Rien au monde ne nous est plus cher que la mémoire de notre père. Elle
a été, elle est encore tous les jours calomniée, outragée d'une
manière affreuse; aussi notre désir le plus ardent a-t-il toujours été
de voir l'histoire lui rendre justice.
Georges-Jacques Danton, notre père, se maria deux fois. Il épousa
d'abord, en juin 1787, Antoinette-Gabrielle Charpentier, qui mourut le
10 février 1793. Dans le cours de la même année 1793, nous ne
pourrions pas indiquer l'époque précise, il épousa en secondes noces
Mlle Sophie Gély, qui vivait encore il y a deux ans (nous ne savons
pas si elle est morte depuis). Notre père, en mourant, ne laissa que
deux fils issus de son premier mariage. Nous sommes nés, l'un le 18
juin 1790, et l'autre le 17 février 1792. Notre père mourut le 5 avril
1794; nous n'avons donc pas pu avoir le bonheur de recevoir ses
enseignements, ses confidences, d'être initiés à ses pensées, à ses
projets. Au moment de sa mort, tout chez lui a été saisi, confisqué,
et plus tard aucun de ses papiers, à l'exception de ses titres de
propriété, ne nous a été rendu. Nous avons été élevés par M.
François-Jérôme Charpentier, notre grand-père maternel et notre
tuteur. Il ne parlait jamais sans attendrissement de Danton, son
gendre. M. Charpentier, qui habitait Paris, y mourut en 1804, à une
époque où, sans doute, il nous trouvait encore trop jeunes pour que
nous puissions bien apprécier ce qu'il aurait pu nous raconter de la
vie politique de notre père, car il s'abstint de nous en parler. Du
reste, il avait environ quatre-vingts ans quand il mourut, et, dans
ses dernières années, son esprit paraissait beaucoup plus occupé de
son avenir dans un autre monde que de ce qui s'était passé dans
celui-ci. Après la mort de notre grand-père Charpentier, M. Victor
Charpentier, son fils, fut nommé notre tuteur. Il mourut en 1810.
Quoiqu'il habitât Paris, nous revînmes en 1805 à Arcis, pour ne plus
le quitter. La fin de notre enfance et le commencement de notre
jeunesse s'y écoulèrent auprès de la mère de notre père. Elle était
affaiblie par l'âge, les infirmités et les chagrins. C'était toujours
les yeux remplis de larmes qu'elle nous entretenait de son fils, des
innombrables témoignages d'affection qu'il lui avait donnés, des
tendres caresses dont il l'accablait. Elle fit de fréquents voyages à
Paris; il aimait tant à la voir à ses côtés! Il avait en elle une
confiance entière; elle en était digne, et, s'il eût eu des secrets,
elle les eût connus, et nous les eussions connus par elle. Très
souvent, elle nous parlait de la Révolution; mais, en embrasser tout
l'ensemble d'un seul coup d'oeil, en apprécier les causes, en suivre
la marche, en juger les hommes et les événements, en distinguer tous
les partis, deviner leur but, démêler les fils qui les faisaient agir,
tout cela n'était pas chose facile, on en conviendra: aussi, quoique
la mère de Danton eût beaucoup d'intelligence et d'esprit, on ne sera
pas surpris que, d'après ses récits, nous n'ayons jamais connu la
Révolution que d'une manière extrêmement confuse.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des choses qui se rapportent à nous;
cela, de notre part, peut paraître ridicule, mais cesse véritablement
de l'être quand on considère qu'il nous a fallu entrer dans ces
explications pour faire comprendre comment il se fait que nous,
enfants de Danton, nous ne puissions pas donner le moindre
éclaircissement sur aucun des grands événements dans lesquels il a
figuré. Sa mère, d'accord avec tous ceux qui nous ont si souvent parlé
de lui pour l'avoir connu, et que notre position sociale ne fera,
certes, pas suspecter de flatterie, sa mère nous l'a toujours dépeint
comme le plus honnête homme que l'on puisse rencontrer, comme l'homme
le plus aimant, le plus franc, le plus loyal, le plus désintéressé, le
plus généreux, le plus dévoué à ses parents, à ses amis, à son pays
natal et à sa patrie. Quoi d'étonnant, nous dira-t-on? Dans la bouche
d'une mère, que prouve un pareil éloge? Rien, sinon qu'elle adorait
son fils. On ajoutera: Est-ce que, pour juger un homme, la postérité
devra s'en rapporter aux déclarations de la mère et des fils de cet
homme? Non, sans doute, elle ne le devra pas, nous en convenons. Mais
aussi, pour juger ce même homme, devra-t-elle s'en rapporter aux
déclarations de ses ennemis? Elle ne le devra pas davantage. Et
pourtant, que ferait-elle, si, pour juger Danton, elle ne consultait
que les Mémoires de ceux qu'il a toujours combattus?
