(9 mars 1793)
Ce fut une des mesures les plus humaines que celle réclamée par Danton
dans ce discours. Avocat, il comprenait tout l'odieux du système;
patriote, il en sentait tout l'absurde au moment où la défense de la
République exigeait toutes les énergies, toutes les forces vives de la
nation. La Convention s'associa à l'unanimité à la généreuse
proposition de l'ancien ministre.
* * * * *
Non sans doute, citoyens, l'espoir de vos commissaires ne sera pas
déçu. Oui, vos ennemis, les ennemis de la liberté seront exterminés,
parce que vos efforts ne vont point se ralentir. Vous serez dignes
d'être les régulateurs de l'énergie nationale. Vos commissaires, en se
disséminant sur toutes les parties de la République, vont répéter aux
Français que la grande querelle qui s'est élevée entre le despotisme
et la liberté va être enfin terminée. Le peuple français sera vengé:
c'est à nous qu'il appartient de mettre le monde politique en
harmonie, de créer des lois concordantes avec cette harmonie. Mais
avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander
la déclaration d'un principe trop longtemps méconnu, l'abolition d'une
erreur funeste, la destruction de la tyrannie de la richesse sur la
misère. Si la mesure que je propose est adoptée, bientôt ce Pitt, le
Breteuil de la diplomatie anglaise, et ce Burke, l'abbé Maury du
Parlement britannique, qui donnent aujourd'hui au peuple anglais une
impulsion si contraire à la liberté, seront anéantis.
Que demandez-vous? Vous voulez que tous les Français s'arment pour la
défense commune. Eh bien, il est une classe d'hommes qu'aucun crime
n'a souillés, qui a des bras, mais qui n'a pas de liberté, c'est celle
des malheureux détenus pour dettes; c'est une honte pour l'humanité,
pour la philosophie, qu'un homme, en recevant de l'argent, puisse
hypothéquer et sa personne et sa sûreté.
Je pourrais démontrer que la déclaration du principe que je proclame
est favorable à la cupidité même, car l'expérience prouve que celui
qui prêtait ne prenait aucune garantie pécuniaire, parce qu'il pouvait
disposer de la personne de son débiteur; mais qu'importent ces
considérations mercantiles? Elles ne doivent pas influer sur une
grande nation. Les principes sont éternels, et tout Français ne peut
être privé de sa liberté que pour avoir forfait à la société.
Que les propriétaires ne s'alarment pas. Sans doute quelques individus
se sont portés à des excès; mais la nation, toujours juste, respectera
les propriétés. Respectez la misère, et la misère respectera
l'opulence. Ne soyons jamais coupables envers les malheureux, et le
malheureux, qui a plus d'âme que le riche, ne sera jamais coupable.
Je demande que la Convention nationale déclare que tout citoyen
français, emprisonné pour dettes, sera mis en liberté, parce qu'un tel
emprisonnement est contraire à la saine morale, aux droits de l'homme,
aux vrais principes de la liberté.