SUR LA CHUTE DES GIRONDINS

(13 juin 1793_) [Note: Une autre erreur de Vermorel, p. 203, donne à

ce discours la date du 14 juin. Le n° 167 du _Moniteur_, qui le

rapporte, spécifie qu'il fut prononcé dans la séance du jeudi 13 juin,

dans la discussion sur les arrêtés des administrations de l'Eure et du

Calvados.]

Danton n'intervint dans la discussion des troubles du Calvados, à la

Convention, que pour rallier ses collègues au parti national. Après

avoir fait l'apologie de l'insurrection du 31 mai, il leur demanda de

s'expliquer "loyalement" à cet égard et de songer aux dangers de la

patrie.

* * * * *

Nous touchons au moment de fonder véritablement la liberté française,

en donnant à la France une Constitution républicaine. C'est au moment

d'une grande production que les corps politiques comme les corps

physiques paraissent toujours menacés d'une destruction prochaine.

Nous sommes entourés d'orages, la foudre gronde. Eh bien, c'est du

milieu de ses éclats que sortira l'ouvrage qui immortalisera la nation

française. Rappelez-vous, citoyens, ce qui s'est passé du temps de la

conspiration de Lafayette. Nous semblions être dans la position dans

laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Rappelez-vous ce qu'était

alors Paris; les patriotes étaient opprimés, proscrits partout; nous

étions menacés des plus grands malheurs. C'est aujourd'hui la même

position; il semble qu'il n'y ait de périls que pour ceux qui ont créé

la liberté. Lafayette et sa faction furent bientôt démasqués:

aujourd'hui les nouveaux ennemis du peuple se sont trahis eux-mêmes,

ils ont fui, ils ont changé de nom, de qualité, ils ont pris de faux

passeports. Ce Brissot, ce coryphée de la secte impie qui va être

étouffée, cet homme qui vantait son courage et son indigence en

m'accusant d'être couvert d'or, n'est plus qu'un misérable qui ne peut

échapper au glaive des lois, et dont le peuple a déjà fait justice en

l'arrêtant comme un conspirateur. On dit que l'insurrection de Paris

cause des mouvements dans les départements; je le déclare à la face de

l'univers, ces événements feront la gloire de cette superbe cité; je

le proclame à la face de la France, sans les canons du 31 mai, sans

l'insurrection, les conspirateurs triomphaient, ils nous donnaient la

loi. Que le crime de cette insurrection retombe sur nous; je l'ai

appelée, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dit que, s'il y avait

dans la Convention cent hommes qui me ressemblassent, nous

résisterions à l'oppression, nous fonderions la liberté sur des bases

inébranlables.

Rappelez-vous qu'on a dit que l'agitation qui règne dans les

départements ne s'était manifestée que depuis les événements qui se

sont passés ici. Eh bien, il y a des pièces qui constatent qu'avant le

31 mai les départements avaient envoyé une circulaire pour faire une

fédération et se coaliser.

Que nous reste-t-il à faire? A nous identifier avec le peuple de

Paris, avec tous les bons citoyens, à faire le récit de tout ce qui

s'est passé. On sait que moi, plus que tout autre, j'ai été menacé des

baïonnettes, qu'on les a appuyées sur ma poitrine; on sait que nous

avons couvert de nos corps ceux qui se croyaient en danger. Non, les

habitants de Paris n'en voulaient pas à la liberté d'aucun

représentant du peuple; ils ont pris l'attitude qui leur convenait;

ils se sont mis en insurrection. Que les adresses envoyées des

départements pour calomnier Paris ne vous épouvantent pas; elles sont

l'ouvrage de quelques intrigants et non celui des citoyens des

départements: rappelez-vous qu'il en est venu de semblables contre

Paris en faveur du tyran. Paris est le centre où tout vient aboutir;

Paris sera le foyer qui recevra tous les rayons du patriotisme

français, et en brûlera tous les ennemis. Je demande que vous vous

expliquiez loyalement sur l'insurrection qui a eu de si heureux

résultats. Le peuple voit que ces hommes qu'on avait accusés de

vouloir se gorger du sang du peuple ont plus fait depuis huit jours

pour le bonheur du peuple que la Convention, tourmentée par des

intrigants, n'en avait pu faire depuis son existence. Voilà le

résultat qu'il faut présenter au peuple des départements: il est bon,

il applaudira à vos sages mesures. Les hommes criminels qui ont fui

ont répandu des terreurs partout sur leur passage; ils ont tout

exagéré, tout amplifié; mais le peuple détrompé réagira plus

fortement, et se vengera sur ceux qui l'ont trompé.

Quant à la question qui nous occupe, je crois qu'il faut prendre des

mesures générales pour tous les départements; il faut qu'il soit

accordé vingt-quatre heures aux administrateurs qui auraient pu être

égarés, sans cependant donner une amnistie aux agitateurs. Il faut

que, dans les départements où les Communes patriotes luttent contre

des administrateurs aristocrates, ces administrateurs soient destitués

et remplacés par de vrais républicains. Je demande enfin que la

Convention déclare que, sans l'insurrection du 31 mai, il n'y aurait

plus de liberté.

Citoyens, pas de faiblesse; faites cette déclaration solennelle au

peuple Français; dites-lui qu'on veut encore le retour des nobles;

dites-lui que la horde scélérate vient de prouver qu'elle ne voulait

pas de constitution; dites-lui de prononcer entre la Montagne et cette

faction; dites aux citoyens français: "Rentrez dans vos droits

imprescriptibles; serrez-vous autour de la Convention; préparez-vous à

accepter la constitution qu'elle va vous présenter; cette

constitution qui, comme je l'ai déjà dit, est une batterie qui fait un

feu à mitraille contre les ennemis de la liberté, et qui les écrasera

tous; préparez une force armée, mais que ce soit contre les ennemis de

la Vendée. Étouffez la rébellion de cette partie de la France et vous

aurez la paix."

Le peuple, instruit sur cette dernière époque de la Révolution, ne se

laissera plus surprendre. On n'entendra plus de calomnies contre une

ville qui a créé la liberté, qui ne périra pas avec elle, mais qui

triomphera avec la liberté, et passera avec elle à l'immortalité.

Discours Civiques de Danton · 第 72 / 106 题