Justifier la vie politique de notre père, défendre sa mémoire, c'est
pour nous un devoir sacré. Pourquoi ne l'avons-nous pas rempli? C'est
parce que nous n'avons eu en notre possession aucun document,
absolument aucun, et que nous ne pourrions mettre en avant que des
allégations sans preuves écrites; mais nous allons réfuter une
accusation excessivement grave qui se rattache à sa vie privée. Nous
croyons qu'il nous sera facile de le faire victorieusement, car nos
principaux arguments auront pour base des actes authentiques.
Voici cette accusation. On a reproché à Danton d'avoir exploité la
Révolution pour amasser scandaleusement une fortune énorme. Nous
allons prouver d'une manière incontestable, que c'est à très grand
tort qu'on lui a adressé ce reproche. Pour atteindre ce but, nous
allons comparer l'état de sa fortune au commencement de la Révolution
avec l'état de sa fortune au moment de sa mort.
Au moment où la Révolution éclata, notre père était avocat aux
conseils du roi. C'est un fait dont il n'est pas nécessaire de fournir
la preuve: ses ennemis eux-mêmes ne le contestent pas. Nous ne pouvons
pas établir d'une manière précise et certaine ce qu'il possédait à
cette époque. Cependant nous disons que, s'il ne possédait rien autre
chose (ce qui n'est pas prouvé), _il possédait au moins sa charge_, et
voici sur ce point notre raisonnement:
1° Quelques notes qui sont en notre possession nous prouvent que
Jacques Danton, notre grand-père, décédé à Arcis, le 24 février 1762,
laissa des immeubles sur le finage de Plancy et sur celui d'Arcis; il
est donc présumable que notre père, né le 26 octobre 1759, et par
conséquent resté mineur en très bas âge, a dû posséder un patrimoine
quelconque, si modique qu'on veuille le supposer.
2° Si, avant la Révolution, on pouvait être reçu avocat quand on avait
vingt et un ans accomplis (ce que nous ignorons), notre père aura pu
être avocat vers 1780; en admettant qu'il fallût avoir vingt-cinq ans,
il aura pu être avocat vers la fin de 1784. Il devint ensuite avocat
aux conseils du roi en 1787; il était donc possible que, avant 1789,
il eût déjà fait quelques bénéfices, tant comme avocat au Parlement,
que comme avocat aux conseils, et que, sur ces bénéfices, il eût fait
quelques économies.
3° Il y a lieu de penser qu'en épousant notre mère, il reçut une dot
quelconque. Eh bien, nous avons toujours cru qu'il paya sa charge aux
conseils du roi, tant avec cette dot qu'avec le peu d'économies qu'il
pouvait avoir faites sur ce qu'il avait pu gagner d'abord comme avocat
au Parlement, ensuite comme avocat aux conseils, et qu'avec le peu de
patrimoine qu'il devait posséder. Vous faites une supposition, nous
dira-t-on? C'est vrai, c'est une supposition, puisque nous n'apportons
pas les preuves de ce que nous venons d'avancer; mais si ses ennemis
ne veulent pas admettre avec nous que notre supposition soit une
réalité, il faudra que, de leur côté, ils supposent que notre père
n'avait pas le moindre patrimoine, qu'il n'avait fait aucun bénéfice,
tant en qualité d'avocat au Parlement qu'en qualité d'avocat aux
conseils; que, s'il avait fait des bénéfices il n'avait pas fait
d'économies; enfin qu'ils supposent que sa femme en l'épousant ne lui
a pas apporté de dot. A moins qu'ils ne prouvent tout cela, ils feront
aussi une supposition. Or, nous le demandons à toutes les personnes
qui sont de bonne foi et sans prévention, notre supposition est-elle
plus vraisemblable que celle des ennemis de notre père? Oui, sans
doute. Nous l'admettons donc comme un fait prouvé, et nous disons:
Danton n'était pas riche au commencement de la Révolution, mais, s'il
ne possédait rien autre chose (ce qui n'est pas prouvé), il possédait
au moins sa charge d'avocat aux conseils du roi. Maintenant Danton
est-il riche au moment de sa mort? c'est ce que nous allons examiner.
Nous allons établir que ce qu'il possédait au moment de sa mort
n'était que l'équivalent à peu près de sa charge d'avocat aux
conseils. Nous n'avons jamais su s'il a été fait des actes de partage
de son patrimoine et de celui de ses femmes, ni si, au moment de la
confiscation de ses biens, il en a été dressé inventaire, mais nous
savons très bien et très exactement ce que nous avons recueilli de sa
succession, et nous allons le dire, sans rester dans le vague sur
aucun point, car c'est ici que, comme nous l'avons annoncé, nos
arguments vont être basés sur des actes authentiques.
Nous ferons observer que l'état que nous allons donner comprend sans
distinction ce qui vient de notre père et de notre mère.
