L'ALTRUISME OPPOSÉ A L'ÉGOÏSME

75. Si nous définissons l'altruisme toute action qui, dans le cours

régulier des choses, profite aux autres au lieu de profiter à celui qui

l'accomplit, alors, depuis le commencement de la vie, l'altruisme n'a

pas été moins essentiel que l'égoïsme. Bien que primitivement il dépende

de l'égoïsme, secondairement l'égoïsme dépend de lui.

Dans l'altruisme pris dans ce sens large, je fais rentrer les actes par

lesquels les enfants sont élevés et l'espèce conservée. Bien plus, parmi

ces actes, nous devons ranger non seulement ceux qui sont accompagnés de

conscience, mais encore ceux qui contribuent au bien-être des enfants

sans représentation mentale de ce bien-être, actes d'altruisme

automatique, comme nous pouvons les appeler. Nous ne devons pas non plus

laisser en dehors de notre classification ces actes altruistes encore

inférieurs qui servent à la conservation de la race sans supposer même

des processus nerveux automatiques, actes qui ne sont pas psychiques

dans le sens le plus éloigné du mot, mais physiques en un sens littéral.

Toute action, inconsciente ou consciente, qui entraîne une dépense de la

vie individuelle au profit du développement de la vie chez les autres

individus, est incontestablement altruiste en un sens, sinon dans le

sens ordinaire du mot, et nous devons ici l'entendre en ce sens pour

voir comment l'altruisme conscient procède de l'altruisme inconscient.

Les êtres les plus simples se multiplient habituellement par division

spontanée. L'altruisme physique du genre le plus bas, distinct de

l'égoïsme physique, peut être considéré dans ce cas-là comme n'en étant

pas encore indépendant. En effet, puisque les deux moitiés qui avant la

division constituaient l'individu ne disparaissent pas en se divisant,

nous devons dire que, bien que l'individualité de l'infusoire ou d'un

autre protozoaire qui est comme le parent se perde par la cessation de

l'unité, cependant l'ancien individu continue d'exister en chacun des

nouveaux individus. Toutefois lorsque, comme il arrive généralement pour

les animaux les plus petits, un intervalle de repos aboutit à une

rupture du corps entier en un grand nombre de parties minuscules dont

chacune est le germe d'un jeune, nous voyons que le parent se sacrifie

entièrement à la formation de sa progéniture.

On pourrait raconter ici comment chez des êtres d'un rang plus élevé,

par division ou par bourgeonnement, les parents lèguent des parties de

leurs corps, plus ou moins organisées, pour former des descendants, au

prix de leur propre individualité. On pourrait donner aussi de nombreux

exemples des manières dont les oeufs se développent au point que le

corps de la mère devient pour eux un simple récipient: il faut en

conclure que toute la nourriture qu'elle absorbe est employée au profit

de sa postérité. On pourrait enfin parler des cas nombreux où, comme il

arrive généralement dans le monde des insectes, la vie finit dès que la

maturité est atteinte et le sort d'une nouvelle génération assuré: la

mort suit les sacrifices faits pour la race.

Mais, laissant ces types inférieurs, dans lesquels l'altruisme est

purement physique, ou dans lesquels il est seulement physique et

automatiquement psychique, élevons-nous à l'étude de ceux dans lesquels

il est aussi conscient à un haut degré. Bien que chez les oiseaux et les

mammifères, de telles activités des parents, guidées comme elles le sont

par l'instinct, ne soient accompagnées d'aucune représentation, ou

seulement d'une représentation vague des avantages qui en résultent pour

les jeunes, elles comportent cependant des actions que nous pouvons

regarder comme altruistes dans le sens le plus élevé du mot. L'agitation

que ces êtres manifestent lorsque leurs petits sont en danger, jointe

souvent à des efforts pour leur venir en aide, aussi bien que la douleur

qu'ils laissent paraître s'ils les ont perdus, prouve bien qu'en eux

l'altruisme paternel a pour concomitant une émotion.

Ceux qui entendent par altruisme seulement le sacrifice conscient de

soi-même dans l'intérêt des autres, tel qu'il se produit parmi les

hommes, trouveront étrange et même absurde d'étendre autant que nous le

faisons le sens de ce mot. Mais nous avons pour agir ainsi des raisons

plus fortes que celles dont on a pu juger déjà. Je ne prétends pas

simplement que dans le cours de l'évolution il y a eu un progrès par

gradations infinitésimales, depuis les sacrifices purement physiques et

inconscients de l'individu pour le bien-être de l'espèce jusqu'aux

sacrifices accomplis d'une manière consciente. J'entends que, du

commencement à la fin, les sacrifices, lorsqu'on les ramène à leurs

termes les plus humbles, ont la même nature essentielle: à la fin comme

au commencement, ils impliquent une perte de la substance corporelle.

