VILLE DE FRANCE.

Le matin, je me lève, et je sors de la ville.

Le trottoir de la rue est sonore à mon pas,

Et le jeune soleil chauffe les vieilles tuiles,

Et les jardins étroits sont fleuris de lilas.

Le long du mur moussu que dépassent les branches,

Un écho que l'on suit vous précède en marchant,

Et le pavé pointu mène à la route blanche.

Qui commence au faubourg et s'en va vers les champs.

Et me voici bientôt sur la côte gravie

D'où l'on voit, au a'oleil et couchée à ses pieds,

Calme, petite, pauvre, isolée, engourdie,

La ville maternelle aux doux toits familiers.

Elle est là, étendue et longue: Sa rivière

Par deux fois, en dormant, passe sous ses deux ponts;

Les arbres de son mail sont vieux comme les pierres

De son clocher qui pointe au-dessus des maisons.

Dans l'air limpide, gai, transparent et sans brume

Elle fait un long bruit qui monte jusqu'à nous:

Le battoir bat le linge et le marteau l'enclume,

Et l'on entend des cris d'enfants, aigres et doux. . .

Elle est sans souvenirs de sa vie immobile,

Elle n'a ni grandeur, ni gloire, ni beauté;

Elle n'est à jamais qu'une petite ville;

Elle sera pareille à ce qu'elle a été.

Elle est semblable à ses autres soeurs de la plaine,

A ses soeurs des plateaux, des landes et des prés;

La mémoire, en passant, ne retient qu'avec peine,

Parmi tant d'autres noms son humble nom français;

Et, pourtant, lorsque, après un de ces longs jours graves

Passés de l'aube au soir à marcher devant soi,

Le soleil disparu derrière les emblaves

Assombrit le chemin qui traverse les bois;

Lorsque la nuit qui vient rend les choses confuses

Et que sonne la route dure au pas égal,

Et qu'on écoute au loin le gros bruit de l'écluse,

Et que le vent murmure aux arbres du canal;

Quand l'heure peu à peu ramène vers la ville,

Ma course fatiguée et qui va voir bientôt

La première fenêtre où brûle l'or de l'huile

Dans la lampe, à travers la vitre sans rideau,

Il me semble, tandis que mon retour s'empresse

Et tâte du bâton les bornes du chemin,

Sentir, dans l'ombre, près de moi, avec tendresse,

La patrie aux doux yeux qui me prend par la main.

(La Sandale ailée.).

Choix de Poesies: A Collection of French Poetry for Memorizing · 第 57 / 65 题