Une loi de février 1791 ordonna que le prix des charges et offices
supprimés serait remboursé par l'État aux titulaires. La charge que
Danton possédait était de ce nombre. Nous n'avons jamais su, pas même
approximativement, combien elle lui avait coûté. Il en reçut le
remboursement sans doute, car précisément vers cette époque, il
commença à acheter des immeubles dont voici le détail:
Le 24 mars 1791, il achète aux enchères, moyennant quarante-huit mille
deux cents livres, un bien national provenant du clergé, consistant en
une ferme appelée Nuisement, située sur le finage de Chassericourt,
canton de Chavanges, arrondissement d'Arcis, département de l'Aube, à
sept lieues d'Arcis. Le titre de propriété de cette ferme n'est plus
entre nos mains, en voici la raison: afin de payer le prix
d'acquisition d'une filature de coton, nous avons vendu cette ferme à
M. Nicolas Marcheré-Lavigne, par acte passé par-devant maître Jeannet,
notaire à Arcis, en date du vingt-trois juillet mil huit cent treize,
moyennant quarante-trois mille cinq cents francs, savoir trente mille
francs portés au contrat, et treize mille francs que nous avons reçus
en billets. Nous avons remis le titre de propriété à l'acquéreur.
Danton avait acheté cette ferme la somme de quarante-huit mille deux
cents livres, ci...... 48.200 liv.
12 avril 91.--Il achète aux enchères du district d'Arcis, par
l'entremise de maître Jacques Jeannet-Boursier, son mandataire et son
cousin, moyennant quinze cent soixante quinze livres, qu'il paye le
vingt du même mois, un bien national provenant du clergé consistant en
une pièce de prés contenant un arpent quatre denrées, situé sur le
finage du Chêne, lieu dit Villieu, ci...... 1.575 liv.
12 avril 91.--Il achète encore aux enchères du district d'Arcis, par
l'entremise de maître Jeannet-Boursier, moyennant six mille sept cent
vingt-cinq livres, qu'il paya le lendemain, un bien national provenant
du clergé, consistant en une pièce de pré et saussaie contenant huit
arpents, situé sur le finage de Torcy-le-Petit, lieu dit Linglé,
ci...... 6.725 liv.
13 avril 91.--Mademoiselle Marie-Madeleine Piot de Courcelles,
demeurant à Courcelles, par acte passé ce jour-là par-devant maître
Odin, notaire à Troyes, vend à Georges-Jacques Danton, administrateur
du département de Paris, ce acceptant M. Jeannet-Boursier, moyennant
vingt-cinq mille trois cents livres qu'il paye comptant, un bien
patrimonial n'ayant absolument rien de seigneurial, malgré les
apparences qui pourraient résulter du nom de la venderesse, et
consistant en une maison, cour, jardin, canal, enclos et dépendances,
situés à Arcis-sur-Aube, place du Grand-Pont, le tout contenant
environ neuf arpents, trois denrées, quatorze carreaux, ci...... 25.300
liv.
Nota.--Voilà la modeste propriété que les ennemis de Danton décoraient
du nom pompeux de sa terre d'Arcis, par dérision peut-être, mais
plutôt pour le dépopulariser et jeter sur lui de l'odieux en faisant
croire que, devenu tout à coup assez riche pour acheter et pour payer
la terre d'Arcis, Danton, le républicain, n'avait pas mieux demandé
que de se substituer à son seigneur. La vérité est que la terre
d'Arcis (et il n'y en a qu'une, consistant en un château avec
dépendances considérables) n'a pas cessé un instant depuis plus d'un
siècle d'appartenir à la famille de la Briffe, qui en possède
plusieurs. Depuis l'an 1840 seulement, cette famille a vendu les
dépendances et n'a gardé que le château avec son parc.
28 octobre 91.--Il achète, non par un mandataire, mais par lui-même,
de M. Béon-Jeannet, par acte passé par-devant maître Finot, notaire à
Arcis, moyennant deux mille deux cent cinquante livres qu'il paye
comptant, un bien patrimonial consistant en cinq petites pièces de
bois, situées sur le finage d'Arcis et sur celui du Chêne, et
contenant ensemble deux arpents, deux denrées, ci...... 2.250 liv.
7 novembre 91.--Il achète de M. Gilbert-Lasnier, par acte passé
par-devant maître Finot, notaire à Arcis, moyennant deux cent quarante
livres qu'il paye comptant, une denrée, vingt-cinq carreaux de jardin,
pour agrandir la propriété qu'il a acquise de mademoiselle Piot,
ci...... 240 liv.
Par le même acte il achète aussi, moyennant quatre cent soixante
livres qu'il paye aussi comptant, deux denrées de bois que plus tard
(le 3 avril 93), il donne en échange d'une denrée, soixante-quatre
carreaux de bois, qu'il réunit à la propriété de mademoiselle Piot,
ci...... 460 liv.
