(31 janvier 1793)
Les premiers succès de Dumouriez dans les Pays-Bas causèrent un
enthousiasme indescriptible. La théorie girondine de la propagande
révolutionnaire armée recevait sa sanction. Danton monta à la tribune
dans la séance du 31 janvier, comprenant tout le parti que pouvait
tirer la jeune République de l'annexion de la Belgique au moment où,
sur ce territoire, se livrait une guerre décisive. Le soir même,
Danton partait pour les frontières. On sait que c'est durant ce voyage
que mourut, le l0 février 1793, sa première femme Antoinette-Gabrielle
Charpentier.
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Ce n'est pas en mon nom seulement, c'est au nom des patriotes belges,
du peuple belge, que je viens demander aussi la réunion de la
Belgique. Je ne demande rien à votre enthousiasme, mais tout à votre
raison, mais tout aux intérêts de la République Française. N'avez-vous
pas préjugé cette réunion quand vous avez décrété une organisation
provisoire de la Belgique. Vous avez tout consommé par cela seul que
vous avez dit aux amis de la liberté: organisez-vous comme nous.
C'était dire: nous accepterons votre réunion si vous la proposez. Eh
bien, ils la proposent aujourd'hui. Les limites de la France sont
marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points:
à l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées. On nous menace des rois!
Vous leur avez jeté le gant, ce gant est la tête d'un roi, c'est le
signal de leur mort prochaine. On vous menace de l'Angleterre! Les
tyrans de l'Angleterre sont morts. Vous avez la plénitude de la
puissance nationale. Le jour où la Convention nommera des commissaires
pour savoir ce qu'il y a dans chaque commune d'hommes et d'armes, elle
aura tous les Français. Quant à la Belgique, l'homme du peuple, le
cultivateur veulent la réunion. Lorsque nous leur déclarâmes qu'ils
avaient le pouvoir de voter, ils sentirent que l'exclusion ne portait
que sur les ennemis du peuple, et ils demandèrent l'exclusion de votre
décret. Nous avons été obligés de donner la protection de la force
armée au receveur des contributions auquel le peuple demandait la
restitution des anciens impôts. Sont-ils mûrs, ces hommes-là? De cette
réunion dépend le sort de la République dans la Belgique. Ce n'est que
parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette réunion, que
votre décret du 15 a éprouvé des oppositions. Mais prononcez-la et
alors vous ferez exécuter les lois françaises, et alors les
aristocrates, nobles et prêtres, purgeront la terre de la liberté.
Cette purgation opérée, nous aurons des hommes, des armes de plus. La
réunion décrétée, vous trouverez dans les Belges des républicains
dignes de vous, qui feront mordre la poussière aux despotes. Je
conclus donc à la réunion de la Belgique.