POUR LA LIBERTÉ DES OPINIONS RELIGIEUSES

(7 novembre 1792)

Danton dont la politique n'eut jamais rien de dogmatique, dont le

civisme s'alliait avec la tolérance, intervint plusieurs fois dans les

discussions religieuses à la Convention. Dans le cas présent, en

parlant en faveur des prêtres, il parlait aussi en faveur de la

liberté des opinions religieuses, et une fois encore son patriotisme,

éclairé et prévoyant, lui dictait cette intervention. Avec la

suppression brusque du culte il prévoyait des troubles, la guerre

civile, les mille maux que créent des citoyens violemment heurtés dans

la liberté de leur conscience. En outre, l'encyclopédiste révélait là

ses théories les plus chères, en déclarant que "c'est un crime de

lèse-nation que d'ôter au peuple des hommes dans lesquels il peut

trouver encore quelques consolations". Il est difficile de ne point

rendre hommage à la noblesse de cette pensée.

* * * * *

Je viens ajouter quelques idées à celles qu'a développées le

préopinant. Sans doute il est douloureux pour les représentants du

peuple de voir que leur caractère est plus indignement, plus

insolemment outragé par le peuple lui-même que par ce Lafayette,

complice des attentats du despotisme. On ne peut se dissimuler que les

partisans du royalisme, les fanatiques et les scélérats qui,

malheureusement pour l'espèce humaine, se trouvent dissémines sur tous

les points de la République, ne rendent la liberté déplorable. Il y a

eu une violation infâme, il faut la réprimer; il faut sévir contré

ceux qui, prétextant la souveraineté nationale, attaquent cette

souveraineté et se souillent de tous les crimes. Il y a des individus

bien coupables, car qui peut excuser celui qui veut agiter la France?

N'avez-vous pas déclaré que la Constitution serait présentée à

l'acceptation du peuple? Mais il faut se défier d'une idée jetée dans

cette Assemblée. On a dit qu'il ne fallait pas que les prêtres fussent

salariés par le trésor public. On s'est appuyé sur des idées

philosophiques qui me sont chères; car je ne connais d'autre bien que

celui de l'univers, d'autre culte que celui de la justice et de la

liberté. Mais l'homme maltraité de la fortune cherche des jouissances

éventuelles; quand il voit un homme riche se livrer à tous ses goûts,

caresser tous ses désirs, tandis que ses besoins à lui sont restreints

au plus étroit nécessaire, alors il croit, et cette idée est

consolante pour lui, il croit que dans une autre vie ses jouissances

se multiplieront en proportion de ses privations dans celle-ci. Quand

vous aurez eu pendant quelque temps des officiers de morale qui auront

fait pénétrer la lumière auprès des chaumières, alors il sera bon de

parler au peuple morale et philosophie. Mais jusque-là il est barbare,

c'est un crime de lèse-nation que d'ôter au peuple des hommes dans

lesquels il peut trouver encore quelques consolations. Je penserais

donc qu'il serait utile que la Convention fit une adresse pour

persuader au peuple qu'elle ne veut rien détruire, mais tout

perfectionner; que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle

veut la liberté des opinions religieuses. Il est encore un objet qui

mérite l'attention et qui exige la prompte décision de l'Assemblée. Le

jugement du ci-devant roi est attendu avec impatience; d'une part, le

républicain est indigné de ce que ce procès semble interminable; de

l'autre, le royaliste s'agite en tous sens, et comme il a encore des

moyens de finances et qu'il conserve son orgueil accoutumé, vous

verrez au grand scandale et au grand malheur de la France, ces deux

partis s'entrechoquer encore. S'il faut des sacrifices d'argent, si

les millions mis à la disposition du ministre ne suffisent pas, il

faut lui en donner de nouveaux; mais plus vous prendrez de précautions

sages, plus aussi doit éclater votre justice contre les agitateurs.

Ainsi, d'une part, assurance au peuple qu'il lui sera fourni des blés,

accélération du jugement du ci-devant roi, et déploiement des forces

nationales contre les scélérats qui voudraient amener la famine au

milieu de l'abondance: telles sont les conclusions que je vous

propose, et que je crois les seules utiles.

Discours Civiques de Danton · 第 24 / 106 题