8 novembre 91.--Il achète de M. Bouquet-Béon, par acte passé
par-devant maître Finot, notaire à Arcis, moyennant deux cent dix
livres qu'il ne paye que le 10 juin 1793, un jardin dont la contenance
n'est pas indiquée et qu'il réunit à la propriété de mademoiselle
Piot, ci...... 210 liv.
Total du prix de toutes les acquisitions d'immeubles faites par Danton
en mil sept cent quatre-vingt onze: quatre-vingt-quatre mille neuf
cent soixante livres, ci...... 84.960 liv.
On doit remarquer qu'il est présumable que la plus grande partie de
ces acquisitions a dû être payée en assignats, qui, à cette époque,
perdaient déjà de leur valeur et dont, par conséquent, la valeur
nominale était supérieure à leur valeur réelle en argent, d'où il
résulterait que le prix réel en argent des immeubles ci-dessus
indiqués aurait été inférieur à 84.960 livres.
Depuis cette dernière acquisition du 8 novembre 1791 jusqu'à sa mort,
Danton ne fit plus aucune acquisition importante. Il acheta
successivement en 1792 et 1793 un nombre assez considérable de
parcelles très peu étendues et dont nous croyons inutile de donner ici
le détail qui, par sa longueur et par le peu d'importance de chaque
article, deviendrait fastidieux (nous pourrions le fournir s'il en
était besoin). Il fit aussi des échanges. Nous pensons qu'il suffit de
dire que, en ajoutant ces parcelles à ce que Danton avait acheté en
1791, on trouve que les immeubles qui, au moment de sa mort,
dépendaient tant de sa succession que de celle de notre mère, et qui
nous sont parvenus, se composaient de ce qui suit, savoir:
1° De la ferme de Nuisement (vendue par nous le 23 juillet 1813);
2° De sa modeste et vieille maison d'Arcis, avec sa dépendance, le
tout contenant non plus 9 arpents, 3 denrées, 14 carreaux (ou bien 4
hectares, 23 ares, 24 centiares) seulement, comme au 13 avril 1791,
époque où il en fit l'acquisition de mademoiselle Piot, mais par suite
des additions qu'il y avait faites, 17 arpents, 3 denrées, 52 carreaux
(ou bien 786 ares, 23);
3° De 19 arpents, 7 denrées, 41 carreaux (808 ares, 06) de pré et
saussaie;
4° De 8 arpents, 1 denrée, 57 carreaux (369 ares, 96) de bois;
5° De 2 denrées, 40 carreaux (14 ares, 07) de terre située dans
l'enceinte d'Arcis.
Nous déclarons à qui voudra l'entendre et au besoin nous déclarons
_sous la foi du serment_, que nous n'avons recueilli de la succession
de Georges-Jacques Danton, notre père, et d'Antoinette-Gabrielle
Charpentier, notre mère, rien, absolument rien autre chose que les
immeubles dont nous venons de donner l'état, que quelques portraits de
famille et le buste en plâtre de notre mère, lesquels, longtemps après
la mort de notre second tuteur, nous furent remis par son épouse, et
que quelques effets mobiliers qui ne méritent pas qu'on en fasse
l'énumération ni la description; mais que nous n'en avons recueilli
aucune somme d'argent, aucune créance, en un mot rien de ce qu'on
appelle valeurs mobilières, à l'exception pourtant d'une rente de 100
francs 5 p. 100 dont MM. Defrance et Détape, receveurs de rentes à
Paris, rue Chabannais, n° 6, ont opéré la vente pour nous le 18 juin
1825, rente qui avait été achetée pour nous par l'un de nos tuteurs.
Nous n'avons recueilli que cela de la succession de notre père et de
notre mère; il est donc évident qu'ils ne possédaient rien autre
chose, ni dans le département de l'Aube, ni ailleurs.
Si nous possédons aujourd'hui quelques immeubles qui ne fassent pas
partie de l'état qui précède, c'est que nous les avons achetés ou bien
que nous les avons eus en partage de la succession de Jeanne-Madeleine
Camut, notre grand'mère, décédée à Arcis au mois d'octobre 1813, veuve
en premières noces de Jacques Danton, notre grand-père, et, en
secondes noces de Jean Recordain, qu'elle avait épousé en 1770. Les
livres de l'enregistrement et les matrices cadastrales peuvent fournir
la preuve de ce que nous venons d'avancer.
On pourra nous faire une objection qui mérite une réponse; on pourra
nous dire: "Vous n'avez recueilli de la succession de votre père et de
votre mère que les immeubles et les meubles dont vous venez de faire
la déclaration, mais cela ne prouve pas que la fortune de votre père,
au moment de sa mort, ne se composât que de ces seuls objets; car sa
condamnation ayant entraîné la confiscation de tous ses biens sans
exception, la République a pu en vendre et en a peut-être vendu pour
des sommes considérables. Vous n'avez peut-être recueilli que ce
qu'elle n'a pas vendu."
