(1er décembre 1793)
Dans la séance du 1er décembre, la Convention décréta sur certains
arrêtés rigoureux pris en matière financière, soit sur l'or, soit sur
les assignats, par des représentants en mission. Danton s'éleva contre
l'arbitraire possible de pareilles manoeuvres.
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Cambon nous a fait une déclaration solennelle et qu'il faut répéter;
c'est que nous avons au trésor public de l'or, de quoi acquérir du
pain et des armes, autant que le commerce neutre pourra nous en
fournir. D'après cela, nous ne devons rien faire précipitamment en
matière de finances. C'est toujours avec circonspection que nous
devons toucher à ce qui a sauvé la République. Quelque intérêt
qu'eussent tous nos ennemis à faire tomber l'assignat, il est resté,
parce que sa valeur a pour base le sol entier de la République. Nous
pourrons examiner à loisir, et méditer mûrement la théorie du comité.
J'en ai raisonné avec Cambon. Je lui ai développé des inconvénients
graves dont il est convenu avec moi. N'oublions jamais qu'en pareille
matière des résultats faux compromettraient la liberté.
Cambon nous a apporté des faits. Des représentants du peuple ont rendu
des lois de mort pour l'argent. Nous ne saurions nous montrer assez
sévères sur de pareilles mesures, et surtout à l'égard de nos
collègues. Maintenant que le fédéralisme est brisé, les mesures
révolutionnaires doivent être une conséquence nécessaire de nos lois
positives. La Convention a senti l'utilité d'un supplément de mesures
révolutionnaires; elle l'a décrété: dès ce moment, tout homme qui se
fait ultra-révolutionnaire donnera des résultats aussi dangereux que
pourrait le faire le contre-révolutionnaire décidé. Je dis donc que
nous devons manifester la plus vive indignation pour tout ce qui
excédera les bornes que je viens d'établir.
Déclarons que nul n'aura le droit de faire arbitrairement la loi à un
citoyen; défendons contre toute atteinte ce principe: que la loi
n'émane que de la Convention, qui seule a reçu du peuple la faculté
législative; rappelons ceux de nos commissaires qui, avec de bonnes
intentions sans doute, ont pris les mesures qu'on nous a rapportées,
et que nul représentant du peuple ne prenne désormais d'arrêté qu'en
concordance avec nos décrets révolutionnaires, avec les principes de
la liberté, et d'après les instructions qui lui seront transmises par
le Comité de salut public. Rappelons-nous que si c'est avec la pique
que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on
peut élever et consolider l'édifice de la société. Le peuple nous
félicite chaque jour sur nos travaux; il nous a signifié de rester à
notre poste: c'est parce que nous avons fait notre devoir.
Rendons-nous de plus en plus dignes de la confiance dont il s'empresse
de nous investir; faisons seuls la loi et que nul ne nous la donne.
J'insiste sur le rappel et l'improbation des commissaires qui ont pris
l'arrêté qui vous a été dénoncé.
Enfin je demande que le Comité de salut public soit chargé de notifier
à tous les représentants du peuple qui sont en commission, qu'ils ne
pourront prendre aucune mesure qu'en conséquence de vos lois
révolutionnaires et des instructions qui leur seront données.
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Fayau, ayant parlé en faveur des mesures révolutionnaires extrêmes
nécessitées dans certains départements, fit observer que le Comité de
salut public en pouvait juger, puisque les représentants en mission
lui communiquaient leurs arrêtés dans les vingt-quatre heures. Danton
répondit, et, quoique admettant les motifs de Fayau, il en contesta
l'urgence tout en demandant une application rigoureuse des mesures
révolutionnaires:
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Je suis d'accord sur l'action prolongée et nécessaire du mouvement et
de la force révolutionnaires. Le Comité de salut public examinera
celles qui seront nécessaires et utiles; et s'il est utile d'ordonner
la remise de l'or et de l'argent, sous peine de mort, nous le
ratifierons, et le peuple le ratifiera avec nous; mais le principe que
j'ai posé n'en est pas moins constant: c'est au Comité de salut public
à diriger les mesures révolutionnaires sans les resserrer; ainsi tout
commissaire peut arrêter les individus, les imposer même, telle est
mon intention. Non seulement je ne demande point le ralentissement des
mesures révolutionnaires, mais je me propose d'en présenter qui
frapperont et plus fort et plus juste; car, dans la République, il y a
un tas d'intrigants et de conspirateurs véritables qui ont échappé au
bras national, qui en a atteint de moins coupables qu'eux. Oui, nous
voulons marcher révolutionnairement, dût le sol de la République
s'anéantir; mais, après avoir donné tout à la vigueur, donnons
beaucoup à la sagesse; c'est de la constitution de ces deux éléments
que nous recueillerons les moyens de sauver la patrie.
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Dans cette même séance, un citoyen venu à la barre commença la lecture
d'une apologie rimée de Jean-Paul Marat, que Danton interrompit avec
véhémence:
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Et moi aussi j'ai défendu Marat contre ses ennemis, et moi aussi j'ai
apprécié les vertus de ce républicain; mais, après avoir fait son
apothéose patriotique, il est inutile d'entendre tous les jours son
éloge funèbre et des discours ampoulés sur le même sujet; il vous faut
des travaux et non pas des discours. Je demande que le pétitionnaire
dise clairement et sans emphase l'objet de sa pétition.