AUTRE DISCOURS CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(31 mai 1793)

Tandis que grondait le canon de l'insurrection de la journée fatale

pour la Gironde, Danton, intervenant dans la discussion sur l'émeute

dénoncée par Vergniaud, reprit son réquisitoire contre la Commission

des Douze et demanda sa suppression. Il interrompit le président

Mallarmé, lui disant: "Faites donc justice, avant tout, de la

Commission!" Après un court débat sur la question de priorité, il

monta à la tribune.

* * * * *

J'ai demandé la parole pour motiver la priorité en faveur de la motion

de Thuriot. [Note: "C'est l'anéantissement de la Commission que je

sollicite," avait dit Thuriot (_Moniteur_, p. 152).] Il ne sera pas

difficile de faire voir que cette motion est d'un ordre supérieur à

celle même demander le commandant à la barre. Il faut que Paris ait

justice de la Commission; elle n'existe pas comme la Convention. Vous

avez créé une Commission impolitique....

PLUSIEURS VOIX.--Nous ne savons pas cela....

DANTON.--Vous ne le savez pas? il faut donc vous le rappeler.

Oui, votre Commission a mérité l'indignation populaire. Rappelez-vous

mon discours à ce sujet, ce discours trop modéré. Elle a jeté dans les

fers des magistrats du peuple, par cela seul qu'ils avaient combattu,

dans des feuilles, cet esprit de modérantisme que la France veut tuer

pour sauver la République. Je ne prétends pas inculper ni disculper la

Commission, il faudra la juger sur un rapport et sur leur défense.

Pourquoi avez-vous ordonné l'élargissement de ces fonctionnaires

publics? Vous y avez été engagés sur le rapport d'un homme que vous ne

respectez pas, d'un homme que la nature a créé doux, sans passions, le

ministre de l'Intérieur. Il s'est expliqué clairement, textuellement,

avec développement, sur le compte d'un des magistrats du peuple. En

ordonnant de le relâcher, vous avez été convaincus que la Commission

avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que

j'en demande, non pas la cassation, car il faut un rapport, mais la

suppression.

Vous l'avez créée, non pour elle, mais pour vous. Si elle est

coupable, vous en ferez un exemple terrible qui effrayera tous ceux

qui ne respectent pas le peuple, même dans son exagération

révolutionnaire. Le canon a tonné, mais Paris n'a voulu donner qu'un

grand signal pour vous apporter ses représentations; si Paris, par une

convention trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir

tous les citoyens de vous demander une justice éclatante, Paris a

encore bien mérité de la patrie. Je dis donc que, si vous êtes

législateurs politiques, loin de blâmer cette explosion, vous la

tournerez au profit de la chose publique, d'abord en réformant vos

erreurs, en cassant votre Commission. Ce n'est qu'à ceux qui ont reçu

quelques talents politiques que je m'adresse, et non à ces hommes

stupides qui ne savent faire parler que leurs passions. Je leur dis:

"Considérez la grandeur de votre but, c'est de sauver le peuple de ses

ennemis, des aristocrates, de le sauver de sa propre colère." Sous le

rapport politique, la Commission a été assez dépourvue de sens pour

prendre de nouveaux arrêtés et de les notifier au maire de Paris, qui

a en la prudence de répondre qu'il consulterait la Convention. Je

demande la suppression de la Commission, et le jugement de la conduite

particulière de ses membres. Vous les croyez irréprochables; moi je

crois qu'ils ont servi leurs ressentiments. Il faut que ce chaos

s'éclaircisse; mais il faut donner justice au peuple.

QUELQUES VOIX.--Quel peuple?

DANTON.--Quel peuple, dites-vous? ce peuple est immense, ce peuple est

la sentinelle avancée de la République. Tous les départements haïssent

fortement la tyrannie. Tous les départements exècrent ce lâche

modérantisme qui ramène la tyrannie. Tous les départements en un jour

de gloire pour Paris avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous

les ennemis de la liberté. Tous les départements applaudiront à votre

sagesse, quand vous aurez fait disparaître une Commission impolitique.

Je serai le premier à rendre une justice éclatante à ces hommes

courageux qui ont fait retentir les airs.... (_Les tribunes

applaudissent_.)

Je vous engage, vous, représentants du peuple, à vous montrer

impassibles; faites tourner au profit de la patrie cette énergie que

de mauvais citoyens seuls pourraient présenter comme funeste. Et si

quelques hommes, vraiment dangereux, n'importe à quel parti ils

appartiennent, voulaient prolonger un mouvement devenu inutile, quand

vous aurez fait justice, Paris lui-même les fera rentrer dans le

néant; je demande froidement la suppression pure et simple de la

Commission sous le rapport politique seul, sans rien préjuger, ni

pour, ni contre; ensuite vous entendrez le commandant général, vous

prendrez connaissance de ce qui est relatif à ce grand mouvement, et

vous finirez par vous conduire en hommes qui ne s'effraient pas des

dangers.

PALLES.--Nous savons bien que ce n'est qu'un simulacre, les citoyens

courent sans savoir pourquoi.

DANTON.--Vous sentez que, s'il est vrai que ce ne soit qu'un

simulacre, quand il s'agit de la liberté de quelques magistrats, le

peuple fera pour sa liberté une insurrection entière. Je demande que,

pour mettre fin à tant de débats fâcheux, que, pour marcher à la

Constitution qui doit comprimer toutes les passions, vous mettiez aux

voix par l'appel nominal la révocation de la Commission.

Discours Civiques de Danton · 第 70 / 106 题