Voici notre réponse:
Les meubles et les immeubles confisqués à la mort de notre père dans
le département de l'Aube et non vendus, furent remis en notre
possession par un arrêté de l'administration de ce département, en
date du 24 germinal an IV (13 avril 1796), arrêté dont nous avons une
copie sous les yeux, arrêté pris en conséquence d'une pétition
présentée par notre tuteur, arrêté basé sur la loi du 14 floréal an
III (3 mai 1795), qui consacre le principe de la restitution des biens
des condamnés par les tribunaux et les commissions révolutionnaires,
basé sur la loi du 21 prairial an III (9 juin 1796), qui lève le
séquestre sur ces biens et en règle le mode de restitution; enfin,
arrêté basé sur la loi du 13 thermidor an III (31 juillet 1795), dont
il ne rappelle pas les dispositions.
L'administration du département de l'Aube, dans la même délibération,
arrête que le produit des meubles et des immeubles qui ont été vendus
et des intérêts qui ont été perçus depuis le 14 floréal an III (3 mai
1795), montant à la somme de douze mille quatre cent cinq livres
quatre sous quatre deniers, sera restitué à notre tuteur, en bons au
porteur admissibles en payement de domaines nationaux provenant
d'émigrés seulement. Nous ne savons pas si notre tuteur reçut ces bons
au porteur; s'il les reçut, quel usage il en fit; nous savons
seulement qu'il n'acheta pas de biens d'émigrés. Il résulte évidemment
de cet arrêté de l'administration du département de l'Aube, que dans
ce département le produit des meubles et immeubles provenant de Danton
et vendus au profit de la République, ne s'est pas élevé au-dessus de
12,405 livres 4 sous 4 deniers. C'était le total de l'état de
réclamation présenté par notre tuteur dans sa pétition, et tout le
monde pensera, comme nous, qu'il n'aura pas manqué de faire valoir
tous nos droits. On peut remarquer que dans cet arrêté il est dit que
ces 12.405 livres sont le montant du produit des meubles et des
immeubles vendus, et des intérêts qui ont été perçus depuis le 14
floréal an III (3 mai 1795); ces 12.405 livres ne se composaient donc
pas en entier du prix des meubles et des immeubles vendus; les
_intérêts_ perçus y entraient donc pour quelque chose, sans que
nous sachions pour quelle somme. Nous avons entre les mains les
expéditions de vingt procès-verbaux qui constatent que le 11 messidor
an II (29 juin 1794) il a été vendu, moyennant cinq mille sept cent
vingt-cinq livres, vingt pièces de terre labourable contenant ensemble
environ onze arpents, deux denrées (ou bien 506 ares, 70), situées sur
les finages d'Arcis, de la Villette, de Saint-Étienne et de Torcy. En
a-t-il été vendu un plus grand nombre? Nous l'ignorons. Mais cela ne
fait que 5.725 livres, sur les 12.405 dont la restitution à notre
profit a été ordonnée. De quoi se composaient les 6.680 restants?
Était-ce du prix de meubles et d'immeubles vendus, ou d'intérêts
perçus? Nous n'en savons rien, mais peu importe. Les 12.405 livres, si
on le veut, provenaient en entier du prix d'immeubles vendus;
admettons-le. Dans ce cas, pour avoir le total de ce que notre père
possédait au moment de sa mort, il faudrait ajouter 12.405 livres à ce
que nous avons recueilli de sa succession. Mais, si d'un côté on doit
ajouter 12.405 livres, d'un autre côté on doit retrancher 16.065
livres qui restaient dues aux personnes qui ont vendu a notre père les
immeubles dont nous avons hérité. Nous pourrions, s'il était
nécessaire, fournir le détail de ces 16.065 livres avec pièces à
l'appui. Elles ont été payées plus tard par notre tuteur, et, pour les
payer, il n'aura pas manqué sans doute de faire emploi, autant qu'il
aura pu, des 12.405 livres de bons an porteur dont la restitution
avait été ordonnée à notre profit, par l'arrêté de l'administration du
département de l'Aube, en date du 24 germinal an IV.
Il est donc établi d'abord que, dans le département de l'Aube, le prix
des meubles et des immeubles qui ont été vendus n'a pas pu s'élever
au-dessus de 12.405 livres; ensuite que notre père, au moment de sa
mort, devait encore 16.065 livres sur le prix d'acquisition des
immeubles qu'il y possédait.
Voilà pour ce qui concerne le département de l'Aube. Notre tuteur
a-t-il eu à faire, pour notre compte, des réclamations dans quelques
autres départements? C'est possible, il est même présumable qu'il en a
eu à faire relativement à des objets mobiliers; il était trop soigneux
de nos intérêts pour que nous puissions croire qu'il ait négligé
quelque chose de ce qui s'y rattachait. Mais les sommes dont il a dû
obtenir la restitution ont été sans doute peu considérables, car il
n'en est rien parvenu jusqu'à nous dans la succession de notre père.