Lorsqu'une partie du corps maternel se détache sous forme de bourgeon,

ou d'oeuf, ou de foetus, le sacrifice matériel est manifeste, et lorsque

la mère fournit le lait dont l'absorption assure la croissance du jeune,

il est hors de doute qu'il y a là aussi un sacrifice matériel. Mais,

bien qu'un sacrifice matériel ne soit pas apparent lorsque les jeunes

profitent des activités déployées en leur faveur, comme il ne peut se

produire aucun effort sans une usure équivalente de quelque tissu, et

comme la perte corporelle est en proportion de la dépense qui se fait

sans compensation de nourriture consommée, il s'ensuit que les efforts

au bénéfice de la race représentent réellement une partie de la

substance des parents; elle est seulement donnée indirectement cette

fois, au lieu de l'être directement.

Le sacrifice de soi n'est donc pas moins primordial que la conservation

de soi. Absolument nécessaire en sa forme simple, physique, pour la

continuation de la vie depuis l'origine; étendu sous sa forme

automatique, comme indispensable, à la conservation de la race dans les

types considérablement avancés; se développant jusqu'à prendre une forme

semi-consciente et une forme consciente, à mesure que se continuent et

se compliquent les soins par lesquels la progéniture des êtres

supérieurs est conduite à la maturité, l'altruisme a eu son évolution

parallèle à celle de l'égoïsme. Comme nous l'avons marqué dans un

chapitre précédent, les mêmes supériorités qui ont rendu l'individu

capable de mieux se préserver lui-même, l'ont rendu capable de mieux

préserver les individus dérivés de lui, et chacune des espèces les plus

élevées, usant de ses facultés excellentes d'abord pour son avantage

égoïste, s'est étendue en proportion de l'usage qu'elle en a fait

secondairement pour un avantage altruiste.

La manière dont s'impose l'altruisme tel qu'il est ainsi compris, n'est

pas autre, en réalité, que la manière dont s'impose l'égoïsme comme nous

l'avons montré dans le dernier chapitre. Car tandis que, d'un côté, en

manquant à accomplir des actes d'égoïsme normal, on s'expose à

l'affaiblissement ou à la perte de la vie, et par suite à l'incapacité

d'accomplir des actes altruistes, d'un autre côté, un pareil défaut

d'actes altruistes, de même qu'il cause la mort des descendants ou leur

développement incomplet, implique dans les générations futures la

disparition de la nature qui n'est pas assez altruiste, par suite la

diminution de la moyenne de l'égoïsme. En un mot, chaque espèce se

débarrasse continuellement des individus qui ne sont pas égoïstes comme

il convient, tandis que les individus qui ne sont pas convenablement

altruistes sont perdus pour elle.

76. De même qu'il y a eu un progrès graduel de l'altruisme inconscient

des parents à l'altruisme conscient du genre le plus élevé, il y a eu un

progrès graduel de l'altruisme dans la famille à l'altruisme social.

Un fait à noter d'abord est que là seulement où les relations altruistes

dans le groupe domestique ont atteint des formes très développées,

naissent les conditions qui rendent possible un plein développement des

relations altruistes dans le groupe politique. Les tribus dans

lesquelles règne la promiscuité ou dans lesquelles les relations

conjugales sont transitoires, et les tribus où la polyandrie amène d'une

autre manière les relations mal définies, ne sont pas capables d'une

véritable organisation. Les peuples qui admettent habituellement la

polygamie ne se montrent pas non plus capables eux-mêmes d'atteindre à

ces formes élevées de coopération sociale qui demandent une légitime

subordination de soi-même aux autres. Là seulement où le mariage

monogamique est devenu général et éventuellement universel, là seulement

où se sont par suite établis le plus étroitement les liens du sang, où

l'altruisme familial s'est le plus développé, l'altruisme social est

devenu le plus manifeste. Il suffit de se rappeler les formes composées

de la famille aryenne, comme les a décrites M. Henry Maine avec d'autres

auteurs, pour voir que le sentiment de la famille, s'étendant d'abord à

la gens et à la tribu, et ensuite à la société formée par des tribus

unies par des liens de parenté, a préparé la voie au sentiment qui unit

des citoyens de familles différentes.

En reconnaissant cette transition naturelle, nous avons surtout à

considérer ici que dans les dernières phases du progrès, comme dans les

premières, l'accroissement des satisfactions égoïstes a dépendu surtout

du progrès des égards pour les satisfactions des autres. Si nous

considérons une série de parents et de descendants, nous voyons que

chacun d'eux, après avoir dû la vie pendant sa jeunesse aux sacrifices

accomplis par ses prédécesseurs, fait à son tour, lorsqu'il est adulte,

des sacrifices équivalents dans l'intérêt de ses successeurs, et que,

sans cette balance d'avantages reçus et d'avantages procurés, la série

dont nous parlons prendrait fin. De même, il est manifeste que dans une

société chaque génération, redevable aux générations précédentes des

avantages d'une organisation sociale qui est le fruit de leurs travaux

et de leurs sacrifices, doit faire pour les générations suivantes des

sacrifices analogues, tout au moins pour conserver cette organisation si

elle ne peut la perfectionner; l'autre alternative amènerait la

décadence et peut-être la dissolution de la société, en impliquant une

diminution graduelle des satisfactions égoïstes de ses membres.

