SUR LES SECOURS A ENVOYER A DUMOURIEZ

(8 mars 1793)

La trahison de Dumouriez fut précédée des revers qui amenèrent par la

suite, au lendemain de sa convention avec Mack, l'évacuation de la

Belgique par les armées françaises. Danton, au cours de sa mission,

eut l'occasion de voir et de juger les déplorables résultats de la

campagne. Au moment où il revenait à Paris, avec Lacroix,

l'avant-garde de l'armée abandonnait Liège à l'ennemi. La Convention

décréta les mesures proposées par Danton dans ce discours:

* * * * *

Nous avons plusieurs fois fait l'expérience que tel est le caractère

français, qu'il lui faut des dangers pour trouver toute sou énergie.

Eh bien, ce moment est arrivé. Oui, il faut dire à la France entière:

"Si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique, si

Dumouriez est enveloppé en Hollande, si son armée était obligée de

mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables

d'un pareil événement? La fortune publique anéantie, la mort de

600.000 Français pourraient en être la suite!"

Citoyens, vous n'avez pas une minute à perdre; je ne vous propose pas

en ce moment des mesures générales pour les départements, votre comité

de défense vous fera demain son rapport. Mais nous ne devons pas

attendre notre salut uniquement de la loi sur le recrutement; son

exécution sera nécessairement lente, et des résultats tardifs ne sont

pas ceux qui conviennent à l'imminence du danger qui nous menace. Il

faut que Paris, cette cité célèbre et tant calomniée, il faut que

cette cité qu'on aurait renversée pour servir nos ennemis qui

redoutent son brûlant civisme contribue par son exemple à sauver la

patrie. Je dis que cette ville est encore appelée à donner à la France

l'impulsion qui, l'année dernière, a enfanté nos triomphes. Comment se

fait-il que vous n'ayez pas senti que, s'il est bon de faire les lois

avec maturité, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme? Toutes

les mesures dilatoires, tout moyen tardif de recruter détruit cet

enthousiasme, et reste souvent sans succès. Vous voyez déjà quels en

sont les misérables effets.

Tous les Français veulent être libres. Ils se sont constitués en

gardes nationales. Aux termes de leur serments, ils doivent tous

marcher quand la patrie réclame leur secours.

Je demande, par forme de mesure provisoire, que la Convention nomme

des commissaires qui, ce soir, se rendront dans toutes les sections de

Paris, convoqueront les citoyens, leur feront prendre les armes, et

les engageront, au nom de la liberté et de leurs serments, à voter la

défense de la Belgique. La France entière sentira le contre-coup de

cette impulsion salutaire. Nos armées recevront de prompts renforts;

et, il faut le dire ici, les généraux ne sont pas aussi répréhensibles

que quelques personnes ont paru le croire. Nous leur avions promis

qu'au 1er février l'armée de la Belgique recevrait un renfort de

30.000 hommes. Rien ne leur est arrivé. Il y a trois mois qu'à notre

premier voyage dans la Belgique ils nous dirent que leur position

militaire était détestable, et que, sans un renfort considérable,

s'ils étaient attaqués au printemps, ils seraient peut-être forcés

d'évacuer la Belgique entière. Hâtons-nous de réparer nos fautes. Que

ce premier avantage de nos ennemis soit, comme celui de l'année

dernière, le signal du réveil de la nation. Qu'une armée, conservant

l'Escaut, donne la main à Dumouriez, et les ennemis seront dispersés.

Si nous avons perdu Aix-la-Chapelle, nous trouverons en Hollande des

magasins immenses qui nous appartiennent.

Dumouriez réunit au génie du général l'art d'échauffer et d'encourager

le soldat. Nous avons entendu l'armée battue le demander à grands

cris. L'histoire jugera ses talents, ses passions et ses vices; mais

ce qui est certain, c'est qu'il est intéressé à la splendeur de la

République. S'il est secondé, si une armée lui prête la main, il saura

faire repentir nos ennemis de leurs premiers succès.

Je demande que des commissaires soient nommés à l'instant.

Discours Civiques de Danton · 第 32 / 106 题