SUR L'ENVOI DE NOUVELLES TROUPES EN VENDÉE

(8 mai 1793)

Au moment où la guerre de Vendée redoublait de violence, l'envoi de

nouvelles troupes fut décidé. A propos de leur départ, Danton revint à

l'idée d'appliquer de nouveaux impôts sur les riches demeurés à Paris.

L'inspiration de ce discours du 8 mai fut la même que celle qui dicta

la harangue fougueuse du 27 avril; le conventionnel y suit strictement

la même ligne de politique intérieure.

* * * * *

C'est une vérité puisée dans l'histoire et dans le coeur humain,

qu'une grande nation en révolution, ou même en guerre civile, n'en est

pas moins redoutable à ses ennemis. Ainsi donc, loin de nous effrayer

de notre situation, nous n'y devons voir que le développement de

l'énergie nationale, que nous pouvons tourner encore au profit de la

liberté. La France entière va s'ébranler. Douze mille hommes de troupe

de ligne, tirés de vos armées où ils seront aussitôt remplacés par des

recrues, vont s'acheminer vers la Vendée. Avec cette force va se

joindre la force parisienne. Eh bien, combinons avec ces moyens de

puissance les moyens politiques. C'est de faire connaître à ceux que

des traîtres ont égarés, que la nation ne veut pas verser leur sang,

mais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie.

Les despotes ne sont pas toujours malhabiles dans leurs moyens. Dans

la Belgique, l'empereur traite les peuples avec la plus grande

douceur, et semble même flatter ceux qui s'étaient déclarés contre lui

avec le plus d'énergie; pourquoi n'agirions-nous pas de même pour

rendre des hommes à la liberté? Il faut donc créer une commission

ayant pouvoir de faire grâce à ceux des rebelles qui se soumettraient

volontairement avant l'action de la force armée.

Cette mesure prise, il faut faire marcher la force de Paris. Deux

choses se sont un moment opposées à son recrutement: les intrigues des

aristocrates et les inquiétudes des patriotes eux-mêmes. Ceux-ci n'ont

pas considéré que Paris a une arrière-garde bien formidable; elle est

composée de 150.000 citoyens que leurs occupations quotidiennes ont

éloignés jusqu'ici des affaires publiques, mais que vous devez engager

à se porter dans les sections, sauf à les indemniser de la perte de

temps qu'ils essuieront. Ce sont ces citoyens qui, dans un grand jour,

se débordant sur nos ennemis, les feront disparaître de la terre de la

liberté.

Que le riche paye, puisqu'il n'est pas digne, le plus souvent, de

combattre pour la liberté; qu'il paye largement et que l'homme du

peuple marche dans la Vendée.

Il y a telle section où se trouvent des groupes de capitalistes, il

n'est pas juste que ces citoyens profitent seuls de ce qui sortira de

ces éponges. Il faut que la Convention nationale nomme deux

commissaires par sections pour s'informer de l'état du recrutement.

Dans les sections où le contingent est complet, ils annonceront que

l'on répartira également les contributions des riches. Dans les

sections qui, dans trois jours, n'auront point fourni leur contingent,

ils assembleront les citoyens et les feront tirer au sort.

Ce mode, je le sais, a des inconvénients, mais il en a moins encore

que tous les autres. Il est un décret que vous avez rendu en principe

et dont je demande l'exécution pratique. Vous avez ordonné la

formation d'une garde soldée dans toutes les grandes villes. Cette

institution soulagera les citoyens que n'a pas favorisés la fortune.

Je demande qu'elle soit promptement organisée, et j'annonce à la

Convention nationale qu'après avoir opéré le recrutement de Paris, si

elle veut revenir à l'unité d'action, si elle veut mettre à

contribution les malheurs même de la patrie, elle verra que les

machinations de nos ennemis pour soulever la France n'auront servi

qu'à son triomphe. La force nationale va se développer; si vous savez

diriger son énergie, la patrie sera sauvée, et vous verrez les rois

coalisés vous proposer une paix honorable.

Discours Civiques de Danton · 第 62 / 106 题