Nous sommes ainsi préparés à étudier les diverses manières dont le

bien-être personnel, dans les conditions sociales, dépend d'une

attention convenable au bien-être des autres. Les conclusions à tirer

ont été déjà indiquées d'avance. De même que dans le chapitre sur le

point de vue biologique étaient esquissées les inférences définitivement

établies dans le dernier chapitre, de même dans le chapitre sur le point

de vue sociologique ont été esquissées les inférences que nous avons à

établir ici définitivement. Plusieurs d'entre elles sont assez connues,

mais il faut cependant les spécifier; notre démonstration serait sans

cela incomplète.

77. Il faut d'abord parler de l'altruisme négatif que suppose la

répression des impulsions égoïstes qui sert à prévenir toute agression

directe.

Comme nous l'avons montré plus haut, si les hommes, au lieu de vivre

séparément, s'unissent pour la défense ou pour d'autres entreprises, ils

doivent individuellement recueillir plus de bien que de mal de leur

union. En moyenne, chacun doit perdre moins par suite des antagonismes

de ceux avec qui il est associé qu'il ne gagne par l'association. Ainsi,

à l'origine, l'accroissement de satisfactions égoïstes que produit

l'état social ne peut être obtenu que par un altruisme suffisant pour

causer une reconnaissance des droits d'autrui, sinon volontaire, du

moins forcée.

Tant que la reconnaissance de ces droits est seulement du genre

inférieur dû à la crainte des représailles ou d'un châtiment déterminé

par la loi, le gain qui résulte de l'association est petit, et il

devient considérable seulement à mesure que la reconnaissance devient

volontaire, c'est-à-dire plus altruiste. Lorsque, comme chez certains

sauvages d'Australie, il n'y a pas de limite au droit du plus fort, et

que les hommes se battent pour s'emparer des femmes, tandis que les

femmes d'un même homme se le disputent elles-mêmes en se battant, la

poursuite des satisfactions égoïstes est fort empêchée. Outre la peine

physique qui pour chacun peut résulter de la lutte, et le plus ou moins

d'inaptitude à atteindre les fins personnelles qui en est la

conséquence, il y a encore à compter la perte d'énergie produite par la

nécessité d'être toujours prêt à se défendre, et les émotions

ordinairement pénibles qui en sont la suite. Bien plus, la fin la plus

importante, à savoir la sûreté en présence des ennemis du dehors, est

d'autant moins atteinte qu'il y a des animosités au dedans; il n'y a

rien qui favorise les satisfactions dont une coopération industrielle

serait la source, et il y a peu de raisons pour demander au travail un

supplément d'avantage, lorsque les produits du travail ne sont pas

assurés. De ce premier degré aux degrés relativement récents du progrès,

nous pouvons suivre, dans le fait de porter des armes, dans la

perpétuation des querelles de familles, dans le fait de prendre chaque

jour des précautions pour sa sûreté, les manières dont les satisfactions

égoïstes de chacun sont diminuées par le défaut de cet altruisme qui

réfrène les attaques ouvertes des autres.

Les intérêts privés de l'individu sont en moyenne mieux défendus, non

seulement dans la mesure où il s'abstient lui-même d'attaques directes,

mais aussi, en moyenne, dans la mesure où il réussit à diminuer les

agressions de ses semblables les uns contre les autres. La prédominance

des antagonismes parmi ceux qui nous entourent entrave les activités que

chacun développe pour se procurer quelque bien, et le désordre qui en

résulte rend plus douteux l'heureux effet de ces activités. Par suite,

chacun profite d'une manière égoïste de l'accroissement d'un altruisme

qui conduit chacun à prévenir ou à diminuer pour sa part la violence des

autres.

Il en est de même quand nous passons à cet altruisme qui réprime

l'égoïsme illégitime manifesté dans la violation des contrats.

L'acceptation générale de la maxime que l'honnêteté est la meilleure

politique implique l'expérience générale que la satisfaction des

inclinations personnelles est en définitive favorisée par le fait de les

réprimer de manière à assurer l'équité dans les relations commerciales.

