SUR UNE NOUVELLE LOI POUR PROTÉGER LA REPRÉSENTATION NATIONALE

(24 mai 1793)

[Note: Vermorel qui donne, p. 51, 58, quelques fragments de ce

discours lui attribue la date du 23 mai 1793. La réédition du Moniteur

(p. 467) donne en effet cette date: vendredi, 23 mai. Mais c'est là

une erreur certaine, car ce vendredi était le 24 mai. La manchette de

ce numéro (n° 146) porte d'ailleurs: Dimanche 26 mai 1793.]

La chute de la Gironde était proche. Sentant le terrain lui manquer

sous les pieds, elle fit proposer un décret dont l'article 1er était

ainsi rédigé: "La Convention nationale met sous la sauvegarde spéciale

des bons citoyens la fortune publique, la représentation nationale et

la ville de Paris." (_Moniteur_, n° 145.) Ce décret émanait de la

Commission des Douze et avait été soutenu par Vigée, Vergniaud et

Boyer-Fonfrède. Sans le combattre entièrement, Danton s'opposa

cependant à son adoption immédiate. Le décret fut adopté dans la même

séance. C'était un des suprêmes triomphes de la Gironde.

* * * * *

L'objet de cet article n'a rien de mauvais en soi. Sans doute la

représentation nationale a besoin d'être sous la sauvegarde de la

nation. Mais comment se fait-il que vous soyez assez dominés par les

circonstances pour décréter aujourd'hui ce qui se trouve dans toutes

vos lois? Sans doute, l'aristocratie menace de renverser la liberté,

mais quand les périls sont communs à tous, il est indigne de nous de

faire des lois pour nous seuls, lorsque nous trouvons notre sûreté

dans celles qui protègent tous les citoyens. Je dis donc que décréter

ce qu'on vous propose, c'est décréter la peur.

---Eh bien! j'ai peur, moi!....

DANTON.--Je ne m'oppose pas à ce que l'on prenne des mesures pour

rassurer chaque individu qui craint pour sa sûreté; je ne m'oppose pas

à ce que vous donniez une garde de crainte au citoyen qui tremble ici.

Mais la Convention nationale peut-elle annoncer à la République

qu'elle se laisse dominer par la peur. Remarquez bien jusqu'à quel

point cette crainte est ridicule. Le comité vous annonce qu'il y a des

dispositions portant qu'on a voulu attenter à la représentation

nationale. On sait bien qu'il existe à Paris une multitude

d'aristocrates, d'agents soudoyés par les puissances; mais les lois

ont pourvu à tout; on dit qu'elles ne s'exécutent pas; mais une preuve

qu'elles s'exécutent, c'est que la Convention nationale est intacte,

et que, si un de ses membres a péri, il était du nombre de ceux qui ne

tremblent pas. Remarquez bien que l'esprit public des citoyens de

Paris qu'on a tant calomniés....

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Cela est faux! la preuve en est dans le

projet qu'on Propose!

DANTON.--Je ne dis pas que ce soit calomnier Paris que de proposer le

projet de décret qui vous est présenté; mais on a calomnié Paris, en

demandant une force départementale; car, dans une ville comme Paris,

où la population présente une masse si imposante, la force des bons

citoyens est assez grande pour terrasser les ennemis de la liberté. Je

dis que, si, dans la réunion dont on a parlé, il s'est trouvé des

hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte à la

représentation nationale, cette proposition a été vivement repoussée,

et que si ces hommes sont saisis et peuvent être livrés à la justice,

ils ne trouveront point ici de défenseurs. On a cherché aussi à

inculper le maire de Paris, et à le rendre, pour ainsi dire, complice

de ces hommes vendus ou traîtres; mais l'on n'a pas dit que, si le

maire de Paris n'était pas venu vous instruire de ce qui s'était

passé, c'est qu'il était venu en rendre compte au Comité du Salut

public, qui devait vous en instruire. Ainsi donc, quand il est

démontré que les propositions qui ont été faites ont été rejetées avec

horreur; quand Paris est prêt à s'armer contre tous les traîtres qu'il

renferme pour protéger la Convention nationale, il est absurde de

créer une loi nouvelle; pour protéger la représentation nationale, il

ne s'agit que de diriger l'action des lois existantes contre le vrai

coupable. Encore une fois, je ne combats pas le fond du projet, mais

je dis qu'il se trouve dans les lois préexistantes. Ne faisons donc

rien par peur; ne faisons rien pour nous-mêmes; ne nous attachons

qu'aux considérations nationales; ne nous laissons point diriger par

les passions. Prenez garde qu'après avoir créé une commission pour

rechercher les complots qui se trament dans Paris, on ne vous demande

s'il ne conviendrait pas d'en créer aussi une pour rechercher les

crimes de ceux qui ont cherché à égarer l'esprit des départements. Je

ne demande qu'une chose, c'est que les membres qui proposent ce projet

se dépouillent de toutes leurs haines. Il faut que les criminels

soient bien connus, et il est de votre sagesse d'attendre un rapport

préliminaire sur le tout.

Discours Civiques de Danton · 第 64 / 106 题