(2 septembre 1792)
Le matin du 2 septembre on apprit à Paris, après les premiers succès
de Brunswick et la capitulation de Longwy, l'investissement de Verdun.
Une émotion et une fureur extraordinaires s'emparèrent de la capitale,
et tandis que Danton tonnait à la tribune, le peuple se vengeait, sur
les suspects des prisons, des malheurs de la patrie. "Il me semble,
écrit avec raison M. Aulard, que cette véhémente harangue peut être
considérée comme un des efforts les plus remarquables de Danton pour
empêcher les massacres".[Note: F.-A. AULARD. _Études et Leçons sur la
Révolution française_, t. II, p. 54; Paris, Félix Alcan, 1898.] Elles
ne les empêcha point, mais assura, du moins, la gloire à son auteur.
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Il est satisfaisant, pour les ministres du peuple libre, d'avoir à lui
annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s'émeut, tout s'ébranle,
tout brûle de combattre.
Vous savez que Verdun n'est point encore au pouvoir de nos ennemis.
Vous savez que la garnison a promis d'immoler le premier qui
proposerait de se rendre.
Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser
des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra
l'intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts. Les
commissaires de la Commune vont proclamer, d'une manière solennelle,
l'invitation aux citoyens de s'armer et de marcher pour la défense de
la patrie. C'est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarez que
la capitale a bien mérité de la France entière. C'est en ce moment que
l'Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre. Nous
demandons que vous _concouriez avec nous_ à diriger le mouvement
sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont
dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de
servir de sa personne, ou de remettre ses armes, sera puni de mort.
Nous demandons qu'il soit fait une instruction aux citoyens pour
diriger leurs mouvements. Nous demandons qu'il soit envoyé des
courriers dans tous les départements pour avertir des décrets que vous
aurez rendus. Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal
d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les
vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de
l'audace, et la France est sauvée [Note: Texte du Moniteur.--Celui du
_Journal des Débats et de Décrets_ offre quelques légères variantes.].