Ici, comme plus haut, chacun est intéressé personnellement à faire

régner de bonnes relations parmi ceux qui l'entourent. Car il ne peut

résulter que des maux et de mille manières d'un excès de transactions

frauduleuses. Comme tout le monde le sait, plus un marchand a de comptes

en souffrance, plus il est obligé de faire payer cher aux autres

pratiques. Plus un fabricant perd sur la qualité de la matière première

ou par la maladresse des ouvriers, plus il doit faire payer aux

acheteurs. Moins les gens sont dignes de confiance, plus s'élève le taux

de l'intérêt, plus s'accroît la somme des capitaux accumulés, plus

l'industrie est entravée. Enfin si les négociants, et tout le monde en

général, dépassent leurs moyens et hypothèquent par spéculation la

propriété d'autrui, ces paniques commerciales, qui sont un désastre pour

une foule de gens et entraînent une ruine universelle, sont d'autant

plus sérieuses en proportion.

Cela nous amène à remarquer une troisième manière dont le bien-être

personnel, tel qu'il résulte de la proportion des avantages obtenus au

travail accompli, dépend de certains sacrifices faits au bien-être

social. Celui qui consacrerait uniquement son énergie à ses propres

affaires, et refuserait de s'inquiéter des affaires publiques, confiant

dans sa sagesse à combiner ce qui le concerne, ne voit pas que ses

propres affaires ne peuvent réussir qu'autant que l'état social est

prospère, et qu'il a tout à perdre si le gouvernement est défectueux.

Que la majorité pense comme lui, que les fonctions publiques, par suite,

soient remplies par des aventuriers politiques et l'opinion gouvernée

par des démagogues; que la corruption s'étende à l'administration de la

loi, et rende habituelles des transactions politiques frauduleuses; la

nation en général, et, entre tous, ceux-là surtout qui n'ont songé qu'à

eux sans jamais rien faire pour la société, en subissent lourdement la

peine. Pour ces derniers, le recouvrement des dettes est difficile, les

opérations commerciales sont incertaines, et la vie même est moins sûre

qu'elle ne l'aurait été dans d'autres conditions.

Ainsi, des actions altruistes qui consistent d'abord à pratiquer la

justice, en second lieu à faire régner la justice parmi les autres, et

troisièmement à favoriser et à développer tout ce qui contribue à

l'administration de la justice, dépendent dans une large mesure les

satisfactions égoïstes de chacun.

78. Mais l'identification de notre avantage personnel avec l'avantage de

nos concitoyens est encore bien plus complète. Il y a bien d'autres

manières dont le bien-être de chacun naît et disparaît avec le bien-être

de tous.

Un homme faible qu'on laisse pourvoir seul à ses besoins souffre de ce

qu'il ne peut se procurer ou la nourriture ou les autres choses

nécessaires à la vie comme il le ferait s'il était plus fort. Dans une

peuplade formée d'hommes faibles, qui se partagent leurs travaux et en

échangent les produits, tous ont à souffrir de la faiblesse de leurs

compagnons. La quantité de chaque genre de produit est rendue

insuffisante par l'insuffisance des forces, et la part que chacun retire

en retour de la part de produit qu'il peut donner est relativement

petite. De même que l'entretien des pauvres, des malades dans un

hôpital, des malheureux que l'on recueille dans les asiles, de tous ceux

enfin qui consomment sans produire, diminue la quantité des choses

utiles à partager entre les producteurs, et la rend moindre qu'elle ne

serait s'il n'y avait pas d'incapables, plus est grand le nombre des

producteurs insuffisants ou plus les forces en moyenne laissent à

désirer, moins il y a d'avantages à se partager. Par suite, tout ce qui

diminue la force des hommes en général restreint les plaisirs de chacun

en augmentant le prix de toute chose.

Un homme est encore plus directement et plus évidemment intéressé au

bien-être corporel, à la santé de ses concitoyens; car leurs maladies,

quand elles prennent certaines formes, peuvent lui être communiquées.

S'il n'est pas lui-même atteint du choléra, ou de la petite vérole, ou

du typhus, alors que ces maux attaquent ses voisins, il est souvent

exposé à voir frappés ceux qui lui tiennent de près. Dans ces

conditions, sa femme peut être malade d'une diphthérie, son domestique

d'une fièvre scarlatine, ses enfants sont atteints par telle ou telle

épidémie. Ajoutez tous les maux immédiats ou éloignés qui résultent pour

lui de ces fléaux d'année en année, et vous verrez manifestement que ses

satisfactions égoïstes seront grandement favorisées s'il se montre

altruiste, de manière à rendre ces fléaux plus rares.

