SUR LA PEINE DE MORT CONTRE CEUX QUI TRANSIGENT AVEC L'ENNEMI

(13 avril 1793)

Robespierre demanda, dans la séance du 13 avril, de décréter la peine

de mort contre quiconque proposerait, de quelque manière que ce soit,

de transiger avec les ennemis. Danton appuya Robespierre tout en

présentant une autre rédaction que la Convention adopta dans la même

séance, malgré l'opposition de Barbaroux.

* * * * *

Il faut bien saisir le véritable objet de la motion qui vient d'être

faite, et ne pas lui donner une étendue que n'a pas voulu lui

attribuer son auteur. Je demande qu'elle soit ainsi posée: "La peine

de mort est décrétée contre quiconque proposerait à la République de

transiger avec des ennemis qui, pour préliminaire, ne reconnaîtraient

pas la souveraineté du peuple." II est temps, citoyens, que la

Convention nationale fasse connaître à l'Europe que la France sait

allier à la politique les vertus républicaines. Vous avez rendu, dans

un moment d'enthousiasme, un décret dont le motif était beau sans

doute, puisque vous vous êtes obligés à donner protection aux peuples

qui voudraient résister à l'oppression de leurs tyrans. Ce décret

semblerait vous engager à secourir quelques patriotes qui voudraient

faire une révolution en Chine. Il faut, avant tout, songer à la

conservation de notre corps politique, et fonder la grandeur

française. Que la République s'affermisse, et la France, par ses

lumières et son énergie, fera attraction sur tous les peuples.

Mais voyez ce que votre position a d'avantageux malgré les revers que

nous avons éprouvés. La trahison de Dumouriez nous donne l'occasion de

faire un nouveau scrutin épuratoire de l'armée. L'ennemi va être forcé

de reconnaître que la nation veut absolument la liberté, puisqu'un

général victorieux qui avait promis à nos ennemis de leur livrer et

son armée tout entière et une partie de la nation ne leur a porté que

son _misérable individu_. Citoyens, c'est le génie de la liberté qui a

lancé le char de la révolution. Le peuple tout entier le tire, et il

s'arrêtera aux termes de la raison. Décrétons que nous ne nous

mêlerons pas de ce qui se passe chez nos voisins; mais décrétons aussi

que la République vivra, et condamnons à mort celui qui proposerait

une transaction autre que celle qui aurait pour base les principes de

notre liberté.

Discours Civiques de Danton · 第 54 / 106 题