D'un autre côté, s'il eût possédé des immeubles dans les départements
autres que celui de l'Aube, il fût arrivé de deux choses l'une: 1° ou
bien ces immeubles n'eussent pas été vendus; alors nous les
posséderions encore aujourd'hui, puisque, à l'exception de la ferme de
Nuisement, dont nous avons parlé, nous n'avons jamais vendu
d'immeubles; eh bien, nous n'en possédons aucun hors du département de
l'Aube; 2° ou bien ils eussent été vendus par la République à son
profit; dans ce cas, la République nous en eût plus tard restitué le
prix, comme elle l'a fait pour ceux qui ont été vendus dans le
département de l'Aube, et nous eussions retrouvé ce prix dans la
succession de notre père, soit en valeurs immobilières achetées par
nos tuteurs, pour emploi, soit en valeurs mobilières. Eh bien, nous
l'avons déclaré précédemment, nous n'avons presque rien recueilli en
valeurs mobilières; et, en immeubles, nous n'en avons recueilli aucun
qui n'ait été acheté du vivant de notre père, et qui ne fasse partie
de l'état que nous avons fourni.
Nous croyons avoir répondu complètement et victorieusement à
l'objection précédemment faite.
Notre raisonnement était donc logique quand nous disions: nous n'avons
recueilli que cela de la succession de notre père et de notre mère, il
est donc évident qu'ils ne possédaient rien autre chose, ni dans le
département de l'Aube, ni ailleurs. Toutefois, nous ferons remarquer
que, en raisonnant ainsi, nous avons fait abstraction et des 12.405
livres qu'il eût fallu ajouter à leur avoir, et des 16.065 livres
qu'il eût fallu retrancher pour établir un compte rigoureusement
exact.
Nous avons prouvé d'abord que, si Danton n'était pas riche an
commencement de la Révolution, il possédait au moins sa charge
d'avocat aux conseils du Roi; ensuite, par l'état que nous avons
établi de sa fortune au moment de sa mort, nous avons prouvé qu'on
peut regarder ce qu'il possédait à ce moment comme étant à peu près
l'équivalent de sa charge, dont il avait reçu le remboursement. Si
nous avons prouvé tout cela (comme nous n'en doutons pas); nous avons
prouvé aussi que c'est à très grand tort qu'on lui a reproché d'avoir
exploité la Révolution pour amasser une fortune énorme et scandaleuse.
Certes, on en conviendra, il a bien pu parvenir au degré d'_opulence_
qu'il avait atteint sans se rendre coupable des actes infâmes, des
monstrueux et innombrables forfaits que les atroces calomnies de nos
ennemis et l'odieux et inique rapport de Saint-Just lui ont si
perfidement et si faussement imputés.
Maintenant nous allons citer quelques faits authentiques qui pourront
faire apprécier la bonté de son coeur. Nous avons vu précédemment que
ce fut en mars et en avril 1791 qu'il acheta la majeure partie, on
pourrait même dire la presque totalité des immeubles qu'il possédait
quand il mourut.
Voici un des sentiments qui agitaient son coeur en mars et en avril
1791. Il désirait augmenter la modeste aisance de sa mère, de sa bonne
mère qu'il adorait. Veut-on savoir ce qu'il s'empressa de faire à son
entrée en jouissance de ces immeubles qu'il venait d'acheter? Jetons
un regard sur l'acte que nous tenons dans les mains. Il a été passé le
15 avril 1791 (deux jours après la vente faite à Danton par Mlle Piot)
par-devant Me Odin qui en a gardé la minute, et Me Étienne son
collègue, notaires à Troyes. Danton y fait donation entre vifs, pure,
simple et irrévocable, à sa mère, de six cents livres de rentes
annuelles et viagères, payables de six mois en six mois, dont les
premiers six mois payables au 15 octobre 1791. Sur cette rente de 600
livres, Danton veut qu'en cas de décès de sa mère, 400 livres soient
réversibles sur M. Jean Recordain, son mari (M. Recordain était un
homme fort aisé lorsqu'il épousa la mère de Danton; il était
extrêmement bon; sa bonté allait même jusqu'a la faiblesse, puisque,
par sa complaisance pour de prétendus amis dont il avait endossé des
billets, il perdit une grande partie de ce qu'il avait apporté en
mariage; néanmoins, c'était un si excellent homme, il avait toujours
été si bon pour les enfants de Jacques Danton, qu'ils le regardaient
tous comme leur véritable père; aussi Danton, son beau-fils, avait-il
pour lui beaucoup d'affection). Le vif désir que ressent Danton de
donner aux donataires des marques certaines de son amitié pour eux,
est la seule cause de cette donation. Cette rente viagère est à
prendre sur la maison et sur ses dépendances, situées à Arcis, que
Danton vient d'acquérir le 13 avril 1791. Tel fut son premier acte de
prise de possession.