Ses propres plaisirs dépendent en mille manières des états mentals aussi

bien que des états corporels de ses compatriotes. La sottise, comme la

faiblesse, fait augmenter le prix des choses utiles à la vie. Si l'on ne

fait pas faire de progrès à l'agriculture, les prix des vivres sont plus

élevés qu'ils ne le seraient autrement; si l'on suit dans le commerce

l'ancienne routine, tout le monde souffre de dépenses inutiles; s'il n'y

a pas d'inventions, tout le monde perd le bénéfice des nouvelles

applications de la science. Ce ne sont pas seulement des maux

économiques qui résultent de l'inintelligence moyenne, périodiquement,

dans ces folies et ces paniques où l'on voit tous les négociants comme

un troupeau acheter ou vendre tous ensemble, et, habituellement, dans la

mauvaise administration de la justice, pour laquelle le peuple et les

législateurs montrent un égal mépris en poursuivant leurs caprices. Le

rapport de notre propre bien avec les états mentals des autres est plus

étroit et plus visible; chacun peut en faire l'expérience pour son

compte. Le défaut d'exactitude, de régularité est une cause perpétuelle

d'ennuis. L'ignorance du cuisinier produit souvent des malaises et

quelquefois une indigestion. Le manque de prévoyance de la servante

peut, dans un passage obscur, nous faire tomber sur un seau. Si l'on ne

rend pas bien compte d'un message, ou qu'on oublie de le transmettre, il

en résulte qu'une importante affaire est manquée. Ainsi tout le monde a

à gagner, au point de vue égoïste, à un altruisme qui contribue à

élever le niveau moyen de l'intelligence. Je ne veux pas parler de cet

altruisme qui consisterait à remplir l'esprit des enfants de dates, de

noms, de détails sur l'histoire des rois, de récits de batailles et

d'autres sujets inutiles dont tout l'entassement ne fera pas d'eux des

travailleurs utiles ou de bons citoyens, mais bien d'un altruisme qui

contribue à répandre une connaissance exacte de la nature des choses et

à développer le pouvoir d'appliquer cette connaissance.

En outre, chacun de nous a un intérêt particulier à l'existence d'une

morale publique, et gagne à ce qu'elle se perfectionne. Ce n'est pas

seulement dans les cas importants, par suite des agressions, des

violations de contrats, des fraudes et de l'emploi de faux poids, que

chacun souffre d'un défaut général de moralité; c'est aussi de mille

autres manières moins graves. C'est tantôt par l'indélicatesse d'un

homme qui donne un bon certificat à un mauvais serviteur; tantôt par

l'insouciance d'une blanchisseuse qui se sert d'agents chimiques pour

s'épargner de la peine, et détruit ainsi son linge; tantôt par le

mensonge d'un voyageur de chemin de fer, qui disperse ses bagages autour

de lui pour faire croire que toutes les places du compartiment sont

prises quand elles ne le sont pas. Hier, l'indisposition d'un enfant due

à des gaz délétères a fait découvrir qu'un tuyau de dégagement s'était

bouché parce qu'il avait été mal fait par un maçon peu scrupuleux, sous

la direction d'un entrepreneur négligent ou corrompu. Aujourd'hui, les

ouvriers employés à le réparer causent de la dépense et des ennuis, par

leur lenteur; ils ne se proposent pas de dépasser le modèle, car

l'esprit de corps défend aux meilleurs ouvriers de discréditer les pires

en faisant mieux, et ils partagent cette croyance immorale que le moins

digne doit être aussi bien traité que le meilleur. Demain, on verra que

les dégâts causés par les maçons ont préparé de la besogne au plombier.

Ainsi le perfectionnement des autres, au point de vue physique, au point

de vue intellectuel et au point de vue moral, importe personnellement à

chacun: en effet, leurs imperfections se traduisent par une élévation du

prix de toutes les choses utiles que nous avons à acheter, par un

accroissement des taxes et des impôts que nous avons à payer, ou par les

pertes de temps et d'argent qui résultent journellement pour nous de la

négligence, de la sottise ou de l'immoralité de nos semblables.

79. Certaines connexions plus immédiates entre le bien-être personnel et

le souci du bien-être d'autrui sont tout à fait évidentes. On les

reconnaît en considérant ce qu'ont à souffrir ceux qui ne savent

inspirer aucune sympathie, et les avantages qu'obtiennent ceux qui

agissent d'une manière désintéressée.

Qu'un homme ait formulé son expérience en disant que les conditions du

succès sont un coeur dur et un bon estomac, on a de la peine à le

comprendre si l'on considère combien de faits démontrent que le succès,

même d'un genre matériel, dépendant en grande partie comme il le fait

des bons offices des autres, est rendu facile par tout ce qui provoque

la bonne volonté de nos semblables. Le contraste entre la prospérité de

ceux qui joignent à des aptitudes seulement médiocres une nature qui

leur gagne des amis par sa douceur, et l'insuccès de ceux qui, malgré

des facultés supérieures et de plus grandes connaissances, se font haïr

pour leur dureté ou leur indifférence, forcerait avant tout à

reconnaître cette vérité que les jouissances égoïstes sont facilitées

par des actions altruistes.

