moyne, sur la rue Saint-Joseph, où se trouve actuellement le

bureau de la Fabrique de l'église Notre-Dame. Il a eu la gloire d'être

associé aux plus grands évènements de ces premières années, et on peut

dire qu'il y a eu la part principale.

Il s'agissait de conquérir les richesses de cet immense continent, et

ces forêts dix fois séculaires qui couvraient au nord des cent mille

lieues carrées, et ces régions où se trouvent les pelleteries les plus

belles qu'il y ait au monde, et ces courants mystérieux de l'Océan

allant porter chaque année sur les côtes de l'Atlantique des millions

de bancs de poissons pour la subsistance de l'univers, et enfin ces

contrées du sud avec leurs sites enchanteurs, un climat délicieux, une

fertilité incomparable et tous les fruits du paradis terrestre.

Or, c'est ce que le chevalier d'Iberville a merveilleusement mis

à exécution. A l'âge de 22 ans, en 1684. il conduisit plusieurs

expéditions à la baie d'Hudson et prit tous les comptoirs anglais. Dès

lors, la France pouvait prétendre au monopole des forêts de l'Ouest et

du commerce des fourrures.

Dans son expédition à Terre-Neuve, en 1690, il rendit la mère patrie

maîtresse des marchés de l'Europe pour l'exploitation des pêcheries.

Enfin, par ses exploits dans les Antilles et dans le golfe du Mexique,

de 1700 à 1705, il avait conquis les plus beaux pays du monde.

N'en est-ce pas assez pour être tiré de l'oubli des années et pour être

proposé à l'attention des générations présentes?

Donc, dans l'espoir d'être utile à notre temps, nous voudrions que

l'on prît connaissance de cette oeuvre de réparation vis-à-vis d'un

colonisateur incomparable et d'un héros trop ignoré. C'est un grand

enseignement pour les esprits d'élite qui commencent à estimer

l'importance de nos ancienne colonies; c'est une gloire pour la marine

française, qui peut citer ce nom sur se même rang que ceux de Jean Bart,

Tourville ou Duguay-Trouin; c'est un honneur pour la ville de Montréal,

la plus grande cité de la colonie française, que de faire valoir celui

qui a été peut-être le plus illustre de ses enfants. On a déjà parlé de

lui consacrer, dans sa ville natale, une effigie qui serait si belle

avec le magnifique portrait que l'on a conservé de lui; mais, un

attendant, ne convient-il pas de montrer combien cet honneur lui est dû?

C'est dans ce but que nous consacrons cette monographie à la mémoire du

très illustre Pierre Le Moyne, citoyen de Montréal, sire d'Iberville,

chevalier des ordres du roi et commandant de ses vaisseaux.

VIE DU

CHEVALIER D'IBERVILLE

Histoire du Chevalier d'Iberville (1663-1706) · 第 1 / 73 题