JUSTIFICATION CIVIQUE

(25 septembre 1792)

Le plus vif enthousiasme accueillit, le 25 septembre, ce discours de

Danton. Sous les attaques de Lasource, l'accusant de former, avec

Marat et Robespierre, un triumvirat aspirant à la dictature, le grand

orateur civique se réveilla. On sait que Marat reconnut lui-même qu'il

était l'auteur de la proposition d'un triumvirat. Robespierre, Danton,

disait-il, en "ont constamment improuvé l'idée ". Il est à remarquer

que ce discours de Danton contient, en germe, le décret du 1er avril

suivant qui dépouilla les députés suspects de leur inviolabilité

[Note: _Moniteur_ du jeudi 4 avril 1793, p. 94.]. C'est toutefois,

malgré sa fougueuse violence oratoire, un bel et pathétique appel à la

concorde.

* * * * *

C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la

République française, que celui qui amène entre nous une explication

fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui

veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête

tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictature, de

triumvirat. Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et

indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer; je le ferai, moi,

cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce

n'est pas la députation de Paris prise collectivement qu'il faut

inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses

membres, je ne suis responsable pour personne; je ne vous parlerai

donc que de moi.

Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis

trois ans, j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la

liberté. Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la

vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le conseil toute

l'activité et tout le zèle d'un citoyen embrasé de l'amour de son

pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser a cet égard, qu'il se

lève et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de

Paris, un homme dont les opinions sont, pour le parti républicain, ce

qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique; c'est Marat.

Assez et trop longtemps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de

cet homme. J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside [Note:

Pétion avait été, dès la première séance, élu président par 235 voix.

(_Procès-verbal de la Convention national_, tome I.)]. Il lut, votre

président, la lettre menaçante qui m'a été adressée par ce citoyen; il

a été témoin d'une altercation qui a eu lieu, entre lui et moi à la

mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen

a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été

enfermé, ont ulcéré son âme... Il est très vrai que d'excellents

citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir; mais

n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation tout

entière. Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un

département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un

sentiment de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel

département, il appartient à la France entière. Faisons donc tourner

cette discussion au profit de l'intérêt public.

Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui

voudraient détruire la liberté publique. Eh bien! portons-la, cette

loi, portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se

déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat; mais après

avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité,

anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il

est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la

France; faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine

de mort contre les auteurs. La France doit être un tout indivisible.

Elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille

veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la

peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France, et

je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du

gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et

d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens

apprendront cette sainte harmonie; alors, je vous jure, nos ennemis

sont morts.

Discours Civiques de Danton · 第 20 / 106 题