(10 avril 1793)
Ce discours de Danton fut la réponse à une motion de Pétion tendant à
traduire en tribunal révolutionnaire le président et les secrétaires
de la Section de la Halle-aux-Blés. Cette section avait demandé, par
une pétition répandue dans Paris, le décret d'accusation contre
Roland.
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C'est une vérité incontestable, que vous n'avez pas le droit d'exiger
du peuple ou d'une portion du peuple plus de sagesse que vous n'en
avez vous-mêmes. Le peuple n'a-t-il pas le droit de sentir des
bouillonnements qui le conduisent à un délire patriotique, lorsque
cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs?
N'ai-je pas été moi-même, tout à l'heure, assiégé à cette tribune? Ne
m'a-t-on pas dit que je voulais être dictateur?.... Je vais examiner
froidement le projet de décret présenté par Pétion; je n'y mettrai
aucune passion, moi; je conserverai mon immobilité, quels que soient
les flots d'indignation qui me pressent en tous sens. Je sais quel
sera le dénouement de ce grand drame; le peuple restera libre; je veux
la République, je prouverai que je marche constamment à ce but. La
proposition de Pétion est insignifiante. On sait que dans plusieurs
départements on a demandé tour à tour la tête des membres qui
siégeaient dans l'un ou l'autre des côtés de la salle. N'a-t-on pas
aussi demandé la mienne? Tous les jours il arrive des pétitions plus
ou moins exagérées; mais il faut les juger par le fond. J'en appelle à
Pétion lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les
orages populaires. Il sait bien que lorsqu'un peuple brise sa
monarchie pour arriver à la République, il dépasse son but par la
force de projection qu'il s'est donnée. Que doit faire la
représentation nationale. Profiter de ces excès mêmes. Dans la
première Assemblée constituante, Marat n'était ni moins terrible aux
aristocrates, ni moins odieux aux modérés. Eh bien! Marat y trouva des
défenseurs; il disait aussi que la majorité était mauvaise, et elle
l'était. Ce n'est pas que je croie qu'il en soit de même de cette
assemblée. Mais que devez-vous répondre au peuple quand il vous dit
des vérités sévères? Vous devez lui répondre en sauvant la République.
Et depuis quand vous doit-on des éloges? Etes-vous à la fin de votre
mission? On parle des calomniateurs: la calomnie dans un État vraiment
libre n'est rien pour l'homme qui a conscience intime de son devoir.
Encore une fois, tout ce qui a rapport à la calomnie ne peut être la
base d'une délibération dans la Convention. Il existe des lois, des
tribunaux; que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse, l'y
poursuivent. Oui, je le déclare, vous seriez indignes de votre
mission, si vous n'aviez pas constamment devant les yeux ces grands
objets: vaincre les ennemis, rétablir l'ordre dans l'intérieur, et
faire une bonne constitution. Nous la voulons tous, la France la veut;
elle sera d'autant plus belle qu'elle sera née au milieu des orages de
la liberté; ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs, en
tenant d'une main la truelle, et de l'autre l'épée pour repousser les
ennemis. N'allons pas nous faire la guerre, animer les sections, les
mettre en délibération sur des calomnies, tandis que nous devons
concentrer leur énergie pour la diriger contre les Autrichiens.... Que
l'on ne vienne donc plus nous apporter des dénonciations exagérées,
comme si l'on craignait la mort. Voilà l'exemple que vous donnez! Vous
voulez sévir contre le peuple, et vous êtes plus virulents que lui! Je
demande la question préalable et le rapport du Comité de Salut public.