On remarquera que cette propriété, au moment où mademoiselle Piot la
vendit, était louée par elle à plusieurs locataires qui lui payaient
ensemble la somme de 600 livres annuellement. Si Danton eût été riche
et surtout aussi riche que ses ennemis ont voulu le faire croire, son
grand coeur ne se fût pas contenté de faire à sa mère une pension si
modique. Pour faire cette donation, Danton aurait pu attendre qu'il
vint à Arcis, mais il était si pressé d'obéir au sentiment d'amour
filial qu'il éprouvait que, dès le 17 mars 1791, il avait donné à cet
effet une procuration spéciale à M. Jeannet-Bourcier, qui exécuta son
mandat deux jours après avoir acheté pour Danton la propriété de
mademoiselle Piot. Aussitôt que la maison était devenue vacante et
disponible, Danton, qui aimait tant à être entouré de sa famille,
avait voulu que sa mère et son beau-père vinssent l'habiter, ainsi que
M. Menuel, sa femme et leurs enfants. (M. Menuel avait épousé la soeur
aînée de Danton.)
Au 6 août 1792, Danton était à Arcis; on était à la veille d'un grand
événement qu'il prévoyait sans doute. Au Milieu des mille pensées qui
doivent alors l'agiter, au milieu de l'inquiétude que doivent lui
causer les périls auxquels il va s'exposer, quelle idée prédomine,
quelle crainte vient l'atteindre? Il pense à sa mère, il craint de
n'avoir pas suffisamment assuré son sort et sa tranquillité; en voici
la preuve dans cet acte passé le 4 août 1792 par-devant Me Pinot,
notaire à Arcis. Q'y lit-on? "Danton voulant donner à sa mère des
preuves des sentiments de respect et de tendresse qu'il a toujours eus
pour elle, il lui assure, sa vie durant, une habitation convenable et
commode, lui fait donation entre-vifs, pure, simple et irrévocable, de
l'usufruit de telles parts et portions qu'elle voudra choisir dans la
maison et dépendances situées a Arcis, rue des Ponts, qu'il a acquise
de mademoiselle Piot de Courcelles, et dans laquelle maison, sa mère
fait alors sa demeure, et de l'usufruit de trois denrées de terrain à
prendre dans tel endroit du terrain qu'elle voudra choisir, pour jouir
desdits objets à compter du jour de la donation." Si M. Jean Recordain
survit à sa femme, donation lui est faite par le même acte de
l'usufruit de la moitié des objets qu'aura choisis et dont aura joui
sa femme.
Nous n'avons pas connaissance que Danton ait jamais fait d'autres
dispositions en faveur de sa mère ni de son beau-père. Nous le
répétons, si Danton eût été riche, et surtout s'il eût été aussi riche
que ses ennemis ont voulu le faire croire, son grand coeur ne se fût
pas contenté de faire à sa mère et à son beau-père des dons si
modiques; nous sommes intimement persuadés que sa générosité envers
eux eût été en proportion de sa fortune.
Voici encore une pièce, peu importante en elle-même à la vérité, mais
qui honore Danton et qui prouve sa bonté; c'est une pétition en date
du 30 thermidor an II (17 août 1794), adressée aux citoyens
administrateurs du département de Paris, par Marguerite Hariot (veuve
de Jacques Geoffroy, charpentier à Arcis), qui expose que, par acte
passé devant Me Finot, notaire à Arcis, le 11 décembre 1791, Danton,
dont elle était la nourrice, lui avait assuré et constitué une rente
viagère de cent livres dont elle devait commencer à jouir à partir du
jour du décès de Danton, ajoutant que, de son vivant, il ne bornerait
pas sa générosité à cette somme. Elle demande, en conséquence, que les
administrateurs du département de Paris ordonnent que cette rente
viagère lui soit payée à compter du jour du décès et que le principal
en soit prélevé sur ses biens confisqués au profit de la République.
Nous ne savons pas ce qui fut ordonné. Cette brave femme que notre
père ne manquait jamais d'embrasser avec effusion et à plusieurs
reprises chaque fois qu'il venait à Arcis, ne lui survécut que pendant
peu d'années.
