(11 mars 1793)
Nommé ministre de la Guerre le 4 février 1793, Beurnonville donna sa
démission le 11 mars suivant. A ce propos, plusieurs membres de la
Convention voulurent lui demander les motifs de son départ. Danton s'y
opposa, insistant dans son discours sur la cohésion et l'unité
réclamées par le gouvernement républicain, faisant appel au civisme de
tous pour le salut public. On sait qu'envoyé à la suite de sa
démission auprès de Dumouriez, Beurnonville fut livré par lui aux
Autrichiens qui le retinrent en otage jusqu'au 12 brumaire an IV.
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Avant de rendre au ministre de la Guerre la justice que lui doit tout
Français qui aime son pays, et qui sait apprécier ceux qui ont
combattu vaillamment pour lui, je dois cette déclaration positive de
mes principes et de mes sentiments: que, s'il est dans mes opinions
que la nature des choses et les circonstances exigent que la
Convention se réserve la faculté de prendre partout, et même dans son
sein, des ministres, je déclare en même temps, et je le jure par la
patrie, que, moi, je n'accepterai jamais une place dans le ministère,
tant que j'aurai l'honneur d'être membre de la Convention nationale.
Je le déclare, dis-je, sans fausse modestie; car, je l'avoue, je crois
valoir un autre citoyen français. Je le déclare avec le désir ardent
que mon opinion individuelle ne devienne pas celle de tous mes
collègues; car je tiens pour incontestable que vous feriez une chose
funeste à la chose publique, si vous ne vous réserviez pas cette
faculté. Après un tel aveu, je vous somme tous, citoyens, de descendre
dans le fond de votre conscience. Quel est celui d'entre vous qui ne
sent pas la nécessité d'une plus grande cohésion, de rapports plus
directs, d'un rapprochement plus immédiat, plus quotidien, entre les
agents du pouvoir exécutif révolutionnaire, chargé de défendre la
liberté contre toute l'Europe, et vous qui êtes chargés de la
direction suprême de la législation civile et de la défense de là
République? Vous avez la nation à votre disposition, vous êtes une
Convention nationale, vous n'êtes pas un corps constitué, mais un
corps chargé de constituer tous les pouvoirs, de fonder tous les
principes de notre République; vous n'en violerez donc aucun, rien ne
sera renversé, si, exerçant toute la latitude de vos pouvoirs, vous
prenez le talent partout où il existe pour le placer partout où il
peut être utile. Si je me récuse dans les choix que vous pourrez
faire, c'est que, dans mon poste, je me crois encore utile à pousser,
à faire marcher la Révolution; c'est que je me réserve encore la
faculté de dénoncer les ministres qui, par malveillance et par
impéritie, trahiraient notre confiance. Ainsi mettons-nous donc bien
tous dans la tête que presque tous, que tous, nous voulons le salut
public. Que les défiances particulières ne nous arrêtent pas dans
notre marche, puisque nous avons un but commun. Quant à moi, je ne
calomnierai jamais personne; je suis sans fiel, non par vertu, mais
par tempérament. La haine est étrangère à mon caractère.... Je n'en ai
pas besoin; ainsi je ne puis être suspect, même à ceux qui ont fait
profession de me haïr. Je vous rappelle à l'infinité de vos devoirs.
Je n'entends pas désorganiser le ministère; je ne parle pas de la
nécessité de prendre des ministres dans votre sein, mais de la
nécessité de vous en réserver la faculté.
---J'arrive à la discussion particulière qui s'est élevée sur la
lettre de démission envoyée par le ministre de la Guerre.
On veut lui demander les motifs de sa démission: certes, jamais on ne
pourra dire que c'est par faiblesse. Celui qui a combattu si bien les
ennemis, braverait l'erreur populaire avec le même courage; il
mourrait à son poste sans sourciller; tel est Beurnonville, tel nous
devons le proclamer. Mais la nature, variée dans ses faveurs,
distribue aux hommes différents genres de talents; tel est capable de
commander une armée, d'échauffer le soldat, de maintenir la discipline
qui n'a pas les formes populaires conciliatrices, nécessaires dans les
circonstances critiques et orageuses, quand on veut le bien. Celui qui
donne sa démission a dû se consulter sous ces différents rapports; il
ne serait pas même de la dignité de la Convention de lui faire les
questions qu'on propose. Beurnonville a su se juger; il peut encore
vaincre nos ennemis sur le champ de bataille; mais il n'a pas les
formes familières qui, dans les places administratives, appellent la
confiance des hommes peu éclairés; car le peuple est ombrageux, et
l'expérience de nos révolutions lui a bien acquis le droit de craindre
pour sa liberté.
Je ne doute pas que Beurnonville n'ait géré en bon citoyen; il doit
être excepté de la rigueur de la loi qui défend à tout ministre de
quitter Paris, avant d'avoir rendu ses comptes; et nous ne perdrons
pas l'espérance de voir Beurnonville allant aux armées, y conduisant
des renforts, remporter avec elles de nouveaux triomphes.