CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(27 mai 1793)

L'arrestation d'Hébert, ordonnée par la Commission des Douze, créa une

vive effervescence à la Commune. Dans la séance du lundi 27 mai, une

députation de la section de la cité vint demander la traduction des

Douze devant le Tribunal Révolutionnaire. Isnard, qui présidait,

répondit: "Citoyens, la Convention nationale pardonne à l'égarement de

votre jeunesse...." Un indescriptible tumulte s'ensuivit.

Robespierre, Bourdon (de l'Oise), Henri Larivière, tentèrent en vain

d'obtenir la parole. Le président s'étant couvert au milieu du

tumulte, Danton s'écria sur une observation de Delacroix

(d'Eure-et-Loir): "Je vous le déclare, tant d'impudence commence à

nous perdre; nous vous résisterons! "Et toute l'extrême gauche cria

avec lui: "Nous vous résisterons!" La droite demanda l'insertion de la

phrase de Danton au procès-verbal. "Oui, dit Danton, je la demande

moi-même." Et il monta à la tribune:

* * * * *

Je déclare à la Convention et à tout le peuple français que si l'on

persiste à retenir dans les fers des citoyens qui ne sont que présumés

coupables, dont tout le crime est un excès de patriotisme; si l'on

refuse constamment la parole à ceux qui veulent les défendre; je

déclare, dis-je, que, s'il y a ici cent bons citoyens, nous

résisterons.

Je déclare en mon propre nom, et je signerai cette déclaration, que le

refus de la parole à Robespierre est une lâche tyrannie. Je déclare à

la France entière que vous avez mis souvent en liberté des gens plus

que suspects sur de simples réclamations, et que vous retenez dans les

fers des citoyens d'un civisme reconnu, qu'on les tient en charte

privée, sans vouloir faire aucun rapport....

PLUSIEURS MEMBRES A DROITE.--C'est faux, le rapporteur de la

Commission des Douze a demandé la parole.

DANTON.--Tout membre de l'Assemblée a le droit de parler sur et contre

la Commission des Douze. C'est un préalable d'autant plus nécessaire,

que cette Commission des Douze tourne les armes qu'on a mises dans ses

mains contre les meilleurs citoyens; cette commission est d'autant

plus funeste qu'elle arrache à leurs fonctions des magistrats du

peuple.

PLUSIEURS VOIX.--Et les commissaires envoyés dans les départements!

DANTON.--Vos commissaires, vous les entendrez.... Si vous vous

obstinez à refuser la parole à un représentant du peuple qui veut

parler en faveur d'un patriote jeté dans les fers, je déclare que je

proteste contre votre tyrannie, contre votre despotisme. Le peuple

français jugera.

* * * * *

Dans cette même séance Danton reprit la parole après la déclaration du

ministre de l'Intérieur, protestant une fois encore de sa soif de

paix, de son désir de concorde.

* * * * *

Je demande que le ministre me réponde; je me flatte que de cette

grande lutte sortira la vérité, comme des éclats de la foudre sort la

sérénité de l'air; il faut que la nation sache quels sont ceux qui

veulent la tranquillité. Je ne connaissais pas le ministre de

l'Intérieur; je n'avais jamais eu de relation avec lui. Je le somme de

déclarer, et cette déclaration m'importe dans les circonstances où

nous nous trouvons, dans un moment où un député (c'est Brissot) a fait

contre moi une sanglante diatribe; dans le moment où le produit d'une

charge que j'avais est travestie en une fortune immense.... (_Il

s'élève de violents murmures dans la partie droite_.) Il est bon que

l'on sache quelle est ma vie.

PLUSIEURS VOIX DANS LA PARTIE DROITE.--Ne nous parlez pas de vous, de

votre guerre avec Brissot.

DANTON.--C'est par ce que le Comité de Salut public a été accusé de

favoriser les mouvements de Paris qu'il faut que je m'explique....

PLUSIEURS MEMBRES.--On ne dit pas cela.

DANTON.--Voilà ces amis de l'ordre qui ne veulent pas entendre la

vérité, que l'on juge par là quels sont ceux qui veulent l'anarchie.

J'interpelle le ministre de l'Intérieur de dire si je n'ai pas été

plusieurs fois chez lui pour l'engager à calmer les troubles, à unir

les départements, à faire cesser les préventions qu'on leur avait

inspirées contre Paris; j'interpelle le ministre de dire, si depuis la

révolution, je ne l'ai pas invité à apaiser toutes les haines, si je

ne lui ai pas dit: "je ne veux pas que vous flattiez tel parti plutôt

que tel autre; mais que vous prêchiez l'union." Il est des hommes qui

ne peuvent pas se dépouiller d'un ressentiment. Pour moi, la nature

m'a fait impétueux, mais exempt de haine. Je l'interpelle de dire s'il

n'a pas reconnu que les prétendus amis de l'ordre étaient la cause de

toutes les divisions, s'il n'a pas reconnu que les citoyens les plus

exagérés sont les plus amis de l'ordre et de la paix. Que le ministre

réponde.

Discours Civiques de Danton · 第 68 / 106 题