(4 septembre 1793)
C'est, une nouvelle fois, le plus vif amour du peuple qui inspira ce
discours de Danton en réponse à la dénonciation de Bazire d'une
contre-révolution sectionnaire. Grâce à lui, une indemnité de deux
francs par jour fut accordée aux citoyens assistant aux assemblées de
sections. Ce ne fut que par un décret du 4 fructidor an II que cette
mesure fut abolie. Les propositions de Danton furent toutes trois
adoptées dans cette séance.
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Je pense comme plusieurs membres, notamment comme Billaud-Varennes,
qu'il faut savoir mettre à profit l'élan sublime de ce peuple qui se
presse autour de nous. Je sais que, quand le peuple présente ses
besoins, qu'il offre de marcher contre ses ennemis, il ne faut prendre
d'autres mesures que celles qu'il présente lui-même, car c'est le
génie national qui les a dictées. Je pense qu'il sera bon que le
comité fasse son rapport, qu'il calcule et qu'il propose les moyens
d'exécution; mais je vois aussi qu'il n'y a aucun inconvénient à
décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. Élargissons, s'il
se peut, ces mesures.
Vous venez de proclamer à la face de la France qu'elle est encore en
vraie révolution active; et bien, il faut la consommer, cette
révolution. Ne vous effrayez point des mouvements que pourront tenter
les contre-révolutionnaires de Paris. Sans doute ils voudraient
éteindre le feu de la liberté dans son foyer le plus ardent, mais la
masse immense des vrais patriotes, des sans-culottes, qui cent fois
ont terrassé leurs ennemis, existe encore; elle est prête à
s'ébranler: sachez la diriger, et elle confondra encore et déjouera
toutes les manoeuvres. Ce n'est pas assez d'une armée révolutionnaire,
soyez révolutionnaires vous-mêmes. Songez que les hommes industrieux
qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller dans les sections.
Décrétez donc deux grandes assemblées de sections par semaine, que
l'homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques ait une
juste rétribution pour le temps qu'elles enlèveront à son travail.
Il est bon encore que nous annoncions à tous nos ennemis que nous
voulons être continuellement et complètement en mesure contre eux.
Vous avez décrété 30 millions à la disposition du ministre de la
Guerre pour des fabrications d'armes; décrétez que ces fabrications
extraordinaires ne cesseront que quand la nation aura donné à chaque
citoyen un fusil. Annonçons la ferme résolution d'avoir autant de
fusils et presque autant de canons que de sans-culottes. Que ce soit
la République qui mette le fusil dans la main du citoyen, du vrai
patriote; qu'elle lui dise: "La patrie te confie cette arme pour sa
défense; tu la représenteras tous les mois et quand tu en seras requis
par l'autorité nationale." Qu'un fusil soit la chose la plus sacrée
parmi nous; qu'on perde plutôt la vie que son fusil. Je demande donc
que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de
toute nature; car si nous avions eu des armes nous aurions tous
marché. C'est le besoin d'armes qui nous enchaîne. Jamais la patrie en
danger ne manquera de citoyens.
Mais il reste à punir et l'ennemi intérieur que vous tenez, et celui
que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit
divisé en un assez grand nombre de sections pour que tous les jours un
aristocrate, un scélérat paie de sa tête ses forfaits.
1° Je demande donc qu'on mette aux voix d'abord la proposition de
Billaud.
2° Qu'on décrète également que les sections de Paris s'assembleront
extraordinairement les dimanches et les jeudis, et que tout citoyen
faisant partie de ces assemblées, qui voudra, attendu ses besoins,
réclamer une indemnité, la recevra, à raison de 40 sols par assemblée.
3° Qu'il soit décrété par la Convention qu'elle met a la disposition
du ministre de la Guerre 100 millions pour des fabrications d'armes,
et notamment pour des fusils; que ces manufactures extraordinaires
reçoivent tous les encouragements et les additions nécessaires, et
qu'elles ne cessent leurs travaux que quand la France aura donné à
chaque citoyen un fusil.
Je demande enfin qu'il soit fait un rapport sur le mode d'augmenter de
plus en plus l'action du tribunal révolutionnaire. Que le peuple voie
tomber ses ennemis, qu'il voie que la Convention s'occupe de ses
besoins. Le peuple est grand, et il vous en donne en cet instant même
une preuve remarquable: c'est que, quoi qu'il ait souffert de la
disette factice machinée pour le mener à la contre-révolution, il a
senti qu'il souffrait pour sa propre cause; et, sous le despotisme, il
aurait exterminé tous les gouvernements.
Tel est le caractère du Français éclairé par quatre années de
révolutions.
Hommage vous soit rendu, peuple sublime! A la grandeur vous joignez la
Persévérance; vous voulez la liberté avec obstination; vous jeûnez
pour la liberté, vous devez l'acquérir. Nous marcherons avec vous, vos
ennemis seront confondus, vous serez libres!