Cet accroissement d'avantages personnels obtenus par des services rendus

à autrui ne se produit que partiellement, lorsqu'un motif intéressé nous

pousse à accomplir une action désintéressée en apparence; il se produit

complètement dans le cas seulement où l'acte est réellement

désintéressé. Bien que les services rendus avec l'intention de profiter

un jour de services réciproques soient utiles dans une certaine mesure,

ils ne le sont cependant, d'ordinaire, que dans la mesure où ils sont la

cause de services réciproques équivalents. Ceux qui rapportent plus que

l'équivalent sont ceux qui ne sont inspirés par aucune pensée

d'équivalence. C'est évidemment en effet la manifestation spontanée

d'une bonne nature, non seulement dans les principaux actes de la vie,

mais dans tous ses détails, qui provoque chez tous ceux qui nous

entourent les attachements d'où naît une bienveillance illimitée.

Outre qu'elles favorisent le développement de la prospérité, les actions

accomplies dans l'intérêt d'autrui nous procurent des plaisirs

personnels par cette raison encore qu'elles font régner la joie autour

de nous. Avec une personne sympathique, chacun éprouve plus de sympathie

qu'avec les autres. Tous montrent plus d'amabilité qu'ils n'ont

l'habitude de le faire, à celui qui laisse paraître à chaque instant un

naturel aimable. Ce dernier est en réalité entouré de gens meilleurs que

celui qui a moins de qualités attrayantes. Si nous opposons l'état d'un

homme qui a tous les moyens matériels d'être heureux, mais qui est isolé

par son égoïsme absolu, avec l'état d'un homme altruiste, relativement

pauvre d'argent, mais riche d'amis, nous voyons que les divers plaisirs

que l'argent ne peut donner viennent en abondance à celui-ci et sont

inaccessibles au premier.

Ainsi, tandis qu'il y a un genre d'actions concernant l'intérêt des

autres, favorables à la prospérité de nos concitoyens en général, et

qu'il faut délibérément accomplir en vertu de motifs tirés indirectement

de notre propre intérêt, car nous sommes convaincus que notre propre

bien-être dépend dans une large mesure du bien-être de la société, il y

a un autre genre d'actions concernant l'intérêt des autres, auxquelles

ne se mêle aucune conscience de notre propre intérêt, et qui contribuent

grandement néanmoins à nous procurer des satisfactions égoïstes.

80. Il y a d'autres manières encore de montrer que l'égoïsme pèche

habituellement quand il n'est pas modéré par l'altruisme. Il diminue la

totalité du plaisir égoïste en diminuant dans plusieurs directions la

capacité d'éprouver le plaisir.

Les plaisirs personnels, considérés ensemble ou séparément, perdent de

leur intensité si l'on y insiste trop, c'est-à-dire si l'on en fait

l'objet exclusif de ses recherches. La loi que la fonction entraîne une

déperdition, et que les facultés dont l'exercice est une cause de

plaisir ne peuvent agir continuellement sans qu'il s'ensuive un

épuisement et la satiété, a pour conséquence que les intervalles pendant

lesquels les actions altruistes absorbent les énergies sont des

intervalles pendant lesquels la capacité d'éprouver des plaisirs

égoïstes recouvre toute sa vigueur. La sensibilité pour les jouissances

purement personnelles se conserve à un plus haut degré chez ceux qui

s'emploient aux plaisirs des autres, que chez ceux qui se dévouent

entièrement à leurs propres plaisirs.

Cette vérité, manifeste même lorsque le niveau de la vie est élevé, est

encore plus frappante lorsqu'il s'abaisse. C'est dans la maturité et

dans la vieillesse que nous voyons d'une manière spéciale comment, à

mesure que les plaisirs égoïstes deviennent plus faibles, les actions

altruistes servent à les reproduire en leur donnant des formes

nouvelles. Le contraste entre le plaisir qu'un enfant prend aux

nouveautés qui lui sont chaque jour révélées, et l'indifférence qui

s'accroît à mesure que le monde nous est plus connu, jusqu'à ce que dans

l'âge adulte il reste relativement peu de choses dont nous jouissions

véritablement, fait comprendre à tout le monde que les plaisirs

diminuent à mesure que les années passent. Pour ceux qui réfléchissent,

il est clair que la sympathie seule nous fait trouver indirectement du

plaisir dans les choses qui ont cessé de nous en procurer directement.

On le voit avec évidence pour les plaisirs que les parents retirent des

plaisirs de leurs enfants. Quelle que soit la banalité de cette remarque

que les hommes revivent dans leurs enfants, nous avons besoin de la

répéter ici pour nous rappeler la manière dont l'altruisme, alors que

les satisfactions égoïstes s'affaiblissent dans le cours de la vie,

renouvelle ces satisfactions en les transfigurant.

Nous sommes amenés ainsi à une considération plus générale, celle de

l'aspect égoïste du plaisir altruiste. Ce n'est pas que ce soit le

moment de discuter la question de savoir si l'élément égoïste peut être

exclu de l'altruisme, ou de distinguer entre l'altruisme que l'on

poursuit avec la prévision d'un plaisir à en retirer, et l'altruisme

qui, tout en procurant ce plaisir, n'en fait pas son objet. Nous

considérons seulement le fait que l'état qui accompagne une action

altruiste étant un état agréable, qu'on y parvienne sciemment ou non,

doit être compté dans la somme des plaisirs que l'individu peut

recevoir, et, en ce sens, ne peut pas ne pas être un plaisir égoïste.

