AUTRE DISCOURS SUR LE DROIT DE PÉTITION

(1er mai 1793)

Une députation du faubourg Saint-Antoine vint, le 1er mai, réclamer à

la barre de la Convention le _maximum_, un impôt sur les riches et le

départ des troupes de Paris aux frontières. Ayant exposé ces mesures,

les orateurs conclurent: "Si vous ne les adoptez pas, nous vous

déclarons... que nous sommes en état d'insurrection; dix mille hommes

sont à la porte de la salle...." (_Moniteur_, n° 123). Boyer-Fonfrède

ayant, après un assez vif débat, demandé l'arrestation des

pétitionnaires, Danton intervint en leur faveur, comme il était déjà

intervenu, précédemment, le 10 avril. La Convention, revenue au calme,

adopta la proposition de Danton.

* * * * *

Sans doute, la Convention nationale peut éprouver un mouvement

d'indignation quand on lui dit qu'elle n'a rien fait pour la liberté;

je suis loin de désapprouver ce sentiment; je sais que la Convention

peut répondre qu'elle a frappé le tyran, qu'elle a déjoué les projets

d'un ambitieux, qu'elle a créé un tribunal révolutionnaire pour juger

les ennemis de la patrie, enfin, qu'elle dirige l'énergie française

contre les révoltés; voilà ce que nous avons fait. Mais ce n'est pas

par un sentiment d'indignation que nous devons prononcer sur une

pétition bonne en elle-même. Je sais qu'on distingue la pétition du

dernier paragraphe, mais on aurait dû considérer ce qu'était la

plénitude du droit de pétition. Lorsqu'on répète souvent ici que nous

sommes incapables de sauver la chose publique, ce n'est pas un crime

de dire que, si telles mesures ne sont pas adoptées, la nation a le

droit de s'insurger....

PLUSIEURS VOIX.--Les pétitionnaires ne sont pas la nation.

DANTON.--On conviendra sans doute que la volonté générale ne peut se

composer en masse que de volontés individuelles. Si vous m'accordez

cela, je dis que tout Français a le droit de dire que, si telle mesure

n'est pas adoptée, le peuple a le droit de se lever en masse. Ce n'est

pas que je ne sois convaincu que de mauvais citoyens égarent le

peuple, ce n'est pas que j'approuve la pétition qui vous a été

présentée; mais j'examine le droit de pétition en lui-même, et je dis

que cet asile devrait être sacré, que personne ne devrait se permettre

d'insulter un pétitionnaire, et qu'un simple individu devrait être

respecté par les représentants du peuple comme le peuple tout entier.

_(Quelques rumeurs.)_ Je ne tirerais pas cette conséquence de ce que

je viens de dire, que vous assuriez l'impunité à quiconque semblerait

être un conspirateur dangereux, dont l'arrestation serait nécessaire à

l'intérêt public; mais je dis que, quand il est probable que le crime

d'un individu ne consiste que dans des phrases mal digérées, vous

devez vous respecter vous-mêmes. Si la Convention sentait sa force,

elle dirait avec dignité et non avec passion, à ceux qui viennent lui

demander des comptes et lui déclarer qu'ils sont dans un état

d'insurrection: "Voilà ce que nous avons fait, et vous, citoyens, qui

croyez avoir l'initiative de l'insurrection, la hache de la justice

est là pour vous frapper si vous êtes coupables." Voilà comme vous

devez leur répondre. Les habitants du faubourg Saint-Antoine vous ont

dit qu'ils vous feraient un rempart de leur corps; après cette

déclaration, comment n'avez-vous pas répondu aux pétitionnaires:

"Citoyens, vous avez été dans l'erreur", ou bien: "Si vous êtes

coupables, la loi est là pour vous punir." Je demande l'ordre du jour,

et j'observe que, quand il sera notoire que la Convention a passé à

l'ordre du jour motivé sur l'explication qui lui a été donnée, il n'y

aura pas de pusillanimité dans sa conduite; croyez qu'un pareil décret

produira plus d'effet sur l'âme des citoyens qu'un décret de rigueur.

Je demande qu'en accordant les honneurs de la séance aux

pétitionnaires, l'Assemblée passe à l'ordre du jour sur le tout.

Discours Civiques de Danton · 第 60 / 106 题