La recherche que nous avons faite dans les papiers qui nous sont
restés de la succession de notre grand'mère Recordain, papiers dont
nous ne pouvons pas avoir la totalité, ne nous a fourni que ces trois
pièces _authentiques_ qui témoignent en faveur de la bonté de Danton
dans sa vie privée. Quant aux traditions orales que nous avons pu
recueillir, elle sont en petit nombre et trop peu caractéristiques
pour être rapportées. Nous dirons seulement que Danton aimait beaucoup
la vie champêtre et les plaisirs qu'elle peut procurer. Il ne venait à
Arcis que pour y jouir, au milieu de sa famille et de ses amis, du
repos, du calme et des amusements de la campagne. Il disait dans son
langage sans recherche, à madame Recordain, en l'embrassant: "Ma bonne
mère, quand aurai-je le bonheur de venir demeurer auprès de vous pour
né plus vous quitter, et n'ayant plus à penser qu'à planter mes
choux?"
Nous ne savons pas s'il avait des ennemis ici, nous ne lui en avons
jamais connu aucun. On nous a très souvent parlé de lui avec éloge;
mais nous n'avons jamais entendu prononcer un mot qui lui fût
injurieux, ni même défavorable, pas même quand nous étions au collège;
là pourtant les enfants, incapables de juger la portée de ce qu'ils
disent, n'hésitent pas, dans une querelle occasionnée par le motif le
plus frivole, à s'adresser les reproches les plus durs et les plus
outrageants. Nos condisciples n'avaient donc jamais entendu attaquer
la mémoire de notre père. Il n'avait donc pas d'ennemis dans son pays.
Nous croyons ne pas devoir omettre une anecdote qui se rapporte à sa
vie politique. Nous la tenons d'un de nos amis qui l'a souvent entendu
raconter par son père, M. Doulet, homme très recommandable et très
digne de foi, qui, sous l'Empire, fut longtemps maire de la ville
d'Arcis. Danton était à Arcis dans le mois de novembre 1793. Un jour,
tandis qu'il se promenait dans son jardin avec M. Doulet, arrive vers
eux une troisième personne marchant à grands pas, tenant un papier à
la main (c'était un journal) et qui, aussitôt qu'elle fut à portée de
se faire entendre, s'écrie: Bonne nouvelle! bonne nouvelle! et elle
s'approche.--Quelle nouvelle? dit Danton.--Tiens, lis! les Girondins
sont condamnés et exécutés, répond la personne qui venait
d'arriver.--Et tu appelles cela une bonne nouvelle, malheureux?
s'écrie Danton à son tour, Danton, dont les yeux s'emplissent aussitôt
de larmes. La mort des Girondins une bonne nouvelle? Misérable!--Sans
doute, répond son interlocuteur, n'était-ce pas des factieux?--Des
factieux, dit Danton. Est-ce que nous ne sommes pas des factieux? Nous
méritons tous la mort autant que les Girondins; nous subirons tous,
les uns après les autres, le même sort qu'eux. Ce fut ainsi que
Danton, le Montagnard, accueillit la personne qui vint annoncer la
mort des Girondins, auxquels tant d'autres, en sa place, n'eussent pas
manqué de garder rancune.
Avec une âme comme la sienne, il est impossible de ne pas être un
honnête homme, nos coeurs nous le disent, et jamais rien n'ébranlera
une de nos plus fermes et de nos plus douces croyances en ce monde,
celle de devoir la vie à un père qui fut non seulement un homme
d'esprit, de génie, d'un grand courage, grand orateur, grand citoyen,
aimant sincèrement et passionnément son pays, mais qui fut avant tout
un homme probe. Que n'avons-nous son éloquence pour faire passer dans
l'esprit de nos citoyens nos convictions, et pour leur faire partager
nos sentiments!
Mais la tâche; qu'à notre grand regret nous ne remplissons pas, parce
qu'elle est au-dessus de nos forces et de nos talents, d'autres plus
puissants et plus capables la rempliront. Mieux vaudrait mourir à
l'instant que d'en perdre l'espérance. Oui, Danton, un jour toutes lés
calomnies accumulées sur toi par l'erreur, par l'envie, par la haine,
viendront expirer aux pieds de la vérité mise à nu par des orateurs,
par des écrivains consciencieux, impartiaux, éclairés, éloquents. Oui,
un jour la France reconnaîtra que tous tes actes politiques ont pris
naissance dans de louables sentiments, dans ton ardent amour pour
elle, dans le plus violent désir de son salut et du triomphe de la
liberté! Oui, un jour la France appréciera toute l'immensité de ton
dévouement qui te porta _jusqu'à vouloir lui faire le sacrifice de ta
mémoire_: sacrifice cent fois, mille fois plus grand que celui de la
vie! Dévouement sans exemple dans l'histoire! La France aujourd'hui si
belle, si florissante, te placera alors au rang qui t'appartient parmi
ses enfants généreux, magnanimes, dont les efforts intrépides, inouïs,
sont parvenus à lui ouvrir, au milieu de difficultés et de dangers
innombrables, un chemin à la liberté, à la gloire, au bonheur. Un
jour, enfin, Danton, justice complète sera rendue à ta mémoire!
Puissent tes fils, avant de descendre dans la tombe, voir ce beau
jour, ce jour tant désiré!