(19 avril 1793)
A propos de la discussion sur l'article IX de la Déclaration des
droits de l'homme [Note: Cet article était ainsi conçu: "Tout homme
est libre dans l'exercice de son culte." (_Moniteur_, n° 111.)], lu
par Barère, dans la séance du vendredi 19 avril, Danton prit la parole
après quelques mots de Vergniaud.
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Rien ne doit plus nous faire préjuger le salut de la patrie que la
disposition actuelle. Nous avons paru divisés entre nous, mais au
moment où nous nous occupons du bonheur des hommes nous sommes
d'accord.
Vergniaud vient de vous dire de bien grandes et d'éternelles vérités.
L'Assemblée constituante, embarrassée par un roi, par les préjugés qui
enchaînaient encore la nation, par l'intolérance qui s'était établie,
n'a pu heurter de front les principes reçus, et a fait encore beaucoup
pour la liberté en consacrant celui de la tolérance. Aujourd'hui le
terrain de la liberté est déblayé, nous devons au peuple français de
donner à son gouvernement des bases éternelles et pures! Oui! nous
leur dirons: Français, vous avez la liberté d'adorer la divinité qui
vous paraît digne de vos hommages; la liberté de culte que vos lois
peuvent avoir pour objet ne peut être que la liberté de la réunion des
individus assemblés pour rendre, à leur manière, hommage à la
divinité. Une telle liberté ne peut être atteinte que par des lois
réglementaires et de police; or, sans doute, vous ne voudrez pas
insérer dans une déclaration des droits une loi réglementaire. Le
droit de la liberté du culte, droit sacré, sera protégé par vos lois,
qui, en harmonie avec les principes, n'auront pour but que de les
garantir. La raison humaine ne peut rétrograder; nous sommes trop
avancés pour que le peuple puisse croire n'avoir pas la liberté de son
culte, parce qu'il ne verra pas le principe de cette liberté gravé sur
la table de vos lois.
Si la superstition semble encore avoir quelque part aux mouvements qui
agitent la République, c'est que la politique de nos ennemis l'a
toujours employée; mais regardez que partout le peuple, dégagé des
impulsions de la malveillance, reconnaît que quiconque veut
s'interposer entre lui et la divinité est un imposteur. Partout on a
demandé la déportation des prêtres fanatiques et rebelles. Gardez-vous
de mal présumer de la raison nationale; gardez-vous d'insérer un
article qui contiendrait cette présomption injuste; en passant à
l'ordre du jour, adoptez une espèce de question préalable sur les
prêtres qui vous honore aux yeux de vos concitoyens et de la
postérité.
GENSONNÉ.--Les principes développés pour retirer l'article me
paraissent incontestables, je conviens qu'il ne doit pas se trouver
dans la Déclaration des droits; il trouvera sa place dans le chapitre
particulier de la Constitution, destiné à poser les bases
fondamentales de la liberté civile.
_(On demande à aller aux voix.)_
DURAND-MAILLANE.--Écoutons tout le monde.
DANTON.--Eussions-nous ici un cardinal je voudrais qu'il fût entendu.