Fatalement le jeune engagé volontaire allait mal tourner. Les jours de
prison s’entassaient sur son folio de punition, et le colonel
n’attendait qu’une occasion pour se débarrasser de lui.
M. Flambert eut-il vent de ce qui se passait, fut-il prévenu par quelque
officier charitable du sort qui était réservé à son héritier?
Toujours est-il qu’un beau matin, et comme il y avait presque renoncé,
Gédéon reçut de son père la somme nécessaire à son remplacement.
Pâle d’émotion et de joie, il alla demander l’autorisation nécessaire.
Le colonel ne fit pas la moindre difficulté.
--J’aime autant, lui dit-il, ce moyen de me défaire avantageusement d’un
triste soldat. Que ne pouvez-vous faire aussi remplacer tous vos bons
amis!
Gédéon en eut vite fini avec les formalités. Il compta dix-neuf cents
francs chez le trésorier, et un vieux hussard s’engagea à faire pour lui
les six ans qu’il devait encore à la patrie.
Et il fut libre!!!.....
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L’ex-hussard habite aujourd’hui Mortagne, il y a acheté une étude, et
passe pour un des forts avoués de l’arrondissement.
Il a reconquis l’estime publique en général, et en particulier celle de
M. Narrault, le juge de paix, homme sévère mais juste. Peut-être le
doit-il à la pratique de certaine vertu assez nécessaire dans bien des
petites villes, l’hypocrisie.
Depuis qu’il n’est plus soldat, Gédéon est d’un chauvinisme exalté; il
ne parle de son ancien régiment que les larmes aux yeux, et il ne passe
pas un troupier par Mortagne sans qu’il veuille lui payer la goutte.
J’ai dîné quatre fois chez lui. A chaque fois, le dessert venu, il a
trouvé moyen de relever ses manches pour nous montrer la cicatrice de
_sa_ blessure. Il a acheté un cheval, et passe pour un écuyer consommé.
Il donnerait, j’en suis sûr, son plus gras procès pour avoir à raconter
une campagne, et son meilleur client pour une petite balafre...
Après ça, le 13e hussards n’a peut-être jamais existé que dans son
imagination!...
FIN DU 13e HUSSARDS.