Nous devons évidemment le considérer ainsi, car ce plaisir, comme les

plaisirs en général, a pour résultat la prospérité physique du moi.

Comme toute autre émotion agréable élève le niveau de la vie, ainsi fait

l'émotion agréable qui accompagne un acte de bienveillance. On ne peut

nier que la peine causée par la vue d'une souffrance déprime les

fonctions vitales, quelquefois même au point de suspendre l'action du

coeur, comme chez ceux qui s'évanouissent en assistant à une opération

chirurgicale; de même, on ne peut nier que la joie ressentie en présence

de la joie d'autrui n'exalte les fonctions vitales. Par suite, bien que

nous devions hésiter à classer le plaisir altruiste comme une espèce

plus élevée de plaisir égoïste, nous sommes obligés de reconnaître le

fait que ses effets immédiats, en augmentant la vie et en favorisant

ainsi le bien-être personnel, ressemblent à ceux des plaisirs qui sont

directement égoïstes. Le corollaire à en déduire est que le pur égoïsme,

même dans ses résultats immédiats, est moins avantageusement égoïste que

ne l'est l'égoïsme convenablement tempéré par l'altruisme, lequel, outre

les plaisirs additionnels qu'il nous procure, nous donne aussi, par

l'accroissement de la vitalité, une plus grande capacité pour éprouver

des plaisirs en général.

C'est aussi une vérité à ne pas négliger que la somme des plaisirs

esthétiques est plus considérable pour une nature altruiste que pour une

nature égoïste. Les joies et les douleurs humaines forment un élément

principal de la matière de l'art, et il est évident que les plaisirs

dont l'art est la source s'accroissent à mesure que se développe la

sympathie pour ces joies et ces douleurs. Si nous opposons la poésie

primitive, principalement occupée de la guerre et se prêtant aux

instincts sauvages par des descriptions de victoires sanglantes, à la

poésie des temps modernes, dans laquelle les appétits cruels ne

tiennent qu'une petite place, tandis qu'elle est inspirée le plus

souvent par des sentiments plus doux, et consacrée à exciter chez les

lecteurs la compassion pour les faibles, nous voyons qu'avec le

développement d'une nature plus altruiste s'est ouverte une sphère de

jouissances inaccessible à l'égoïsme farouche des temps barbares. Il y a

de même une différence entre les fictions du passé et celles du présent.

Dans les premières, on s'occupait exclusivement des actions des classes

dirigeantes, dont les antagonismes et les crimes fournissaient le sujet

et l'intrigue; les autres, prenant de préférence pour sujets des

histoires pacifiques, et le plus souvent la vie des classes les plus

humbles, découvrent un monde nouveau de faits intéressants dans les

joies et les douleurs journalières de la foule. On rencontre un

contraste pareil entre les formes anciennes et les formes modernes de

l'art plastique. Lorsqu'ils ne représentent pas des cérémonies du culte,

les bas-reliefs et les peintures murales des Assyriens et des Égyptiens,

ou les décorations des temples chez les Grecs rappellent les exploits

des conquérants; dans les temples modernes, au contraire, les oeuvres

destinées à glorifier des actes de destruction sont moins nombreuses, et

les oeuvres qui répondent aux sentiments les plus doux des spectateurs

sont plus nombreuses. Pour voir que ceux qui ne s'inquiètent en aucune

façon des sentiments de leurs semblables se privent par là d'un grand

nombre de plaisirs esthétiques, il suffit de se demander si les hommes

qui se plaisent aux combats de chiens sont capables d'apprécier

l'_Adélaïde_ de Beethoven, ou si le poème de Tennyson _In memoriam_

pourrait beaucoup émouvoir une troupe de galériens.

81. Ainsi, depuis l'origine de la vie, l'égoïsme a dépendu de

l'altruisme, comme l'altruisme a dépendu de l'égoïsme, et dans le cours

de l'évolution les services réciproques de l'un et de l'autre se sont

accrus.

Le sacrifice physique et inconscient des parents pour donner naissance à

des descendants, sacrifice que les êtres vivants les plus humbles

accomplissent sans cesse, nous montre dans sa forme primitive

l'altruisme qui rend possible l'égoïsme de la vie et de la croissance

individuelles. A mesure que nous montons à des degrés supérieurs dans

l'échelle des êtres, cet altruisme des parents se manifeste par la

cession directe seulement d'une partie du corps, alors que le reste du

corps contribue par une usure plus active des tissus au développement de

la progéniture. Ce sacrifice indirect de substance, remplaçant de plus

en plus le sacrifice direct à mesure que l'altruisme des parents devient

plus élevé, continue jusqu'à la fin à représenter aussi un autre

altruisme que celui des parents, puisque cet autre altruisme se traduit

également en une perte de substance pour des efforts qui n'aboutissent

pas à un agrandissement personnel.

Après avoir observé comment dans le genre humain l'altruisme des parents

et celui de la famille se transforment en un altruisme social, nous

avons fait remarquer qu'une société, comme une espèce, subsiste à la

condition seulement que chaque génération de ses membres transmette à la

suivante des avantages équivalents à ceux qu'elle a reçus de la

précédente. Cela suppose que le soin de la famille doit être complété

par le soin de la société.

La plénitude des satisfactions égoïstes dans un état social dépendant

d'abord du maintien d'une relation normale entre les efforts dépensés et

les bénéfices obtenus, qui est le fondement de toute vie, implique un

altruisme qui à la fois inspire une conduite équitable et impose

l'obligation de l'équité. Le bien-être de chacun est enveloppé dans le

bien-être de tous de plusieurs autres manières. Tout ce qui contribue à

augmenter la vigueur des autres nous intéresse, car celle-ci diminue le

prix de tout ce que nous achetons. Tout ce qui contribue à les

affranchir des maladies nous intéresse, car nous sommes par là moins

exposés nous-mêmes aux maladies. Tout ce qui élève leur intelligence

nous intéresse, car nous sommes exposés chaque jour à mille

inconvénients par suite de leur ignorance ou de leur folie. Tout ce qui

élève leur caractère moral nous intéresse, car en toute occasion nous

avons à souffrir du défaut de conscience dans la société en général.

Les satisfactions égoïstes dépendent bien plus directement encore des

activités altruistes qui nous gagnent les sympathies d'autrui. En

s'aliénant ceux qui l'entourent, l'homme intéressé perd les services

gratuits qu'ils peuvent lui rendre; il se prive d'un grand nombre de

jouissances sociales, et il manque de ces accroissements du plaisir et

de ces adoucissements de la douleur que nous procurent ceux qui nous

aiment en partageant nos sentiments.

Enfin un égoïsme illégitime se nuit à lui-même en produisant une

incapacité d'éprouver le bonheur. Les plaisirs purement égoïstes sont

rendus moins vifs par la satiété, même dans la première partie de la

vie, et dans la seconde ils disparaissent presque entièrement; les

plaisirs de l'altruisme, dont on se lasse moins vite, manquent à la vie,

et surtout à cette dernière partie de la vie où ils remplaceraient

largement les plaisirs égoïstes; par suite, on est incapable de

ressentir les plaisirs esthétiques de l'ordre le plus élevé.

Nous devons indiquer en outre une vérité à peine reconnue, à savoir que

cette dépendance de l'égoïsme par rapport à l'altruisme s'étend au delà

des limites de chaque société et tend toujours à l'universalité. Il

n'est pas nécessaire de montrer qu'au dedans de chaque société elle

s'accroît avec l'évolution sociale, celle-ci impliquant une augmentation

de dépendance mutuelle, et il en résulte que, si la dépendance des

sociétés entre elles devient plus grande grâce à des relations

commerciales, la prospérité intérieure de chacune intéresse toutes les

autres. C'est un lieu commun d'économie politique que l'appauvrissement

d'un pays, la diminution de ses forces de production et de consommation,

est nuisible aux pays qui sont en rapports avec lui. Bien plus, nous

avons éprouvé souvent dans ces dernières années des crises industrielles

entraînant de grandes souffrances pour des nations qui n'étaient pas

directement en jeu, par suite de guerres entre d'autres nations. Si

chaque peuple voit les satisfactions égoïstes de ses membres diminuées

par les luttes entre les peuples voisins, à plus forte raison doit-il

les voir diminuées par les luttes où il intervient lui-même. On peut

remarquer combien, dans différentes parties du monde, l'esprit de

conquête, dépourvu de tout scrupule et inspiré par la prétention

spécieuse de répandre les bienfaits du gouvernement et de la religion

britanniques, produit de maux en retour aux classes industrielles de

l'Angleterre et en augmentant les charges publiques et en paralysant le

commerce, et l'on verra que ces classes industrielles, absorbées par des

questions de capital et de salaire, et se croyant elles-mêmes

désintéressées de nos affaires extérieures, souffrent du défaut de cet

altruisme universel, qui aurait pour effet de nous inspirer la justice

dans nos rapports avec tous les peuples, civilisés ou sauvages. On

comprendra aussi qu'en dehors de ces maux immédiats, elles auront à

souffrir, pendant toute une génération, des maux qui découlent d'une

résurrection du type d'organisation sociale produit par les activités

agressives, et de l'abaissement du niveau moral qui l'accompagne.

Les bases de la morale évolutionniste · 第 31 / 41 题